Violences conjugales : "Les photos des blessures de la victime sont glaçantes"

Un homme de 46 ans comparaissait ce mercredi devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour des faits de violences sur conjoint. Une fois encore, l'alcool a été un facteur aggravant d'une scène d'une extrême violence. Une femme a été prise pour cible par un individu pensant que ses gestes étaient justifiés par le comportement de la victime. Les faits se sont déroulés le 10 mars au Port.
C'est un homme grand et assez sûr de lui qui se présente ce mercredi à la barre du tribunal. Il doit répondre de faits de violences sur sa compagne qui, suite à une scène d'une extrême violence, a reçu une ITT de 10 jours. Même le président d'audience indique que c'est la première fois qu'il voit un "certificat médical aussi fourni" et des "photos aussi choquantes". Le certificat relève une triple fracture au visage et de nombreuses contusions. Elle explique qu'ils vivent ensemble depuis deux mois et que c'est la première fois que cela arrive. Elle raconte qu'ils étaient chez lui dans le salon lorsqu'il a commencé à lui donner des claques sans raison. La victime précise qu'il était fortement alcoolisé. Il a testé à 2,2 g/l d'alcool dans le sang par la police.
"Il m'a frappée pour me tuer, j'ai vu la mort en face"
Alors qu'elle lui demande d'arrêter, il la projette au sol et la tire par les cheveux. Elle parvient à se défaire, mais il la rattrape et la scène se poursuit par des coups de poing au visage. Présent au moment des faits, le frère du mis en cause tente de le calmer, mais rien n'y fait. Finalement, la victime parvient à s'enfuir et va directement chez le médecin, et ensuite à la police.
Présente à l'audience, elle raconte son clavaire : "Il m'a frappée avant que je puisse m'enfuir. Il m'a frappée pour me tuer, j'ai vu la mort en face". Elle demande au tribunal un bracelet anti-rapprochement, la voix encore tremblante. Assis derrière à écouter la victime, le prévenu fait des signes de tête comme pour dire qu'elle en rajoute. En effet, depuis le début des débats, il ne cesse de minimiser ses actes.
"Alors, elle a menti, monsieur ?", interroge le président. "Non", répond le prévenu avant d'ajouter avec dédain : "Cette femme parle trop de toute façon". Le président rappelle à son bon souvenir que son casier fait état de 3 mentions et qu'elles sont toutes en lien avec des violences. Pour autant, le prévenu estime ne pas être "un homme violent" et ajoute qu'"elle s'est faite ça en tombant et veut juste l'envoyer en prison". L'avocate de la partie civile relève qu'elle a "rarement vu de telles photos dans un dossier de violences conjugales" et fustige : "Vu son état, c'est elle qui a honte de se présenter devant vous, alors que c'est elle la victime".
"Elle ne s'est pas faite cela en tombant, c'est certain"
"Les photos des blessures de la victime sont glaçantes", tance la procureure en regardant le prévenu toujours aussi droit dans ses bottes. La magistrate est catégorique, "elle ne s'est pas fait cela en tombant, c'est certain. Elle a 10 jours d'ITT et trois fractures au visage. C'est la cinquième fois qu'il passe devant un tribunal pour des violences. Monsieur est violent, on ne peut rien dire de plus". Eu égard à la gravité des faits, le parquet requiert une peine de 3 ans dont 1 an de sursis provisoire assorti d'un mandat de dépôt.
"Les témoignages ne sont pas concordants même s'il ne s'agit pas de dénigrer ce qu'il s'est passé", répond la défense. La robe noire estime que "beaucoup de personnes étaient présentes, mais disent qu'elles n'ont rien vu ou donnent différentes versions". Et de conclure : "Il assume sa part de responsabilité, mais n'est pas d'accord sur ce que dit la victime sur la façon dont ça s'est passé. La détention ne règlera pas son problème avec l'alcool".
Après délibération, le tribunal prononce la culpabilité du prévenu et suit les réquisitions du ministère public.


