Les sénateurs sont l'avenir de la Réunion...
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La Réunion, directement concernée par ce scrutin de liste, devait renouveler trois postes et en pourvoir un quatrième, créé en raison de l'accroissement démographique dans l'île. Le jour venu, les grands électeurs ont eu à choisir entre 7 listes, chacune composée de 4 membres.
Regardons brièvement de plus près les deux listes qui espéraient le plus d'élus. Accrochez-vous !
La première, qui défendait les couleurs de l'UMP, avait pour candidats principaux :
1. Le responsable local du mouvement.
2. Une députée sortante, certes depuis peu en poste car suppléante, elle a remplacé voilà quelques mois son titulaire (élu, lui) qui, pour se consacrer à d'autres fonctions électives, avait volontairement décidé de démissionner de son mandat de député.
3. L'actuel président du Conseil Régional, en fait l'élu évoqué ci-dessus, qui a abandonné à sa suppléante son poste de député. Vous suivez?
La deuxième, aux couleurs du mouvement L'Alliance, réunissait des membres du PCR (Parti Communiste Réunionnais) et du MODEM :
1. Un homme politique réunionnais, dirigeant visionnaire en son temps, rebaptisé le "grand timonier", actif depuis plus d’un demi-siècle au PCR avec les mandats associés : maire, député, sénateur, député européen, président du Conseil Régional… Aujourd'hui âgé de 86 ans, affecté d'une santé quelque peu précaire, il a malgré tout décidé de se présenter à ces élections sénatoriales. C'est animé d'un grand sens du sacrifice qu'il a agi ainsi car selon lui, La Réunion traverse la plus grande crise de son histoire. Comme à chaque élection d'ailleurs…
2. Une sénatrice sortante, du PCR, en fait la suppléante du personnage précédent qui à l'époque, pour cause de cumul de mandat – il venait d'être élu député européen - avait démissionné de son poste de sénateur.
3. Un affilié du MODEM, lequel MODEM a depuis les dernières élections cantonales rallié la majorité du Conseil Général présidée par une ex-UMP, depuis peu repositionnée au Centre, composée en outre de socialistes et de communistes. Vous suivez toujours ?
Avant les élections, il se disait que l'UMP, certaine de gagner un poste de sénateur, "travaillait dur" pour en obtenir un second. Quant à L'Alliance (PCR + MODEM), association originale s'il en est, elle était certaine d'avoir deux sénateurs, tellement que sa tête de liste ("le grand timonier") avait déjà annoncé qu’elle démissionnerait afin d’offrir au responsable local du MODEM l’opportunité de siéger au Sénat. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient !
En définitive, l'UMP aura 2 sénateurs, L'Alliance un seul et le PS aura le sien.
Divine surprise pour l'UMP et le PS. Au PCR, adieu veaux, vaches, cochons, couvée. Adieu oui, car au PCR, on n'a plus retrouvé tous ses petits (les grands électeurs), dont certains ont manifestement rallié d’autres camps... Au MODEM enfin, grande déception.
Maintenant, lisez attentivement, car c'est là que ça se corse !
Le premier sénateur UMP élu prendra son poste tout en conservant celui de maire de sa ville (80.000 habitants). Le cumul des mandats ne semble pas l'interpeler. Ceci dit on le comprend car il a un autre souci, bien plus grave : il est actuellement en appel dans une procédure judiciaire où, en première instance, il a entre autres été condamné à une peine d'inéligibilité.
La seconde élue sur la liste, une jeunesse de 72 ans dont on se souvient qu'elle était députée, va démissionner de ce dernier poste pour occuper celui de sénatrice. Alors que nous sommes à moins d'un an des prochaines élections législatives et comme le stipule la loi, il n'y aura pas d'élections partielles. Pendant près de 9 mois donc, une circonscription sera vacante et la Réunion comptera un député de moins. On croyait qu'elle avait besoin de toutes ses forces vives pour la défendre à Paris ?
Quant au grand homme politique réunionnais élu sous les couleurs du PCR(alias Alliance), vexé d’avoir été trahi par les siens ou ceux qu’il considérait comme tels, il a annoncé le soir de l'élection sénatoriale qu'il démissionnait pour "se consacrer à sa mission aux côtés des plus pauvres à La Réunion, parce qu’il faut qu'ils se soulèvent…" L’honneur était sauf, pour lui du moins. Toujours est-il que la deuxième sur sa liste, dont je rappelle que lors du mandat précédent elle lui avait déjà suppléé, a commencé à préparer ses valises et à faire dans les presse des déclarations dans ce sens.
Mais deux jours plus tard, notre grand homme a en définitive renoncé à démissionner, officiellement sous la pression de ses amis sénateurs métropolitains. On peut les comprendre car au comptage, la majorité de gauche au Sénat était assez fragile et par ailleurs, il faut administrativement un mois pour qu'un suppléant se substitue à son titulaire. En outre, honneur suprême pour la Réunion (et son élu), en sa qualité de doyen d'âge (86 ans), notre "jeune" sénateur allait présider la séance inaugurale du nouveau Sénat ce qui, soit dit en passant, représentait bien plus pour lui que son mandat de sénateur : ne serait-ce qu’un jour, il allait être le deuxième homme de la République Française. Tout un symbole pour ce patriarche qui vient de subir son troisième échec électoral en deux ans. Celui qui a dû faire la tête, c'est son benjamin, un grand vendeur d'avions, seulement plus jeune d'un mois ! Et sa suppléante, qui s'est dit qu'elle avait parlé trop vite.
Mais promis juré, notre grand (et vieil) homme allait démissionner après l'élection du président du Sénat. Et c'est vrai que ce jour-là, il avait belle allure, notre seul sénateur PCR : joli costume, superbe cravate gris clair sur chemise blanche, discours remarqué par tous (sauf par les réunionnais, qui connaissent bien ses envolées sur la démographie galopante, l'avenir de la planète…) et surtout, une poignée de mains à chacun des sénateurs lorsqu'il allait déposer son bulletin de vote dans l'urne.
Dès le lendemain, on attendait donc comme prévu le renoncement du grand homme. Eh bien il n'en fut rien car, sous la pression épistolaire (c'est lui qui le dit) de l'un des candidats (masculin) du PS à la présidence de la république, notre vénérable ancien de 86 ans a décidé de rester sous les lambris du Sénat.
A charge pour sa suppléante d'aller à sa place "se consacrer à sa mission aux côtés des plus pauvres à La Réunion, parce qu’il faut qu'ils se soulèvent…"
A charge pour le Sénat de compter 2 élus réunionnais qui vont faire augmenter la moyenne d'âge (55 ans).
A charge pour les Réunionnais, dont la moyenne d'âge est de 32 ans, de disposer de 2 sénateurs de grande expérience, au niveau de leur âge tout au moins : 72 et 86 ans.
A charge pour le système démocratique d'être poussé dans ses extrêmes procéduraux.
A charge pour les Réunionnais, suppléante de l'élu PCR comprise, de subir le mépris des gérontes.
"Ce n'est pas étonnant qu'on ne trouve pas de travail dans un pays où les gens ne prennent jamais leur retraite, même après la mort" (Carlos Ruiz Zafón in L'ombre du vent – Grasset)


