Des perspectives économiques incertaines pour 2025 à La Réunion

L’économie de La Réunion traverse une phase de stagnation, marquée par une inflation en baisse mais un contexte encore fragile pour les entreprises et les ménages. Philippe La Cognata et Nicolas Gobalraja de l’Iedom ont livré un éclairage sur les enjeux actuels et les défis à venir lors d’une conférence à la CCIR.
La Réunion, loin d’être en récession, s’enlise toutefois dans une forme de « stagnation économique » qui inquiète les chefs d’entreprise et impacte les ménages. C’est ce qui ressort de la conférence donnée à la Chambre de commerce par l’Iedom. « La période est assez propice à parler de cette conjoncture économique que l’on traverse aujourd’hui. Celle de faire un bilan 2024 de la situation économique, mais aussi un éclairage et les perspectives pour 2025 », explique en introduction Pierrick Robert, président de la CCIR.
"Faux plat"
L’indice de climat des affaires (ICA) – indicateur maison de l’Iedom – atteint 95,8, soit en dessous du niveau de référence à 100, en termes de projection au troisième trimestre. C’est le résultat d’une activité qui reste en dessous de son niveau moyen, traduisant un ralentissement généralisé. « L’économie réunionnaise est sur un faux plat », explique Nicolas Gobalraja, responsable du service Études économiques. Pour Philippe La Cognata, directeur régional de l’Institut d’émission des départements d’outre-mer, la conjoncture économique réunionnaise est marquée par une forme d’incertitude pour 2025.
Malgré une inflation en reflux – passée à 1,5 % en glissement annuel – son effet cumulé atteint 10 % en deux ans, pesant lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages. Conséquence : les dossiers de surendettement déposés à l’Iedom ont augmenté de 30 % par rapport à 2023, et les ménages peinent désormais à régler factures et loyers, bien plus qu’à rembourser des crédits.
« La dynamique économique repose sur la confiance »
Les entreprises ne sont pas mieux loties. « Les entreprises déclarent une baisse de leur activité. Aucun secteur n’est épargné par ce ralentissement. Seuls les secteurs de l’agriculture et du tourisme s’en sortent un peu mieux », indique Nicolas Gobalraja. À contrario, l’industrie et le commerce voient leurs charges d’exploitation s’alourdir, sous l’effet de coûts salariaux croissants et d’intrants plus onéreux. La crise du canal de Suez et les perturbations des routes maritimes continuent d’impacter le fret, facteur clé pour l’île.
Des entreprises, interrogées dans le cadre de l’enquête trimestrielle de l’Iedom, signalent une dégradation persistante de leur trésorerie et des délais de paiement. Ce frein explique en partie la stagnation. « La dynamique économique repose sur la confiance », rappelle Philippe La Cognata. Et cette confiance risque d’être encore dure à trouver. Le contexte mondial comme national ne facilite pas la tâche des entreprises réunionnaises. Outre les problématiques mondiales – guerre en Ukraine, changement de dirigeants à la tête d’États et risque d’accentuation du protectionnisme – au niveau national, l’incertitude qui entoure le vote du budget 2025 ne fait qu’ajouter des doutes. Dès la semaine prochaine, sera débattu l’avenir de la Lodeom pour les entreprises ultramarines. En cas de coup de rabot, la hausse des charges pour les entreprises pourrait atteindre 260 millions d’euros, selon une étude du cabinet Mazars, réalisée pour la Fedom.
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Pour 2025, l’Iedom entrevoit une reprise modérée de la consommation, portée par la baisse de l’inflation et des taux d’intérêt. Mais cette reprise devrait être décalée par rapport à la métropole. Toutefois, les perspectives d’investissement restent fragiles. « 2024 est une année de tous les dangers », avertit Pierrick Robert, soulignant l’urgence de trouver des solutions collectives pour soutenir l’emploi et éviter un ajustement économique trop brutal.


