[Le podcast de Pierrot] Huguette Bello à Matignon ? Même Paul Vergès n'avait pas réussi cet exploit !

J’avais prévu de vous parler aujourd’hui de l’accord trouvé hier au sein du Nouveau Front Populaire sur le nom du communiste André Chassaigne comme candidat du NFP à la présidence de l’Assemblée nationale. L’événement est d’importance puisqu’il montre que sous la pression - il fallait se mettre d’accord avant l’élection qui aura lieu cet après-midi - les quatre partis qui constituent la NFP sont capables de se parler et de tomber d’accord. Pourquoi ce qui est possible pour le poste de président de l’Assemblée nationale ne l’est pas pour celui de Premier ministre ?
J’avais quelques idées sur la question mais il me semble plus important de revenir sur la désignation ratée d’Huguette Bello à Matignon, au regard d’un article fort intéressant de Daniel Schneidermann sur le site Arrêt sur image.
Il en ressort que le retrait d’Huguette Bello lundi dernier pourrait n’être que la conséquence d’un immense malentendu. Un SMS pas lu et une annonce de retrait faite trop tôt. De quelques dizaines de minutes…
Je vous retrace le fil des événements et n’hésiterai pas à reprendre de larges extraits de l’article en question. J’espère que Daniel Schneidermann ne m’en voudra pas.
L’histoire commence le 12 juillet lors d’une réunion de négociations entre les représentants des quatre partis du NFP. Je cite Daniel Schneidermann sur la façon dont le nom de la présidente de Région est apparu. Il a pu échanger avec les différents protagonistes, ce qui lui permet de pouvoir établir une chronologie très précise :
« Avancé par Fabien Roussel (…), son nom a aussitôt été approuvé avec enthousiasme par Jean-Luc Mélenchon. (…). Une candidate qui rallie Roussel et Mélenchon, ça s'étudie, non ? Restaient Les écologistes, et le PS.
D'emblée, la candidate Bello suscite des réticences du PS : trop à gauche. Un Conseil National est convoqué dans l'après-midi du samedi 13. Olivier Faure, en ouverture, selon Mediapart : 'si on est seuls contre trois, on va devoir céder'. Il faut donc sonder les Écologistes. Olivier Faure s'absente de la réunion, et revient au Conseil National en disant : 'les Verts, c'est ni oui, ni non'. Ouf ! Le PS se sent délié de l'obligation de "céder". Exit la candidature Bello.
Sauf que le lendemain matin à France Inter, Marine Tondelier explique que son mouvement a accueilli l’hypothèse Bello 'avec beaucoup de bienveillance' et 'd’enthousiasme'. Mais que les Écologistes souhaitaient néanmoins pouvoir la rencontrer 'pour pouvoir défendre sa candidature'.
Entre le 'ni oui ni non' rapporté par Faure, et 'beaucoup d'enthousiasme', il y a davantage qu'une nuance », constate Daniel Schneidermann.
Ce dernier poursuit : « Tondelier appelle aussitôt Bello, qui se trouve à La Réunion. L'appel dure une dizaine de minutes. (…) La prise de contact se passe bien (…).
Arrive le fameux Conseil National du PS, et la conversation fatidique, que Faure rapporte aux socialistes avec un 'les Ecolos, c'est ni oui, ni non'. Surprise : 'je n'ai pas parlé à Faure' révèle Tondelier sur X ce matin. C'est vrai, me confirme Olivier Faure (...) Il a en fait parlé à un proche collaborateur de Tondelier, mais pas avec elle personnellement. Pourquoi pas à elle directement ? 'Elle n'était pas dispo'. Pour sa part, Tondelier assure qu'elle n'a pas été appelée ».
Mais cet « entourage » de Marine Tondelier lui aurait assuré que les dirigeants des Verts « étaient partagés. (…) Dès lors, la candidature est enterrée ».
Dans la soirée du dimanche 14 juillet, Marine Tondelier envoie à Huguette Bello un SMS que Daniel Schneidermann a pu consulter, précisant que "les Ecologistes sont les seuls habilités à s'exprimer en leur nom. Ce que nous avons à dire nous le disons nous-même". "Votre candidature, ajoute-t-elle, bénéficie d'une large bienveillance dans nos rangs, suscite l'enthousiasme chez beaucoup. Nous la considérons sérieuse, crédible, et je dirais même inspirante. Nous souhaiterions donc vous proposer un échange visio quand vous le souhaitez (aussi rapidement que possible) avec notre direction et nos grands élus. Les modalités sont adaptables à votre convenance".
Trop tard, constate Daniel Schneidermann, puisqu’Huguette Bello a déjà annoncé par communiqué quelques instants auparavant qu’elle retirait sa candidature Le lendemain matin, le lundi 15 juillet donc, « en se rendant à France Inter, Marine Tondelier est avertie par texto du désistement de Huguette Bello. Elle transforme donc son 'intervention de soutien' en 'intervention de regret'. Aux dernières nouvelles, le hashtag #Huguettereviens est en tête des tendances de X ».
D’où les rumeurs sur un éventuel retour d’Huguette Bello dans la course à Matignon.
À quoi tient un poste de Premier ministre ? À quelques dizaines de minutes. Huguette Bello n’aurait pas été aussi prompte à annoncer son retrait qu’elle serait probablement aujourd’hui la candidate officielle du Nouveau Front Populaire.
Pas de quoi s’emballer cependant. N’oublions pas ce que je vous répète depuis plusieurs jours : il ne s’agit que de la proposition du Nouveau Front Populaire, proposition qui a peu de chances d’aboutir puisque le président Emmanuel Macron a d’entrée de jeu fait savoir qu’il n’avait pas l’intention de désigner un Premier ministre issu de La France Insoumise ou du Rassemblement national. Mais avouez que ça aurait eu de la gueule sur un CV.
Même Paul Vergès n’avait pas réussi cet exploit.


