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Université de La Réunion : faux et usage de faux, silence on magouille !

Ecrit par Pierrot Dupuy – le mardi 2 septembre 2025 à 15H37

À l’Université de La Réunion, l’excellence ne se mesure plus à la rigueur scientifique, mais à la capacité d'enterrer des dossiers gênants. Enquête sur un scandale passé sous silence, entre conflits d’intérêts, dissimulations et fautes professionnelles en série. Un système bien huilé où le copinage supplante le mérite, et où le droit est relégué au rang de vague option facultative.

En mars 2023, un maître de conférences expérimenté, bardé de diplômes – dont la très convoitée HDR (l'habilitation à diriger des recherches) – dépose un dossier de candidature pour la prestigieuse prime d’excellence scientifique RIPEC C3. Une démarche légitime pour un enseignant-chercheur reconnu comme étant le meilleur spécialiste de son domaine en France, promis à devenir professeur des universités quelques mois plus tard avec l’aval du Conseil national des universités (CNU).

Ce professeur est très impliqué dans la vie universitaire : il a invité de prestigieuses personnalités telles que l’écrivaine étasunienne Alice Walker, la gloire du football Lilian Thuram, l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Argentine Rafael Bielsa, le célèbre journaliste sportif Didier Roustan, le héros de la Résistance Léon Landini, le représentant du Groupe Réfugiés Chagos, ou encore notre artiste péi Danyèl Waro. Il a même organisé la première causerie numérique en langue créole, alors qu’il n’est pas Réunionnais.

Sauf qu’à l’Université de La Réunion, même l’excellence peut être recalée... pour de très mauvaises raisons.

Quand le CNU fait grève, les petits arrangements locaux s’installent

En 2023, la section 14 du CNU (Langues et littératures romanes) boycotte l’évaluation des dossiers RIPEC. Le dossier de notre chercheur est donc examiné uniquement au niveau local, par le Conseil académique restreint. Et là, on touche au surréalisme universitaire version péi.

Pour juger un dossier émanant d’un enseignant HDR, l’université choisit… deux maîtresses de conférences du département d’anglais, non titulaires de l’HDR. On confie donc l’évaluation d’un dossier scientifique à des personnes moins qualifiées que le candidat. Imagine-t-on un interne en médecine évaluant les compétences d’un chef de service ? À l’Université de La Réunion, oui !

Des rapports biaisés, mensongers… et impunis

Résultat ? Le dossier est rejeté. Mais ce n’est qu’en juillet 2024 – plus d’un an après – que l’intéressé met la main sur les rapports. Et là, c’est le coup de massue : affirmations mensongères, formulations biaisées, contrevérités grossières… L’objectif ne fait guère de doute : écarter le candidat coûte que coûte.

Le professeur saisit alors l’administrateur provisoire, le Pr Jacques Comby. Celui-ci fait appel à un expert extérieur, le Pr. Jean-Philippe Watbled. Son verdict est sans appel : les rapports sont malveillants, et la procédure viciée. Il recommande un réexamen du dossier.

Sabotage en bande organisée et déni de justice

Mais à l’université, même quand la vérité éclate, rien ne se passe comme il faudrait. Deux nouveaux rapporteurs sont désignés, acceptent la mission… avant que l’un d’eux, une maître de conférences HDR d’anglais – décidément ! –, ne se désiste sans explication. Refus de mission = faute professionnelle. Interrogée ? Jamais. Sanctionnée ? Non plus. Impunité, encore et toujours.

Pire encore : en décembre 2024, la présidente du Conseil académique restreint refuse de nommer un nouveau rapporteur, désobéissant ainsi à l’administrateur provisoire, pourtant nommé par le ministère. Rébellion institutionnelle, blocage administratif, sabotage d’une procédure officielle. Le Far West dans l’enceinte universitaire.

Et maintenant ? On fait comme si de rien n’était…

En 2024, le même professeur dépose un dossier quasi identique. Cette fois, il obtient la prime. Mieux : le CNU lui accorde un avis très favorable, malgré une concurrence nationale renforcée. Pourtant, localement, l’avis reste tiède. Preuve supplémentaire du traitement à deux vitesses.

En mars 2025, le directeur général des services sortant passe le relais au nouveau président, le Pr. Jean-François Hoareau. Il demande que la réouverture du dossier 2023 soit à l’ordre du jour. Résultat ? Quatre conseils entre avril et juillet 2025… sans que l’on daigne aborder le sujet. Et en juillet, le président clôt le dossier d’un trait de plume, comme si tout cela n’avait jamais existé.

Faux et usage de faux ? Pas de problème !

Aucune convocation. Aucun rappel à l’ordre. Aucune explication demandée. Les deux autrices des rapports mensongers continuent leur carrière comme si de rien n’était. Et pourtant, l’article 441-1 du Code pénal est limpide : le faux et l’usage de faux sont passibles de 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende.

Mais ici, pas d’enquête, pas de plainte, pas de sanction. Juste un immense silence. Une omerta institutionnelle. À croire qu’à l’Université de La Réunion, il est non seulement permis de tricher, mais presque recommandé de ne pas faire de vagues.

L’impunité érigée en système

Cette affaire aurait pu être un simple dysfonctionnement. Elle est en réalité le révélateur d’un système à bout de souffle, où les procédures sont instrumentalisées, où les hiérarchies sont bafouées, où le mérite cède devant les réseaux.

À l’Université de La Réunion, on peut mentir, discriminer, saboter un dossier, refuser d’obéir à l’État, et s’en sortir sans le moindre blâme.

C’est ça, la République exemplaire version universitaire. Le contribuable paie, le ministère ferme les yeux, et ceux qui trichent avancent masqués… dans un confort absolu.

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