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Les letchis de la colère

Père et fils, vendeurs de letchis, se sont retrouvés pour la première fois de leur vie devant la cour d'appel de Saint-Denis. Non-comparants en première instance en raison d’un problème de convocation, ils devaient répondre de violences aggravées. Armés d'un sabre et d'une pioche, ils se sont attaqués à un autre vendeur pour une sombre histoire de place. Et l'histoire aurait pu se terminer plus mal...
Ecrit par Julien Delarue – le samedi 23 novembre 2024 à 06H31

À la fin de l’année 2022, Marius et Alain N., vendeurs de letchis, s’installent sur la route de Trou d’Eau à Saint-Gilles-les-Bains pour écouler leur stock. La saison bat son plein, et leur activité plutôt lucrative mais non déclarée leur rapporte environ 250 euros par jour. De quoi créer des jalousies et des tensions ?

Ce 29 décembre, un autre vendeur arrive sur les lieux. C'est le début des ennuis. Pour une sombre histoire d'emplacement et de parasol qui dépasse, le ton monte pour finir en véritable expédition punitive. Un déchaînement de violences s'abat sur le vendeur concurrent. Marius et Alain se saisissent d'un sabre et d'une pioche, récupérés dans leur camionnette. Heureusement, les coups sont portés uniquement par la pioche. Le premier est évité, la victime riposte et se saisit d'un rocher. Il tente de l'envoyer sur ses assaillants. Peine perdue. Le deuxième coup touche le flanc puis un autre le bras du vendeur concurrent. Bilan : 45 jours d'ITT (Interruption temporaire de travail) pour une fracture ouverte.

Mais la scène ne s’arrête pas là. Marius et Alain poursuivent leur rival sur la route, proférant des menaces de mort. Tout cela sous les yeux de touristes médusés venus profiter de la plage. On est loin de la carte postale de fin d'année. Il faudra l'intervention des forces de l'ordre. Direction la garde à vue pour ramener tout le monde à la raison.

« Avez-vous conscience que cette histoire aurait pu se terminer devant la cour d’assises ? »

Devant la cour d’appel, plusieurs témoignages appuient le récit des faits. À la barre, père et fils, au casier judiciaire vierge, apparaissent profondément affectés par leur passage devant la justice. L’un est agriculteur à la retraite, l’autre maçon : des profils éloignés des habitués des tribunaux. En pleurs, ils reconnaissent avoir perdu le contrôle et mesurent la gravité des conséquences.

« Avez-vous conscience que cette histoire aurait pu se terminer devant la cour d’assises ? », les interpelle le président Jacques Rousseau. Un rappel cinglant de la gravité des faits.

En défense, le fils affirme avoir été intimidé par le concurrent, qui aurait voulu les chasser de l’emplacement. « Il ne voulait pas qu’on reste là », se justifie-t-il, mais reconnaît que cela ne justifie en rien les coups portés.

« On ne comprend pas les proportions prises pour une histoire de place. On sort les armes, la victime a peur et prend une pierre et menace. Tout ça dans un lieu touristique. J'imagine l'image donnée aux passants qui voient un homme brandir un sabre en hurlant 'je vais te tuer'. Les faits sont extrêmement graves et inadmissibles », lâche l'avocate générale, loin d'être touchée par les larmes des prévenus. « Et si les forces de l'ordre n'étaient pas arrivées à temps, comment est-ce que cela se serait terminé ? Tout ça pour un emplacement de letchis ». L'avocate générale insiste pour que les faits ne soient pas minimisés et que la peine en première instance soit confirmée. Elle réclame 12 mois de prison ferme pour le père et le fils, avec la possibilité d'aménagement sous bracelet électronique.

Aucune partie civile au procès

Pour Me Georges-André Hoarau, avocat de Marius et Noël, cette scène de « cow-boy » ne doit pas omettre certains détails. Si la légitime défense ne peut pas être acquise selon son propre aveu, il souligne l'absence de la victime à ce procès. « La partie civile n'est même pas là ? C'est comme s'il n'y avait pas de victime. Ou peut-être a-t-elle des choses à se reprocher ? », s'interroge-t-il. En première instance, comme en appel, aucune partie civile ne s'est constituée, à l'exception de la CGSS dont la constitution a été jugée irrecevable.

« Ce sont des travailleurs exemplaires, ce sont des gens simples et de bonnes personnes. Ils n'ont jamais eu de problème avec la justice et ont peur de la loi. Je vous demande d'en tenir compte », ajoute Me Georges-André Hoarau.

La décision sera rendue en février prochain.

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