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Le Département sonne l’alarme sur le gel des dotations de l’État

Ecrit par S.I. – le mercredi 18 juin 2025 à 18H14

Mi-mandat oblige, l’heure est au bilan pour la majorité départementale. Gestion rigoureuse, comptes certifiés, nouveaux dispositifs de solidarité… mais aussi critiques de l’opposition sur un décalage entre ambitions affichées et moyens engagés.

C’est une mesure inédite à La Réunion. Face à l’inflation persistante et à la précarité grandissante, la collectivité départementale a annoncé la mise en place d’une carte monétique destinée à remplacer progressivement certaines aides sociales existantes. Cette carte, rechargeable et utilisable dans tous les commerces de l’île, s’adresse en priorité aux personnes âgées et en situation de handicap vivant sous le seuil de pauvreté. Elle permettra un soutien de 50 euros (et jusqu'à 350 euros selon les situations), et offrira aux bénéficiaires une liberté de choix dans leurs dépenses.

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"Les fonds jusque là dédiés à la bouteille de gaz seront réorientés vers une aide plus sociale et plus juste : la carte monétique. Cette carte pourra être utilisée dans tous les commerces. Les bénéficiaires auront donc une vraie liberté de choix. Elles n'auront aucune démarche à faire. Cette carte, c'est un premier pas. Elle fait partie d'une démarche plus large. On veut moderniser nos aides. Les simplifier. Les rendre plus efficaces. Et surtout, renforcer le pouvoir d'achat", a souligné Cyrille Melchior, président du Département. 

Une phase d’expérimentation est prévue dès cette année : les nouvelles demandes de Pass Loisirs et Pass Transport seront versées directement sur ce nouveau support. Les actuels bénéficiaires pourront, eux, conserver leur chéquier jusqu’en 2026.

Un contexte financier de plus en plus contraint

Cette décision s’inscrit dans un cadre budgétaire particulièrement tendu. Le président du Département n’a pas caché son inquiétude face au gel des dotations de l’État et à l’augmentation structurelle des dépenses sociales. "Les recettes ne suffisent plus à couvrir toutes les missions qu’on attend de nous. Et pourtant, ici à La Réunion, on a gardé une situation financière saine tout en développant des politiques publiques ambitieuses", a rappelé Cyrille Melchior.

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Le président de la collectivité départementale a appelé l’État à prendre ses responsabilités, notamment sur le financement du vieillissement de la population et de la dépendance. Il a aussi mis en garde contre les effets potentiels du redressement budgétaire annoncé par le gouvernement : "Les collectivités, et surtout les Départements, ne doivent pas être la variable d’ajustement du déficit de l’État."

Un bilan de mi-mandat salué mais contesté par l’opposition

Alors que le Département entame la seconde moitié de sa mandature 2021-2028, Cyrille Melchior a présenté un bilan intermédiaire qu’il qualifie de solide, saluant notamment la certification des comptes de la collectivité par la Cour des comptes — une première pour un Département ultramarin. Il a également mis en avant les efforts réalisés en matière de solidarité, d’aménagement du territoire, de lutte contre les violences intrafamiliales, ou encore de développement du tourisme et de la coopération régionale.

Mais ce discours n’a pas convaincu l’opposition. Monique Orphé, élue du groupe "Une ambition pour La Réunion", a sévèrement critiqué le décalage entre les ambitions affichées et les moyens réellement engagés. "Dès le début de la mandature, les objectifs étaient clairs et les moyens semblaient à la hauteur. Mais aujourd’hui, le compte n’y est pas", a-t-elle déclaré. Elle pointe notamment une baisse des crédits sur l’accompagnement des bénéficiaires du RSA, l’enfance en danger ou encore la lutte contre les violences familiales. "Ce sont des choix politiques. Et les choix actuels ne correspondent pas à ce que l’on affiche sur le papier. C’est pour cela que je parle d’un bilan de mi-mandat très mitigé", a-t-elle conclu.

"C'est plus facile de critiquer mais autrement plus difficile à faire. Mais jamais nous n'avons abandonné nos missions de solidarité. Bien sûr, on peut dire qu'on peut faire plus mais on a fait un peu beaucoup déjà", lui a répondu Cyrille Melchior. 

Vers un renforcement de l’action sociale et de la recherche sanitaire

Parmi les autres sujets phares abordés durant la séance, le Département a acté son soutien à la création d’un centre de recherche à La Réunion dédié aux sciences sociales appliquées aux épidémies émergentes. Un projet que Cyrille Melchior a défendu personnellement auprès du président de la République. L’idée : faire de l’île une base avancée pour l’étude des crises sanitaires, en s’appuyant notamment sur les savoirs traditionnels liés aux plantes médicinales réunionnaises.

Par ailleurs, les élus ont validé la mise en œuvre du système de paiement PLAN B, destiné à accélérer le décaissement des fonds européens FEADER en faveur du monde agricole, en attendant le déploiement complet du système national. Enfin, un nouveau contrat social pour les 846 assistants familiaux du Département a été présenté, fruit d’une concertation de plus d’un an avec les professionnels du secteur.

Un Département qui se recentre sur ses fondamentaux

Pour Jeannick Atchapa, vice-président de la collectivité départementale, ces décisions témoignent d’un retour assumé du Département sur ses compétences fondamentales : le social. "Les budgets sont tendus, les recettes fiscales sont en baisse à cause de la conjoncture économique, et pourtant on agit. Et surtout, notre collectivité reste exemplaire avec la certification de ses comptes, un gage de sérieux et de transparence qui renforce la confiance de nos partenaires", a-t-il commenté.

Dans un contexte d’inflation persistante et de désengagement partiel de l’État, la collectivité départementale tente de préserver l’essentiel : l’aide aux plus vulnérables, les investissements de proximité et la cohésion sociale. Reste à savoir si les outils engagés, comme la carte monétique, parviendront à répondre durablement aux attentes d’une population confrontée à de lourdes difficultés financières.

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