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Quarante ans de mutation agricole à La Réunion : 15 000 exploitations ont disparu

Ecrit par J.D. – le samedi 27 décembre 2025 à 14H28
Photo d'archives

La filière sucrière a perdu plus de 11 000 hectares, l’élevage s’est professionnalisé et le modèle familial résiste encore malgré une concentration foncière accrue.

En quarante ans, le paysage agricole réunionnais s’est métamorphosé. Selon une étude publiée par Agreste La Réunion (n°7, décembre 2025), l’île comptait 20.800 exploitations en 1980 contre 6.300 en 2020, soit une baisse de 70 %. La surface agricole utilisée (SAU) a reculé de 54.000 à 38.800 hectares, une perte de 16.000 hectares liée en grande partie au déclin de la canne à sucre. Ce recul s’est accompagné d’une transformation en profondeur : disparition des micro-exploitations, spécialisation des productions et professionnalisation de l’élevage hors sol.

Les très petites structures — moins d’un hectare — ont presque disparu, passant de 8.000 à 1.200 unités. « La restructuration foncière, avec la fin du colonat et la redistribution des terres, a permis la concentration des surfaces agricoles », souligne le service statistique. En 1980, deux exploitations sur trois faisaient moins de 2 hectares ; elles ne représentent plus que 35 % en 2020, tandis que la part des exploitations de plus de 10 hectares a été multipliée par sept.

Autre mutation majeure : la spécialisation des exploitations

Autre mutation majeure : la spécialisation des exploitations. En 1980, les trois quarts combinaient culture et élevage. En 2020, seules 15 % d’entre elles conservent ce modèle mixte. Les exploitations exclusivement végétales dominent désormais (65 % des structures, 58 % des surfaces). La canne à sucre, pilier historique, reste majoritaire mais sa part est passée de 61 % à 55 % des terres cultivées. En parallèle, les cultures fruitières ont plus que doublé, occupant 36 % des exploitations contre 16 % en 1990.

Le secteur de l’élevage a connu une mutation spectaculaire. Les poulets de chair, qui représentaient 10 % du cheptel en 1980, en constituent aujourd’hui 34 %. Le nombre de producteurs a fortement chuté mais la taille moyenne des élevages a explosé : 75 volailles par exploitation en 1980 contre 1 900 en 2020. Le cheptel porcin, lui, s’est concentré mais réduit en poids relatif, tombant de 48 % à 29 % du cheptel global.

Enfin, le rapport à la terre s’est profondément transformé. Le faire-valoir direct, qui concernait 67 % des surfaces en 1980, ne représente plus que 44 % en 2020. Le fermage est désormais majoritaire, notamment dans la canne, où il couvre près de la moitié des surfaces. Le colonat, autrefois omniprésent, a totalement disparu.

De la réforme agraire des années 1970 à la modernisation des années 2000, l’agriculture réunionnaise a traversé quatre décennies de recomposition. Moins nombreuse, plus spécialisée et plus professionnelle, elle demeure néanmoins attachée à son modèle familial : la surface moyenne d’une exploitation reste modeste, autour de 6,4 hectares.

Etiquettes : Agriculture

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