Madagascar : Qui est le Colonel Randrianirina qui devient président sur fond de révolte générationnelle ?

À 51 ans, Michael Randrianirina s’apprête à diriger Madagascar après la chute d’Andry Rajoelina. Porté par une mutinerie militaire appuyée par la jeunesse en colère, celui qui refuse l’étiquette de putschiste promet une transition rapide et des élections sous deux ans.
Peu connu des Malgaches il y a encore quelques semaines, le colonel Michael Randrianirina s’apprête désormais à devenir le nouveau chef de l’État. Sa prestation de serment, prévue ce vendredi 17 octobre, marque l’aboutissement d’un mouvement social sans précédent initié par la génération Z et amplifié par une partie de l’armée, qui a conduit à la destitution du président Andry Rajoelina. Ce dernier, exfiltré du pays après des semaines de contestation, qualifie l’épisode de coup d’État, ce que réfute l’intéressé, préférant parler d’un « devoir de responsabilité » face au vide institutionnel, rapporte France Info.
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Âgé de 51 ans, originaire du sud de l’île, Michael Randrianirina est loin d’être un inconnu dans les cercles militaires. Ancien gouverneur de la région d’Androy, il a dirigé le bataillon d’infanterie de Tuléar et s’est forgé une réputation d’opposant au régime en place. Sa carrière a été marquée par plusieurs confrontations avec le pouvoir : incarcéré entre 2023 et 2024 pour « incitation à la mutinerie », il a ensuite été condamné avec sursis pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Libéré début 2024, il reprend alors une vie discrète, loin des postes de commandement, jusqu’à ce qu’un nouveau soulèvement populaire, déclenché fin septembre contre les coupures d’eau et la vie chère, le propulse sur le devant de la scène.
« Il n’y a pas eu de coup d’État »
C’est en appelant publiquement les soldats à ne plus réprimer la population qu’il devient le visage militaire de la contestation. Son discours, mêlant références sociales et valeurs chrétiennes issues de son appartenance à la communauté évangélique « Mpiandry », trouve un écho particulier dans un pays où plus des deux tiers des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Au sein du Capsat, le corps d’administration de l’armée de terre, il rallie rapidement un contingent de soldats décidés à faire tomber le régime. Leur rupture avec la hiérarchie militaire précipite la fuite d’Andry Rajoelina, finalement destitué pour abandon de poste, rappelle France Info.
À la tête d’un pays plongé dans une profonde crise politique, le colonel entend désormais engager une « refondation » et jure que la transition sera temporaire. Il promet l’organisation d’élections dans un délai compris entre dix-huit et vingt-quatre mois, ainsi que la formation rapide d’un gouvernement civil. « Il n’y a pas eu de coup d’État », martèle-t-il. « S’il y avait eu un coup d’État, il y aurait eu des armes et du sang. Nous avons simplement pris nos responsabilités car il ne restait plus d’État », a-t-il déclaré, selon l’AFP.
Cette prise de pouvoir reste toutefois regardée avec méfiance à l’international. L’Union africaine a suspendu Madagascar de ses instances, tandis que la France a appelé au respect de « l’ordre constitutionnel ». Randrianirina, qui a refusé de s’exprimer en français lors d’un entretien avec la BBC, devra rapidement convaincre ses partenaires extérieurs de la sincérité de sa transition. Mais sa principale mission sera sans doute de répondre aux aspirations de cette jeunesse malgache qui, inspirée par d’autres mouvements sociaux dans le monde, a fait vaciller un régime en place depuis plus d’une décennie. « Nous allons travailler vite pour ne pas décevoir le peuple », a-t-il assuré, d’après l’AFP.


