Enquête à tiroirs sur David Vital : de juteux coups de poker

L'affaire dite des fausses factures d'Air Austral, des fonds disparus des sociétés d'Yves Ethève et celle des marchés publics truqués de Saint-Paul remportés par le groupe Peugeot Caillé ont pour dénominateur commun un chef d'entreprise dionysien à la réputation sulfureuse. Ce premier volet raconte comment David Vital a bâti une partie de sa fortune et assis sa réputation autour des tables de poker.
L'affaire Vital débute en avril 2024. À l'époque, les policiers du Service Territorial de Police Judiciaire (STPJ) enquêtent depuis quelques mois sur une affaire de fraude fiscale et de blanchiment, adossée à des abus de bien sociaux. David Vital, petit chef d'entreprise dionysien de 51 ans, est soupçonné d'avoir ex-filtré plusieurs centaines de milliers d'euros des comptes de sa société dont l'objet consiste à faire du soutien aux entreprises. Surtout, il a oublié de déclarer près de 1,4 million d'euros au fisc.
Avant de procéder à l'interrogatoire de leur suspect, les enquêteurs mènent une perquisition à son domicile de Bois-de-Nèfles à Saint-Denis. En poussant la porte de David Vital, ils découvrent un appartement cossu avec piscine intérieure et terrasse avec vue mer à couper le souffle. Même si la décoration est clinquante, l'endroit signe la réussite de ce petit chef d'entreprise, amateur de grosses berlines et collectionneur de montres de luxe.
Le téléphone portable et l'ordinateur de David Vital sont saisis afin d'en exploiter le contenu. C'est là que l'affaire se corse en prenant un virage à 360 degrés pour plonger dans une dimension insoupçonnée. Au fil des années, le chef d'entreprise a conservé ses messageries presque intactes. Il n'a pas seulement gardé ses textos ou ses mails. Des quantités industrielles de messages envoyés ou reçus sur son compte Whatsapp s'affichent toujours à l'écran. “Une véritable caverne d'Ali Baba”, commente un fin connaisseur du dossier.
Les policiers ouvrent une boîte de Pandore
Pêle-mêle, l'exploration des messageries permet aux enquêteurs de se mettre sur la piste de marchés publics truqués, de fausses factures, de blanchiment et de trafic d'influence avec énormément de cash à la clé. Les policiers comprennent qu'ils ont ouvert une boîte de Pandore. Ils épluchent les milliers et les milliers de messages interceptés et, depuis, ils auditionnent un large panel de suspects, mais aussi de personnes à la fois victimes et auteurs d'infractions.
Pour comprendre comment David Vital a pu tisser sa toile, il faut s'immerger dans les multiples sphères d'influence où il a fait son nid depuis plus d'une décennie. Car son téléphone le prouve : ce grand séducteur a un carnet d'adresses très éclectique où l'on trouve à la fois des VIP, des acteurs économiques plus modestes, des politiques, mais aussi des voyous patentés. Des exemples ? François Caillé, Didier Robert, Yves Ethève, d'anciens pontes d'Air Austral, un haut fonctionnaire d'Etat, le patron d'une grande enseigne d'ameublement, un homme d'affaires de l'ouest spécialisé dans la promotion immobilière et nombre de petits chefs d'entreprise.
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Poker et jackpot
Comment David Vital est-il parvenu à nouer des relations privilégiées avec tout ce petit monde ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, son point d'ancrage dans la bonne société tient à sa passion pour les jeux d'argent. Au fil des années, il a fait s'asseoir autour de ses tables les plus fortunés au poker chinois, mais aussi au poker rami ou à la variante locale “du devant-derrière”. Tout à la fois, il a pu engranger des gains mirifiques, mais aussi se constituer un précieux carnet d'adresses mondain pour se rendre incontournable aux yeux des uns et des autres.
Les très belles parties étaient réservées à des joueurs triés sur le volet et généralement à grosse surface financière. Ceux qui peuvent miser des dizaines de milliers d'euros. Ces VIP du jeu sont issus de la sphère politico-économique. Étant donné les sommes en jeu, les participants lâchent un pourcentage modeste à leur hôte. “Le tarif se monte à 5% de la cagnotte pour les grosses tables. Cela peut représenter entre 20 et 50 000 euros par jour de gain pour ces tables-là”, confie un joueur sous couvert d'anonymat.
Mais le gros des troupes était constitué de commerçants, de restaurateurs ou de petits chefs d'entreprises qui défilaient soir après soir sous l'œil bienveillant de son majordome, Macadam de son petit nom gâté. “Nous étions très bien reçus. Il y avait toujours du champagne à volonté comme du Ruinart blanc de blanc, des fromages et de bons produits”, témoigne un autre participant de ces parties de poker.
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Des voyous plus ou moins rangés des wagons
Le retour sur investissement est garanti. Car le maître de cérémonie peut espérer empocher “entre 10 et 20 000 euros par soir alors que nous étions jusqu'à huit à jouer”, poursuit notre interlocuteur. Retracés à partir des messageries de David Vital, plusieurs d'entre eux ont été placés en garde à vue par les enquêteurs au début du mois de février, généralement pour s'expliquer sur des abus de biens sociaux présumés. Car l'argent dépensé aux cartes était le plus souvent tiré de la trésorerie de leurs sociétés. Certains puisaient directement dans la caisse ou s'octroyaient de coquettes avances sur salaire. Les témoins rencontrés reconnaissent avoir claqué des dizaines voire des centaines de milliers d'euros au poker.
Pas bégueule pour deux sous, David Vital avait aussi ses entrées dans de nombreuses salles clandestines où prenait place un public bigarré. Des parties plus modestes où l'on croise des repris de justice plus ou moins rangés des wagons, notamment dans l'Est du département. L'un d'eux, redouté et redoutable, permet de faire la loi et ainsi d'écarter les intrigants. Ceux qui auraient des velléités de gâcher le business par des actions violentes. A suivre...


