Révision du SAR : vers une urbanisation verticale à La Réunion ?

Alors qu'elle a pris du retard dans son projet de révision du SAR, la Région fait face aux critiques et aux craintes de certains maires et élus de l'île au sujet des objectifs de sobriété foncière fixés par la trajectoire ZAN (zéro artificialisation net). David Lorion s'inquiète de la réaction de la population face à une urbanisation dense et verticale, tandis que Serge Hoareau ou Patrice Thien Ah Koon ont estimé que le moment n'était pas opportun, à moins d'un an des élections municipales.
Le maire du Tampon a regretté son absence et son siège vide a alimenté les rumeurs sur certains désaccords internes à la Pyramide inversée, au sujet du projet de révision du SAR. Mercredi 4 juin, lors de l'assemblée de la Commission d'évaluation et de suivi du schéma d'aménagement régional (CESAR), qui s'est tenue dans une salle de plénière bondée comme jamais, Jean-Pierre Chabriat n'a pas siégé à la tribune. L'élu de la majorité, très impliqué jusqu'ici, ne figurait pas aux côtés de ses collègues Lorraine Nativel, Patrick Lebreton, Karine Nabeneza ou Wilfrid Bertile, ou encore du président de l'Agorah Christian Annette et de celui de l'Association des maires Serge Hoareau, qui encadraient la secrétaire générale de la préfecture Nathalie Infante.
La présidente de Région Huguette Bello, elle, a fait une courte apparition, le temps d'écouter Christian Annette lui rappeler que la dernière réunion de la CESAR avait soulevé plus de doutes, voire de mécontentements, que de certitudes sur les orientations du SAR, dont la dernière révision remonte à 2011.
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« Beaucoup d'observations ont été faites, notamment sur la consommation des espaces fonciers. La DEAL aussi avait fait remarquer que le diagnostic n'avait pas fait l’unanimité », a relevé l'élu du groupe d'Éricka Bareigts, en ciblant d'emblée le sujet de crispation entre les élus : la loi Climat et résilience de mai 2021, qui vise à ralentir par tranches de dix années, l'artificialisation des sols en France, pour finalement y mettre un terme, à l'horizon 2050.
Huguette Bello : « On est sous une pression énorme »
« Le besoin c’est 170.000 logements d'ici 2050, il faudra bien qu’on trouve de l'espace tout en préservant notre environnement. L'objectif, aussi, c'est notre autonomie alimentaire et donc il faut produire. Nos terres agricoles sont précieuses et on voit le recul des terres agricoles. On est sous une pression énorme », lui a répondu Huguette Bello, en exhortant les élus à ne pas sombrer dans « la déraison ».
Si les projections récentes de l'Insee sur un besoin de 170.000 logements (dont 68.000 à construire en dehors des villes) d'ici 2050 ont semé le trouble dans les esprits des 58 membres de la CESAR, le fait que différents chiffres circulent sur la densité urbaine, un indicateur qui permet de fixer une limite au nombre d'habitants dans les zones dédiées à l'habitat, ajoute à l'inquiétude. Notamment celle des candidats aux municipales de 2026.

Des rumeurs persistent depuis plusieurs mois selon lesquelles la Région, pour atteindre son objectif de trajectoire ZAN (zéro artificialisation nette) dicté par la loi Climat et résilience, pourrait pousser le curseur jusqu'à une densité supérieure à 80 logements par hectare dans certaines villes. Ce qui sous-tendrait, d'une part, la multiplication de hautes tours et de barres d'immeubles, mais aussi une forte hausse du coût du foncier.
Wilfrid Bertile : « Les 100 logements par hectare, c’est une fake news »
« Est-ce que les Réunionnais sont prêts à ce que leurs villes ressemblent toutes au Cœur de ville de la Possession ? Est-ce qu’on est capable de leur dire qu’on ne fera plus de cases individuelles ? Pourra-ton mettre des TCSP dans ces villes ? On n’a même pas les moyens de réparer les routes qui existent », a interrogé David Lorion, le maire de Saint-Pierre, qui semble douter que la solution « d'imposer une urbanité verticale dans une ville où la plupart des gens habitent en R+1 ou R+2 » soit la bonne.
La Région a bien tenté de le rassurer, en expliquant que si « dans la précédente mission AMO [assistance à maîtrise d'ouvrage] », l'intention était de pousser le curseur « jusqu'à 80 logements par hectare, clairement aujourd’hui ce n’est pas une orientation qui est retenue ».
Même le président de la CESAR Wilfrid Bertile a dû intervenir pour tenter de rassurer les élus qui exigeaient une clarification des chiffres de projection de densité urbaine. « Les 100 logements par hectare, je ne sais pas d’où ça vient, mais c’est une fake news. Le ZAN n’est pas stabilisé, on n’en parle plus. Mais la sobriété foncière, je pense que tous les Réunionnais y sont attachés », a plaidé l'élu de la majorité régionale.

