Le Département réplique sèchement aux propos d'Emmanuel Séraphin sur le projet de réhabilitation du musée de Villèle

La réponse du Département n'a pas tardé. Quelques heures après la publication de notre article portant sur le projet de réhabilitation du musée de Villèle dans lequel le maire de Saint-Paul, Emmanuel Séraphin, exposait sa vision des futurs travaux, le Conseil départemental nous adresse un droit de réponse qui donne un avant-goût de la future campagne des municipales :
Le Conseil départemental prend connaissance, avec étonnement, des propos tenus par le maire de Saint-Paul concernant le projet de restructuration du musée historique de Villèle. Porté avec constance et transparence depuis 2018, ce projet, vise à doter La Réunion d'un musée de rang international consacré à l'histoire de l'esclavage, à la hauteur des attentes mémorielles de la population et des exigences scientifiques contemporaines.
Le Département invite le Maire de Saint-Paul au respect du travail engagé, fondé sur un consensus scientifique et une ambition partagée, au lieu de nourrir la confusion par des contre-vérités. Dès 2018, à l'occasion du 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage, le projet a été annoncé clairement : il s'agit de rééquilibrer le parcours muséal pour y intégrer pleinement la mémoire des esclaves, trop longtemps invisibilisée.
Depuis 7 ans, de nombreuses actions concrètes ont été engagées :
- Commande d'œuvres artistiques sur la résistance des esclaves ;
- Création d'un Atlas des habitations et de l'esclavage réunionnais recensant près de 300 sites ;
- Enrichissement des collections d'objets liés aux populations serviles ;
- Organisation d'expositions dédiées à Furcy, Albius, ou au Code Noir ;
- Partenariats avec des institutions internationales (Afrique du Sud, États-Unis, Maurice).
Dans le cadre du Temps des Mémoires, le Département mettra prochainement à disposition un documentaire inédit intitulé L'esclavage à Bourbon, fruit d'un travail collaboratif avec la communauté universitaire.
Quant à la dénomination du musée, elle a fait l'objet d'un travail approfondi du conseil scientifique pluridisciplinaire. La notion « d'habitation », spécificité réunionnaise, a été retenue comme point d'ancrage historique. Ce choix n'est ni définitif ni arbitraire : le Haut Conseil des Musées de France en sera saisi une fois le parcours muséographique finalisé, comme le prévoient les règles applicables aux musées labellisés « Musée de France ». Le Département demeure à l'écoute des propositions argumentées. Les mots choisis doivent servir la pédagogie et non la polémique.
Enfin, sur les aspects d'aménagement (accès, stationnement), le Département reste à l'écoute des habitants et de leurs préoccupations et confirme sa pleine coopération avec l'ensemble des partenaires, dont la Commune de Saint-Paul, dans un esprit constructif.
Au-delà des mots, le Département agit. Il construit un musée ouvert, documenté, enraciné dans le quartier de Villèle et tourné vers les mondes africain, malgache, asiatique et européen d'où viennent nos mémoires mêlées. La prise en compte de la parole des gramouns, l'implication systématique des associations locales, dès la conception du projet, et lors des voyages mémoriels auxquels des habitants ont participé, tissent déjà les fondations de ce lieu.
Nul ne peut sérieusement affirmer que ce projet serait « apologétique de l'esclavage » comme prétendu par le Maire de Saint-Paul. Ce serait insulter les faits, les chercheurs, les artistes, les habitants et la mémoire elle-même.
La mémoire des esclaves réunionnais mérite respect, rigueur et ambition.
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