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Jean-François Fromens : "Je suis devenu un délinquant à cause du PCR"

Les doutes sur l'intégrité de son combat en faveur des ex-squatteuses de l'Eperon depuis un mois auront suffi à faire sortir Jean-François Fromens, le président de l'Association Départementale contre l’Exclusion et la Précarité (ADEP), de ses gonds. Celui-ci n'a pas supporté les remarques de l'adjoint à la mairie de Saint-Paul Jean-Marc Gamarus. "Aujourd'hui, je n'ai rien à perdre, j'ai été formé par le PCR. Je connais leurs méthodes. Ils se servent de vous et ils vous apprennent à casser". Confidences...
Ecrit par Ludovic Grondin – le jeudi 19 mai 2011 à 18H13

Le conflit des demandeurs de logements à Saint-Paul aura connu des dégâts collatéraux. En deuxième ligne des pourparlers, les responsables associatifs que sont Dominique Romély et Jean-François Fromens auront été également mis à mal par l'équipe municipale. En conférence de presse mardi dernier, Jean-Marc Gamarus parlait ainsi des mères de familles de l'Eperon comme des "marionnettes manipulés politiquement". Les regards se tournaient donc vers les deux responsables associatifs qui ont eu à se présenter devant les citoyens saint-paulois pour différentes élections.

Jean-François Fromens est aujourd'hui prêt à répondre dent pour dent à Jean-Marc Gamarus "que je connais très bien pour l'avoir côtoyé au PCR" et à tous les élus communistes de la majorité municipale qui mettent en doute son désintérêt dans son soutien aux familles mal-logées.

Faire le sale boulot

"Portois, on avait demandé à mes parents d'adhérer au parti, on appelait ça les "cellules" à l'époque. C'était une sorte de réunion de quartier censée quadriller le terrain pour remporter les élections" raconte-t-il. "Notre cellule à nous était celle du Coeur saignant, quartier situé en entrée de ville du Port. "En reconnaissance au parti, il nous arrivait de donner des cochons, des canards, voilà comment ça se passait. Ils ont commencé à escroquer mes parents ainsi". Depuis tout petit donc, le responsable d'association a baigné dans cette effervescence qui divisait la Réunion en deux : la droite locale et le PCR.

"Ma formation a commencé très jeune. On m'a appris à être un révolutionnaire, à épouser les thèses du parti communiste, à apprendre les chants révolutionnaires. J'ai reçu une vraie formation par le PCR. Qui étaient mes formateurs ? Vous trouvez des gens comme Patrick Boitard, Jean Saint Marc, Roland Robert, Lucet Langenier, et même le père d'Emmanuel Séraphin, actuel adjoint à la mairie de Saint-Paul…".

"Je n'ai pas honte de dire que j'étais devenu un délinquant à cause d'eux" poursuit le président de l'ADEP. Celui-ci ose dévoiler quelques un des méfaits auxquels il aurait participé sur ordre du Parti communiste réunionnais. "J'ai fait des razzias dans les cases des comoriens dans les cités l'Oasis et Say pour les déloger, on m'a demandé d'aller écrire "zoreil dehors" sur les murs. J'ai failli perdre la vie dans ces méfaits" avoue-t-il sans détour. "On m'a dit de casser. Mon surnom c'était "Breaker". Autre événement qui aurait pu mal tourner : "On m'avait dit d'aller frapper Théo Hilarion pour l'intimider à cause d'un différend avec le PCR. J'avais refusé de le faire".

Pas de reconnaissance

Loin d'être avare en anecdotes, Jean-François Fromens se remémore l'accueil fait à Georges Marchais lors de sa visite sur l'île, au plus fort du communisme français. "J'ai fait tous les meetings de Paul Vergès et de Pierre Vergès" raconte-t-il.

Toujours dans cette formation du bon nervis, "on nous apprenait des chants raciaux de l'URSS, mais on le chantonnait sans même en savoir la signification. On a appris tous les noms des grands hommes politiques du communisme comme Staline. Ce n'est que plus tard que je me suis rendu compte quels criminels ces gens là étaient". Et dire qu'aujourd'hui encore certaines rues du Port portent les noms de ces criminels…"

 

Le retournement de veste intervient à un moment très précis. Jean-François Fromens raconte. "C'était lors de la création du SivomR (syndicat intercommunal à vocation multiple installé au fameux "crayon" du Port), je n'attendais pas à avoir un poste de cadre mais au moins un p'tit emploi et finalement ce sont les mêmes zoreils dont on me disait d'aller griffonner sur les murs qu'il fallait qu'ils partent qui ont été embauchés dans la structure. C'est à ce moment là que j'ai su qu'on m'avait utilisé. A partir de là, je suis devenu comme le Ben Laden du PCR" s'amuse à dire Jean-François Fromens. "Je me suis retourné contre les gens qui m'avaient formé". Après cela, un séjour plus tard en métropole et une rencontre marquante avec Khaled Kelkal (membre du groupe islamiste algérien GIA, auteur d'attentats en France et abattu en 1995) dans un foyer auront marqué sa période loin de la Réunion au début des années 90.

"Ils ont détruit une partie de ma vie"

"J'étais un délinquant et ils voulaient que je le reste mais comme j'ai changé de tactique, ça dérangeait forcément. Je me suis mis à agir dans la légalité, ils n'ont pas apprécié. Maintenant, dans le cadre légal, ils n'ont aucune prise sur moi. Le seul moyen, c'est de dire que je défends les familles de mal-logés pour des intérêts politiques, c'est si facile de dire ça".

"Le plus incroyable c'est que les manipulateurs d'hier sont tous casés aujourd'hui à des postes importants, dans les mairies etc…Vous retrouvez par exemple Alain Payet qui est DGS à la mairie de Saint-Paul qui a détourné de l'argent dans le projet d'endiguement de la Rivière des Galets. Alors que l'on nous a traité de hors la loi dans notre défense des mères de familles de l'Eperon, je dis que ce sont ces voleurs qui sont des hors la loi !"

Cette expérience d'initié auprès du Parti communiste réunionnais, Jean-François Fromens souhaite depuis trois ans la faire partager au plus grand nombre. "Cela fait trois que je frappe à la porte d'éditeurs pour publier mon livre intitulé "Marqué au fer rouge - La Vérité sur le Parti communiste réunionnais". Ce qu'on me répond à chaque fois c'est : "vous savez, c'est Paul Vergès…" bref, la frilosité et les réticences sont nombreuses. "Je suis un repenti du PCR. Je n'ai plus rien à perdre. Ils ont détruit une partie de ma vie".

 

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