Trafic de drogue à l'Etang-Salé : 5 ans de prison pour le caïd passionné de Bitcoin

C'est sur le parvis de l'Église de l'Étang-Salé que ce trafic de drogue a commencé. Là où à la nuit tombée, moyennant quelques dizaines d'euros, il est possible de se fournir en MDMA, Artane ou encore en cannabis, indique une avocate de la défense. Les cinq protagonistes de ce trafic se connaissent. Ils ont vécu et grandi à l'Étang-Salé et sont tous consommateurs réguliers de drogue.
La douane a décidé de mettre fin à leur trafic en octobre 2022 après plusieurs “saisies sèches” c'est-à-dire sans signalement au parquet. Un kilo de cannabis caché dans deux bougies parfumées ont alerté les agents qui ont mis en place une livraison surveillée. Le colis provenant de la commune de Charenton-le-Pont dans la région parisienne est ainsi arrivé jusqu'au domicile d'Antoine* à l'Étang-Salé. Au terme d'un an d'enquête, menée par la brigade de recherches, ce sont finalement cinq prévenus qui ont été renvoyés devant la justice.
Mathis*, 29 ans, est considéré comme la tête pensante du petit réseau. Le jeune homme sortait pourtant de prison, mais a à nouveau décidé d'emprunter le mauvais chemin. Le jeune homme, formé à l'informatique, commandait MDMA, Artane et cannabis sur le darknet. Les livraisons se faisaient chez des proches. Pour le colis aux bougies, Mathis a profité de ses vacances pour s'assurer de la commande et du conditionnement de 1,3kg de cannabis. Son ami Kylian*, qui réside à Charenton-le-Pont, est venu le chercher à l'aéroport. Kylian l'a accompagné chercher la drogue et l'a stockée chez lui une nuit. Kylian a aussi regardé son ami retirer la cire des bocaux, la remplacer par la drogue, faire fondre une partie de cire et la remettre dans les contenants pour camoufler l'odeur du cannabis.
Dans ce trafic, Laurent* a lui servi de nourrice, Mathis cachant régulièrement sa drogue à son domicile en centre-ville de l'Étang-Salé.
Jérôme* était le bras droit de Mathis. En l'espace de deux ans, 52 opérations pour 20.400 euros ont été repérées à la fois sur les comptes bancaires de Mathis mais aussi de Jérôme.
"Les petites copines ont beaucoup parlé dans cette affaire”
Pour défense, Mathis a choisi d'avoir réponse à tout même si celles-ci sont parfois insensées. Tous en cas rejettent les accusations de trafic, l'absence d'enrichissement, mais une forte consommation personnelle.
Si les saisies n'ont pas été importantes et que les conversations sur les téléphones ont eu le temps d'être effacées, "les petites copines ont beaucoup parlé dans cette affaire”, remarque la présidente du tribunal. Les témoignages des ex-amies aujourd'hui ont permis en effet de comprendre l'implication de chacun.
Pour autant, “nous ne saurons pas tout”, en convient le parquet qui requiert à l'encontre de Mathis la peine de prison la plus sévère : 5 ans dont 18 mois de sursis. Pour le ministère public, le jeune homme est le plus souvent mis en cause à la tête du trafic et les écoutes téléphoniques laissent peu de doutes.
Pour les avocats de la défense des quatre autres prévenus, Mathis est aussi la tête pensante de ce trafic. “Les sbires de Mathis ont frappé mon client Antoine et l'ont menacé de l'enfermer dans le coffre d'une voiture jetée dans le gouffre de l'Etang Salé”, alerte Me Farid Issé. Des méthodes de voyous pour lesquelles Antoine a préféré ne pas porter plainte.
“Il y a de l'exagération dans ce dossier. C'est un petit trafic qu'il fallait tuer dans l'oeuf”, plaide le bâtonnier George André Hoarau. “Il faut néanmoins toute mesure garder quand un milliardaire à Tahiti est condamné à 16.000 euros d'amende pour la détention et l'usage d'un conteneur rempli de pieds de zamal”, avance la robe noire.
“Il est le leader, il est malin, il est passionné de Bitcoin alors coupons lui la tête, mais coupons-la là où il faut”, lance Me Sameïdha Mardaye pour la défense de Mathis. “ Le trafic sur le parvis de l'Église de l'Étang-Salé a existé et existe encore à cette heure”, pointe l'avocate. “On s'entend quand tout va bien et quand ça dérape on se tire dans les pattes”, tance également Me Sameïdha Mardaye qui déplore “les ladi lafé” qui fondent le dossier.
Le délibéré tombe. Me Victoria Rouxel et Me Brigitte Hoarau ont obtenu la relaxe partielle pour leur client Kylian et Laurent condamnés à des peines de 2 ans dont 1 an avec sursis probatoire. Antoine écope de la même peine.
Jérôme, bras droit de Mathis, est condamné à 3 ans de prison dont 1 an avec sursis et est maintenu en détention. Pour la tête pensante du trafic, le tribunal prononce 5 ans de prison dont 2 ans de sursis probatoire. Mathis reste en prison et à l'instar de ses comparses a l'obligation de soins, de travailler, et interdiction de porter une arme. Tous aussi ont l'interdiction de se contacter et devront payer solidairement 10.000 euros d'amende douanière.
*Prénoms d'emprunt


