De consommateur à dealer, un pas qui l'amène devant la justice

Un jeune homme de 22 ans avait à répondre de faits de trafic de stupéfiants ce mercredi 5 mars devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. Son parcours n'est pas différent des autres utilisateurs de drogues en tout genre. Ayant une consommation de plus en plus soutenue, il a eu la riche idée de passer de consommateur à dealer, afin de financer ses produits.
C'est une petite entreprise qui ne connait pas la crise, pourrait-on dire. En effet, l'augmentation exponentielle d'arrivée de drogues en tout genre sur l'île de La Réunion donne des idées à certains. C'est le cas de Baptiste P. qui est passé de la consommation au deal. Tout part de l'interpellation d'un homme par la police en possession de 0,59 g de cocaïne. Il balance son dealer qui n'est autre que Baptiste P. Les enquêteurs décident de le placer sous surveillance, durant laquelle une deuxième interpellation a lieu avec cette fois, 5 g de skunk. Il est décidé de l'interpellation du dealer qui habite chez son père. Lors de la perquisition, les policiers découvrent 99 g de drogues : cocaïne, résine de cannabis et Mdma, pour une valeur à la revente de 3500 euros selon les cours à La Réunion.
"Les dealers ont fait péter les scores"
Il explique, lors de sa garde à vue, qu'il fait ça depuis un an, uniquement pour payer sa consommation. Le parquet décide de le juger en comparution immédiate. À la barre, il reconnait les faits. Il explique être entré dans une spirale infernale suite à des problèmes personnels. Il parle d'un profond mal-être suite à la séparation de ses parents et le décès d'un ami proche. Les enquêteurs ne trouvent rien sur son téléphone où tous les messages ont été effacés. "C'est un tic de tout effacer, je fais ça même avec les messages de mes parents", se justifie-t-il. Pour autant, il reste des photos de liasses de billets avec des légendes comme "les dealers ont fait péter les scores", ce qui n'est pas du goût du tribunal.
Les investigations mettent en lumière 2000 euros d'achats de produits par semaine à raison de 10 g de cocaïne. qu'il achète 900 euros, 50 g de skunk et 20 g de Mdma . Il reconnait ne vendre qu'au détail à 75 euros le demi-gramme de cocaïne et 150 euros le gramme. "Je ne prends pas ça en compte car la moitié est pour ma consommation", justifie le prévenu, qui se défend d'en acheter toutes les semaines. "Qu'importe", répond le parquet qui ajoute : "Vous faites entre 4000 et 8000 euros d'achats par mois, ce qui vous laisse 4000 euros de bénéfices, soit le salaire d'un fonctionnaire de catégorie A".
"Nous avons affaire à un jeune qui est ancré dans ce trafic"
La procureure estime qu'il "minimise" les faits, même s'il les reconnait. La magistrate rappelle que le prévenu a déjà eu affaire à la justice en 2022 pour consommation de stupéfiants où il a bénéficié d'une composition pénale et indique au tribunal que les douanes ont aussi intercepté deux colis à son adresse avec des stupéfiants en 2023. Elle relève que les faits "s'inscrivent dans la durée" et ajoute : "Nous avons affaire à un jeune qui est ancré dans ce trafic et qui fait sa communication sur les réseaux sociaux. Il a une vingtaine de client réguliers et le plus désolant c'est qu'ils ont son âge. C'est dire le côté addictif de ces produits". La procureure retient des faits "extrêmement graves " et requiert une peine de 3 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire assortis d'un mandat de dépôt différé.
"C'est un gamin pétri de trouille que vous jugez aujourd'hui, il est pendu à votre décision", répond la défense. "C'est un drame qui touche tout le monde et surtout sa famille. Il faut faire preuve d'humilité car ça peut toucher tous les parents qu'ils soient avocats, magistrats ou médecins. Il y a un acharnement dans les réquisitions car il avait été proposé beaucoup moins au départ en CRPC déferrement. Il faut trouver un équilibre. Pourquoi demander une peine beaucoup plus importante aujourd'hui alors qu'il n'a pas de casier ? Il faut le sanctionner mais il faut aussi tenir compte de ses difficultés à ce moment de sa vie", plaide la défense qui demande que son client ne soit pas emprisonné.
Après délibération, le tribunal reconnait le prévenu coupable et prononce une peine de 2 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire. Il est convoqué devant le juge d'application des peines qui décidera de l'aménagement 1 an de prison pour la partie ferme.


