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Patrimoine : à Saint-André, l’école des Frères va reprendre vie

Ecrit par P.M. – le dimanche 21 septembre 2025 à 10H14

Comptant parmi les plus anciens édifices de la ville, l’ancienne école, fermée depuis des décennies, est en chantier et s’apprête à reprendre vie dans le cadre du programme de renouvellement urbain.

Construite par des esclaves en 1844 sous la direction du père Minot, l’école des Frères est l’un des plus anciens édifices de Saint-André, indique la mairie dans un petit texte disposé devant le chantier de réhabilitation, débuté en février dernier.

« Les frères avaient pour mission d’inculquer un enseignement religieux aux enfants, ainsi qu’un strict encadrement des garçons de couleur libres. Ils avaient en outre pour objectif de suppléer l’enseignement public, peu présent à ses débuts », poursuit l’historique.

À travers l’adoption de « l’enseignement mutuel, puis simultané, les Frères français s’établirent dans une organisation qu’ils diffusèrent dans l’île ».

Pendant la scolarité, « les jeunes étaient formés à une morale chrétienne, tout en recevant les bases du calcul, de la lecture et de l’écriture ».

Les bâtiments furent construits sur le même plan qu’en métropole, « mais adaptés aux conditions locales : larges galeries, hautes toitures à quatre pentes couvertes de bardeaux, murs en pierre volcanique ».

Quartier Saint-André, école des frères, Album de La Réunion, 1879, Louis Antoine Roussin, Estampe, Musée Léon Dierx.

La laïcité met fin aux écoles des Frères

Au fil du temps, les Frères ouvrent de nombreuses écoles dans l’île. En 1904, la loi sur la laïcité « débouche sur des conflits et provoque l’interdiction des établissements religieux. Ceux-ci sont réquisitionnés et deviennent laïcs. Les Frères laissent progressivement place aux enseignants laïcs, et leur habitation devient le logement du fonctionnaire directeur ».

Les souvenirs du dernier élève

Une époque dont se souvient l’un des derniers élèves de l’école des Frères, Alain Sinaretty, élu de l’opposition à Saint-André et ancien adjoint de Jean-Paul Virapoullé.

« C’était en 1969, j’avais six ans, et j’entrais au CP. À l’époque, l’école n’était pas obligatoire avant 6 ans, on commençait par apprendre à l’école marron, qui était assurée par des gens du quartier qui savaient lire. Je me rappelle d’une dame Larivière », se remémore-t-il.

Les garçons prenaient la direction de l’école des Frères et les filles de l’école Sainte-Geneviève, se souvient le Saint-Andréen.

Fermée depuis le début des années 70

L’année suivante, l’école des Frères ferma ses portes. C’est dans la toute nouvelle école Lacaussade, ouverte en juillet 1971, qu’Alain Sinaretty poursuit ses études. Les filles et les garçons étaient cette fois scolarisés dans la même école, mais dans des bâtiments différents.

« L’axe majeur à l’époque était que tous les enfants puissent aller à l’école et avoir un repas chaud et équilibré par jour, ce qui était une façon aussi de pousser les familles à inscrire leurs enfants », commente l’élu, qui renvoie ce crédit au jeune maire de l’époque, Jean-Paul Virapoullé, élu pour la première fois en 1972.

Les premiers collèges de la ville

Son primaire terminé, le Saint-Andréen poursuivra sa scolarité dans le flambant neuf collège Mille-Roches, ouvert en 1973, environ dix ans après le collège Bédier, le premier de la ville.

À l’époque, il n’y avait qu’un seul lycée dans l’Est, celui d’Amiral Bouvet (devenu le lycée Jean-Claude Fruteau), à Saint-Benoît.

La réhabilitation, une priorité

Lorsqu’il avait en charge le dossier NPNRU (programme de renouvellement urbain), l’ancien adjoint avait fait de la réhabilitation de l’ancienne école, située dans le cœur de la ville et du carré église, une « priorité ».

Il garde le souvenir d’un bâtiment pas très grand (environ 200 m², il mesure 7 mètres de large sur 30 mètres de long), « ce qui ne permettait qu’une classe par niveau ».

Un projet de restauration et de coworking

Après 50 ans de fermeture, le bâtiment s’apprête à reprendre vie, cette fois sous la houlette de la majorité de Joé Bédier.

Stéphanie Poïny-Toplan, conseillère municipale et régionale déléguée à la culture, détaille le projet : « Le projet est de créer un espace de restauration & bar au rez-de-chaussée, de type brasserie et à l’étage ouvrira un espace de coworking associatif ».

Des candidatures sont déjà parvenues à la mairie pour occuper les deux espaces.

Un chantier à 2,5 millions d’euros

Le chantier prévoit la reconstruction à l’identique du bâtiment, dont la charpente.

Prévu sur 13 mois, il devrait prendre fin en début d’année prochaine. Coût de l’investissement : près de 2,5 millions d’euros (ANRU, Cirest, Feder).

La mairie souhaite associer sa réouverture avec celle du marché couvert, dont le chantier de réhabilitation est terminé.

Lui aussi reconstruit à l’identique, ce bâtiment datant du début du XXe siècle accueillera un marché alimentaire permanent.

Lire aussi : Saint-André : 350 000 euros pour la restauration de la Maison Valliamé

Après déjà le réaménagement de la cour de l'école des frères, en lieu et place de l'ancien parking et la réhabilitation de l'ancienne "venelle des amoureux", le carré église reprend vie.

Le chantier de restauration de l'ancien marché couvert est terminé, la mairie souhaite l'inaugurer dans quelques mois en même temps que l'école des frères.
L'ancienne cour de l'école, devenue ensuite un parking, a été réaménagée en place arborée.
Située à proximité, la "venelle des amoureux" a déjà fait l'objet d'une réhabilitation.


Etiquettes : Patrimoine | Saint-André

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