Plaine-des-Palmistes : « On n’est pas venus là pour jouer kanèt, nou »

Il y avait de l’ambiance mercredi soir à la mairie de la Plaine pour l’un des derniers conseils de la mandature. Un conseil marqué par des prises de bec autour du budget, mais aussi par le départ d’une élue du groupe de Jean-Luc Saint-Lambert, en réaction à son soutien apporté à Frédéric Azor, conjointement avec Marco Boyer.
Pour ce qui pourrait être l’un de ses derniers conseils, l’opposant et ancien maire PS Jean-Luc Saint-Lambert n’était pas à la fête ce mercredi soir. Et ça a commencé dès le début du conseil. Au moment de prendre place, l’une de ses plus anciennes et fidèles militantes, à ses côtés depuis 17 ans, a décidé de prendre ses distances en s’asseyant un étage en dessous.
Dès le début des débats, Joëlle Delattre demande à prendre la parole et confirme sa rupture avec le groupe de l’ancien maire : « Pour des raisons personnelles (...) par respect, honnêteté, transparence, l'ambiguïté ne fait pas partie de ma personne », déclare l’élue, en indiquant qu’il s’agira de son dernier conseil.
En réponse, Jean-Luc Saint-Lambert dit « regretter cette attitude » et lui souhaite bonne chance pour l'avenir. « Moi aussi, M. Saint-Lambert, on se connaît depuis fort longtemps, mais votre degré de tolérance, je ne pense pas que je l’accepterai un jour », lui rétorque son ancienne adjointe aux affaires scolaires.
Une référence, sans la nommer, au soutien apporté par Jean-Luc Saint-Lambert à Frédéric Azor, lui-même soutenu par le désormais ex-ennemi politique de toujours, Marco Boyer. Une union qui semble avoir du mal à passer dans le camp de l’ex-maire socialiste.
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Saint-Lambert : « Un budget de fin de règne »
Dans une longue et technique prise de parole, ce dernier a ensuite dit tout le mal qu’il pense des finances de la majorité, à commencer par le vote d’une décision modificative du budget présentée ce jeudi.
Cette dernière vise à réajuster les crédits des sections de fonctionnement et d’investissement. Elle s’équilibre à +774 509,39 euros en fonctionnement et –3 038 915,59 euros en investissement. Parmi les principaux ajustements figurent la couverture des dépenses engagées sur l’exercice 2025, le versement au CCAS pour les contrats PEC, la prise en compte de l’avancement des opérations d’investissement dans le cadre des autorisations de programme, ainsi que des opérations liées au désendettement de la commune.
Un exercice « d’équilibrisme budgétaire », dénonce l’opposant : « Cette décision modificative corrige tardivement des erreurs de prévision initiale, nettoie les comptes avant les élections, réduit artificiellement la dette par le simple report des projets et masque le déséquilibre du CCAS, retardant la transparence fiscale. » « L’opposition municipale peut légitimement conclure que la commune présente une situation financière sous tension, déguisée en rigueur », poursuit l’ancien maire. Un budget de « fin de règne », fustige-t-il.

Sophie Arzal : « Un double échec »
Plus concise, Sophie Arzal n’en est pas moins critique : « Cette décision modificative est pour nous un désaveu cinglant de la gestion de la majorité, un budget de rattrapage qui expose un double échec : l'imprévoyance en fonctionnement et l’incapacité à réaliser les investissements promis. La commune coupe dans ses crédits d’investissement faute de savoir porter ses projets et fait un prêt relais de plus d’un million d’euros pour préfinancer des subventions, signalant une trésorerie fragile et une dépendance à l'emprunt pour faire avancer les projets. »
À son tour, Frédéric Azor pointe des « incohérences » et des « inquiétudes » autour « d’effets d’annonce ».
56,8 millions investis en six ans
Le DGS, Steven Bamba, se charge d’apporter une première réponse en renvoyant les opposants vers un site alimenté par les données de la DGFIP, qui permet de comparer les comptes des collectivités locales : « Sur les six dernières années, le niveau d'investissement est de 56,8 millions d’euros, sans l’année 2025. C’est le deuxième montant de l'intercommunalité, soit 1.900 euros par habitant contre 1.100 euros à Saint-André. Il faut mesurer l’effort d’investissement qui a été fait. »
Sur les prêts relais, il rappelle qu’en cinq ans, la pratique a souvent été critiquée par l‘opposition : « Alors qu’ils sont mobilisés à juste titre pour lancer et porter les projets », citant les infrastructures sorties de terre grâce au dispositif REACT-UE, mais qui avaient nécessité d’importants moyens de trésorerie dont la commune ne disposait pas à l’instant donné : « Les pistes cyclables, la piscine, la médiathèque et demain une nouvelle école. »

Johnny Payet : « Nous, on n’a pas peur »
Mais c’est le maire Johnny Payet qui se charge d’apporter l’estocade politique : « La Plaine est pratiquement la ville qui a le plus investi au prorata. Les institutions nous appellent pour dire qu’il y a des sous si on a des projets. C’est la preuve que la commune fonctionne et avance. »
Et de lancer à ses adversaires : « Cet argent, il faut aller le chercher, il faut avoir le courage d'aller le chercher, il faut avoir les outils pour aller le chercher, il faut avoir les femmes et les hommes de qualité, comme on a dans nos services, pour aller le chercher et investir dans la Plaine-des-Palmistes. »
« À chacun sa façon de travailler : soit on prend des risques, soit, comme dit mon ami, on joue kanèt. On n’est pas venus là pour jouer kanèt, nou ! On n’est pas venus pour apprendre, mais pour faire avancer. Et 50 millions d’euros d’investissement pour une commune de 700 habitants, il faut aller les chercher. »
« S’il fallait attendre d’avoir tous les financements pour agir, on en serait encore aux années 2000, à une époque où tout avançait au ralenti, quand on hésitait à se lancer. Nous, on n’a pas peur. »
Fermez le ban !


