Jean-Claude Fruteau attaque Penchard sur "un budget en trompe-l’œil"

La présentation du budget en faveur de l'Outre-mer est critiquée, sans surprise, par les élus de l'opposition. Jean-Claude Fruteau, député-maire de Saint-Benoît, a ainsi parlé d'un budget profondément "injuste" pour lequel il "ne votera évidemment pas". Voici un extrait de l'intervention du député PS de la Réunion. Il implore Marie-Luce Penchard d'apporter des précisions sur son budget. La réponse de la ministre viendra dans la journée.
"Force est de constater une nouvelle fois que le compte n’y est pas. À cet égard, permettez-moi de vous inviter, madame la ministre, à détailler précisément, si c’est possible, au-delà de l’amendement que vous avez déposé (celui des 56 millions d'euros amendés la nuit dernière au titre des crédits de paiements, ndlr), les conséquences de ces mesures tant sur le budget de la mission "outre-mer" que sur les dépenses qui figurent dans d’autres missions budgétaires et qui auront des conséquences sur l’intervention de l’État outre-mer.
Le compte n’y est pas car, après cinq exercices budgétaires, nous cherchons toujours les effets du formidable projet présidentiel en faveur de l’outre-mer qui était présenté en 2007 comme la quintessence de l’intervention de l’État dans nos territoires. En effet, en 2007, le Président de la République allait par son action régler tous les maux qui affectent nos départements grâce à un simple changement de paradigme : nous allions passer d’une politique de rattrapage – que certains de vos amis politiques qualifiaient avec dédain "d’assistanat" – à un développement endogène.
Ah, le développement endogène ! Avec le développement endogène, finie, la politique de rattrapage : notre économie allait tellement décoller que nous allions, en un clin d’œil, rejoindre le niveau économique et social de la France hexagonale. Avec le développement endogène, terminés, les décalages des prix avec la métropole : nous allions enfin connaître la concurrence pure et parfaite. Avec le développement endogène, disparues, sans doute, les listes d’attente interminables pour obtenir un logement social.
Malheureusement pour vous, mais aussi et surtout pour les populations des outre-mer, les doux rêves d’hier ne se sont jamais concrétisés.
Du volontarisme affiché pendant la campagne électorale de 2007, il ne reste que quatre années d’immobilisme. Certes, me direz-vous, il y a eu et il y a toujours la crise. C’est vrai, mais cet argument ne tient pas lorsque l’on sait – ce n’est pas moi qui le dis, mais la Cour des comptes –, que la crise n’est responsable que d’un tiers des déficits publics, le reste étant imputable à la politique du Gouvernement.
Madame la ministre, ce budget est un budget en trompe-l’œil. Il ne restera rien de l’augmentation affichée initialement, puisque déjà l’effort budgétaire supplémentaire demandé à l’outre-mer, au titre du plan de rigueur du 24 août, sera de 56 millions d’euros en crédits de paiement, selon l’amendement que vous avez déposé. Ces coupes budgétaires affecteront principalement l’action de soutien aux entreprises et plus particulièrement le dispositif de compensation des exonérations de charges sociales. (…)
Le logement ! Le compte n’y est pas non plus, madame la ministre, en ce qui concerne le logement, et particulièrement le logement social. En 2010, seuls 1.095 logements sociaux ont été livrés, alors que dix ans plus tôt, on en livrait près de 2.500. Dans ces conditions, rien qu’à La Réunion, il faudrait vingt-cinq ans pour satisfaire les milliers de demandes de logements sociaux actuellement en souffrance, sans compter les besoins des habitants supplémentaires prévus à l’horizon 2030 ! Certes, comme vous, je me réjouis de l’augmentation de 10 millions d’euros, en crédits de paiement, des crédits de la ligne budgétaire unique. Mais je constate que cette hausse intervient après une baisse de 21 millions d’euros l’an passé, soit au total un manque de 11 millions d’euros par rapport à 2010".



