Attaques de chiens sur les troupeaux : des éleveurs face à la justice

L'éleveur de cerf de Java, Laurent Ferrère, était convoqué ce jeudi devant la justice pour avoir abattu un chien le 3 septembre dernier. Soutenu par l'association LAPAPÉR, le Cmac et l'UPNA, il a refusé la composition pénale proposée par le procureur pour que son affaire soit portée sur la place publique.
Laurent Ferrère réclame à sa sortie du bureau du procureur que “l'État prenne le problème à bras le corps”. L'éleveur de cerf de Java de la Chaloupe Saint-Leu a abattu un chien qui tentait d'entrer sur son exploitation. Une plainte a été portée. Laurent Ferrère est convoqué par la justice pour atteinte volontaire à la vie d'un animal domestique. Ces faits sont punis de six mois d'emprisonnement et de 7.500 euros d'amende. Pourtant, l'éleveur soutenu par l'association LAPAPÉR, le Cmac et le syndicat l'UPNA refuse d'exécuter la composition pénale proposée par le parquet, à savoir rendre le fusil utilisé mais aussi verser 500 euros d'amende à la victime qui a porté plainte.
“J'ai toujours subi des attaques depuis que je me suis installé. En 2017, j'ai subi une grosse attaque. Rien qu'entre juin et août 2024, j'ai perdu aussi 25 cerfs soit plus de 20.000 euros. Je ne peux pas continuer comme ça. Je travaille pour rien”, se désole l'éleveur. Laurent Ferrère, accompagné de l'association LAPAPÉR, indique néanmoins avoir fait la demande de cage trappe auprès de l'intercommunalité concernée, en vain. “J'ai dû en acheter une”. Une dépense de 400 à 700 euros, rappelle Paul Payet, lui-même éleveur de cerfs à la Plaine des Cafres.
"N'abattons pas les éleveurs"
En 7 ans, Paul Payet a perdu 90 cerfs, 6 autruches, 8 cabris et 28 moutons sur sa ferme. Le préjudice dépasse les 100.000 euros, estime-t-il. “Depuis, rien a changé, les choses ne bougent pas”… L'éleveur a donc créé l'association de protection animale des éleveurs de La Réunion (LAPAPÉR) qui regroupe une quinzaine d'éleveurs. L'association a ainsi accompagné, il y a deux mois de cela, l'éleveur de volailles de la Plaine des Cafres, Jean-François Hoarau. En juillet dernier, alors que deux chiens s'en prennent à ses poules, il tue l'un des chiens en se défendant à coup de bâton. Le propriétaire de l'animal porte plainte. En guise d'avertissement pénal, l'éleveur est condamné à deux mois de sursis pour sévices graves ou actes de cruauté envers un animal domestique. Jean-François Hoarau a, lui aussi, porté plainte contre le propriétaire du chien, sans avoir de retour de l'instruction, assure-t-Il.
“Il y a un ras-le-bol. N'abattons pas les éleveurs. Certaines associations de protection animale attaquent les éleveurs qui sont eux-mêmes d'abord victimes des attaques de chiens. On a un préjudice financier, on a un préjudice moral puisqu'on ne dort plus. On passe énormément de temps sur nos exploitations, ce qui nous pousse à bout. Et aussi, on est coupable devant la justice maintenant”. Avec LAPAPÉR, Paul Payet entend ainsi davantage représenter les éleveurs face aux autorités qui “ne cessent de botter en touche” alors que le “risque sanitaire de l'errance animale est réel et avéré”.


