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Stupéfiants : Une tête de réseau et une mule lourdement condamnées

Un homme et une femme comparaissaient devant le tribunal judiciaire ce lundi pour des faits de transport et détention de stupéfiants. Il s'agit en réalité d'une mule et, pour une fois, c'est qui est assez rare pour le souligner, de celui qui était en charge de réceptionner le chargement de drogue à son arrivée sur l'île.
Ecrit par Régis Labrousse – le mercredi 17 juillet 2024 à 06H06

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Tout est parti d'un contrôle d'identité par des agents de police le 14 juin dernier aux abords d'un hôtel du centre de Saint-Denis. Une patrouille de police repère un homme au comportement suspect. L'individu, téléphone en main, semble s'impatienter. Les agents décident alors de lui demander ses papiers. Il montre sa carte d'identité sur son téléphone à un policier pendant que le réceptionniste de l'hôtel, questionné par un autre agent, indique qu'il n'est pas seul. Il apparaît qu'il est venu avec une jeune femme d'origine guyanaise. Les policiers décident alors de l'interpeller. L'individu ne l'entend pas de cette oreille et tente de se faire la belle, blessant deux agents lors de sa tentative de fuite. De son côté, la jeune femme qui sortait de l'hôtel, indique spontanément aux policiers qu'elle est arrivée de Paris le matin-même et qu'elle transportait de la cocaïne. Elle leur dit qu'elle a un ovule dans son sac qu'elle venait remettre à l'homme qui la pressait par téléphone de tout éjecter.

Tout ce petit monde est alors placé en garde à vue, après que la mule ait éjecté, non sans mal, les trois derniers ovules qu'elle transportait "in corpore". Au total, ce sont 343 grammes de cocaïne qui sont récupérés alors que la perquisition du véhicule de l'individu met en évidence deux autres ovules pour un total de huit grammes et quelques grammes de résine de cannabis. Si la jeune femme fait le choix de coopérer, ce n'est pas le cas de l'individu qui est originaire d'Haïti. Il soutient qu'il ne connait pas la jeune femme et qu'il ne savait pas ce qu'elle transportait. Pourtant, c'est bien lui qui l'a récupérée quelques heures plus tôt à Gillot. Il refuse également de donner le code de son téléphone. Les investigations montreront que le véhicule qui a servi à déposer la femme à l'aéroport d'Orly est le sien. Le parquet décide de les juger dans le cadre d'une comparution immédiate.

 

"C'est un gars qui m'a proposé 100 euros pour aller récupérer une femme à l'aéroport"

 

À la barre ce lundi, les positions restent les mêmes. Diofana B., maintient ses déclarations et explique qu'elle a subi des menaces de Jackinson F., qui s'est installé à la Réunion il y a six mois, lors de la garde à vue, mais également dans la cour de promenade à Domenjod par l'intermédiaire d'autres détenus. Lui explique qu'il ne la connait pas : "C'est un gars qui m'a proposé 100 euros pour aller récupérer une femme à l'aéroport. Je l'ai rencontré en boîte de nuit, c'était 15 jours avant. Il m'a donné un numéro à appeler sur un bout de papier", explique-t-il au tribunal. Le parquet qui lui rappelle que le billet d'avion de la jeune femme n'était pas encore acheté au moment qu'il indique et qu'il ne pouvait pas savoir quand il devait se rendre à l'aéroport, sauf s'il avait le contact du demandeur, ce qu'il réfute depuis le début. De plus, la présidente lui rappelle que la voiture utilisée en métropole est la sienne.

Qu'importe, Jackinson F. persiste et signe : "Je ne la connais pas. J'ai donné mes codes aux policiers, mais avec le stress, je me suis trompé. La drogue retrouvée dans la voiture est la mienne, pour ma consommation personnelle", insiste-t-il. "Oui, mais on ne peut rien vérifier, car vous n'avez pas donné les codes", tance la présidente.

Il explique qu'il consomme 10 à 12 grammes de cocaïne par mois et que là, il achetait les huit grammes pour 300 euros. Sauf que l'un des ovules retrouvés dans son coffre sentait les selles humaines. De plus, il indique toucher 1.000 euros de chômage par mois pour une consommation de plus de 1.500 euros à 150 euros le gramme à la Réunion. Son histoire ne tient pas, mais il persiste.

"Quand je suis entrée en détention, j'ai rencontré des jeunes femmes qui sont incarcérées à cause des mêmes personnes. En parlant, on se rend compte que ce sont les mêmes commanditaires, mais elles ne parlent pas, car elles ont peur", ajoute pour sa part la jeune femme, qui affirme que c'est bien lui qui gère la partie Réunion.

 

"Chaque interpellation de mule compte, parce que ce n'est pas acceptable sur notre territoire"

 

Pour le parquet, "ce sont des trafiquants particulièrement organisés", et d'ajouter, "chaque interpellation de mule compte, parce que ce n'est pas acceptable sur notre territoire". La procureure reconnait "qu'il n'y a aucun doute sur les pressions subies par la jeune femme, mais qu'il s'agit d'un choix délibéré", elle requiert 30 mois de prison avec maintien en détention pour Diofana B. Considérant que "s'il est là aujourd'hui devant vous, c'est entièrement sa faute et non à cause d'elle, car c'est lui qui s'est fait interpeller devant l'hôtel en attendant ce qu'elle transportait car il savait très bien ce qu'elle faisait", le parquet requiert entre 48 et 54 mois de prison pour Jackinson F. Elle requiert également une interdiction de séjour à La Réunion de trois ans pour les deux.

"Elle s'est mise en danger dans cette procédure pour coopérer. Elle a parlé, peut-être même trop", répond la défense de Diofana B. "Quand il vous dit qu'il est là par malchance, je ne le crois pas, il la connaissait. Si on ne remonte pas jusqu'à la source, c'est qu'on ne veut pas, mais vous en avez les moyens. Elle a été manipulée et toute sa famille est en danger aujourd'hui", plaide la robe noire qui demande une peine sans mandat de dépôt.

Pour la défense de Jackinson F., "rien ne corrobore le fait qu'il puisse être la tête de réseau à La Réunion. Son train de vie ne reflète pas ce qui lui est reproché. Il reconnait la détention de stupéfiants dans le cadre de sa consommation personnelle et s'il a tenté de se soustraire, c'est parce qu'il ne comprenait pas pourquoi il était interpellé", plaide l'avocate qui demande une peine adaptée.

Après délibération, le tribunal reconnait les deux prévenus coupables. Jackinson F. est condamné à quatre ans de prison et Diofana B. à la peine de deux ans de prison. Les deux sont maintenus en détention et ont interdiction de séjour de trois ans à la Réunion.

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