Un peu peu plus tôt, la Sgar Nathalie Infante avait, elle aussi, tenté de faire baisser la tension. « Je ne focalise pas sur les mots, ce n'est pas ZAN qui me fait peur. Mais personne ne soutiendra ici que nous n’avons pas un sujet sur la sobriété foncière. Sur un territoire insulaire, il faut interroger nos curseurs car nous avons un sujet d‘équilibré territorial », avait-elle argumenté, en soulignant que le gouvernement semblait prêt à adoucir la pente de la trajectoire ZAN.
La Région pourrait devoir en faire de même sur son calendrier d'adoption du SAR, qu'elle prévoit de présenter au vote des élus mi-2027. L'échéance paraissait déjà difficile à atteindre au vu de la résiliation pour « perte de confiance », l'an dernier, du marché initialement accordé au groupe Élan pour la révision du SAR. Une décision qui serait mal comprise par certains membres de la CESAR.
Le calendrier du SAR se télescope avec celui des municipales
Lors de la réunion de mercredi, des maires comme Serge Hoareau ou Patrice Thien Ah Koon, tout comme l'élu Écologiste Jean-Pierre Marchau, ont estimé que ce calendrier n'était pas réaliste et qu'il risquait de « se télescoper » avec celui des municipales, lesquelles pourraient rebattre les cartes. La validation rapide de la trajectoire ZAN planifiée par la Pyramide inversée, avec des orientations écrites exigées aux communes dès la fin du mois de juin, apparaît désormais fragilisée.
Certains élus ont même partagé sur leurs boucles WhatsApp une note politique sur les orientations du SAR, dans laquelle la Région est accusée d'avoir « unilatéralement changé les règles du jeu », en voulant « imposer une trajectoire ZAN avant même d’avoir révisé le SAR, rompant avec la démarche de co-construction territoriale. »
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Sont dénoncées dans la note « des décisions arbitraires, déconnectées des besoins réels et des capacités effectives de nos bassins de vie. Cela revient à définir les droits à construire sans vision partagée, ni prise en compte des spécificités locales. » Des propos que n'étaient pas loin de reprendre à son compte le maire de Petite-Île Serge Hoareau. Celui-ci conteste l'approche de territorialisation des espaces dédiés à l'artificialisation des sols, c'est-à-dire à la construction de logements, d'équipements ou de zones économiques.
Environ 70.000 logements à construire en dehors des villes
« Je demande que cette territorialisation soit ramenée à l’échelle communale. Quand on est dans un bassin où il y a deux communes, c’est difficile de se partager les choses », a-t-il fait valoir. Selon les premières projections de la trajectoire ZAN de la Région, la surface foncière qui resterait mobilisable pour les communes d'ici 2050 s'élèverait à 3.952 hectares. Au-delà de cette surface, il ne sera plus possible d'artificialiser le sol à La Réunion.
Mais cette réserve foncière serait déjà bien entamée. Selon une spécialiste de l'aménagement du territoire contactée par Zinfos974, la Réunion aurait déjà consommé environ 700 hectares depuis 2021 sur le volume de surface défini pour sa trajectoire ZAN. « Les 68.000 logements à construire sur 1.350 hectares en dehors de la tâche urbaine, qui représentent une densité urbaine de 50 logements par hectare, se traduiront par des opérations types Cœur de ville à la Possession ou Beauséjour à Sainte-Marie », affirme-t-elle.
Cette enveloppe foncière totale de 3.952 hectares mobilisables jusqu'en 2050 ne comprend toutefois pas certains projets jugés d'utilité majeure, comme la construction de l'Écocité de Cambaie (111 hectares), l'extension de la zone arrière portuaire (66 ha), l'aménagement du réseau de transport ferré (100 ha) ou l'installation de stockage d'hydrogène (1 ha).



