Ismaël condamné à 5 ans de prison pour les violences rue Maréchal Leclerc : Explosion de colère en salle d’audience

"Je vais demander à mon Dieu de vous punir et vous irez en enfer", hurle la mère du prévenu à l’attention du président Duchemin qui présidait l’audience correctionnelle de jeudi 6 juin dernier. Son fils âgé de 20 ans comparait pour de graves violences commises le 25 février 2023. Ce jour-là, un règlement de compte entre des jeunes qui n’étaient pas issus du quartier du bas de la rue Maréchal Leclerc à Saint-Denis avait choqué la population.
Ismaël* avait donné plusieurs coups de couteau à un rival et avait pris la fuite. Il avait bientôt été rattrapé par une poignée d’opposants qui l'avait tabassé avec une selle de vélo. Un individu avait été interpellé et placé en détention provisoire. Cependant, la suite des investigations avait démontré que ce n’était pas lui qui avait porté les coups de selle. Les autres auteurs n’avaient pas pu être identifiés contrairement à Ismaël qui avait été arrêté après s’être réfugié dans un commerce.
"L’enquête n’a jamais permis de retrouver ceux qui l’ont violemment molesté", précise son avocat, Me Louis Ropars. Ismaël avait immédiatement reconnu les faits et indiqué qu'il portait sur lui en permanence un couteau à légumes à bout pointu. Personne n’a jamais très bien compris pourquoi et comment les choses avaient dégénéré entre les jeunes qui se trouvaient dans un hôtel désaffecté. L’alcool avait très certainement joué un grand rôle dans les insultes et la bousculade qui avaient tourné au pugilat. Ismaël avait près de 2 g/l d'alcool dans le sang lors de son arrestation.
20 ans, six mentions et l'échec du système
La victime d’Ismaël avait reçu plusieurs coups : à l’omoplate, au thorax, au bras, mais également dans le dos. Une victime qui n’a d'ailleurs jamais porté plainte et qui est défavorablement connue des forces de l’ordre avec trois procédures à son actif, selon le tribunal : pour une participation à un attroupement et pour des violences aggravées à Mayotte en 2020 et un recel suivi de rébellion en décembre 2022 à Saint-Denis. Quant à Ismaël son casier judiciaire est déjà chargé de six condamnations dont la plupart pour des violences à l’encontre des forces de l’ordre. Le jeune homme a déjà été mis sous protection judiciaire de ses 16 ans à 18 ans. Un travail incessant des éducateurs s'est avéré être un échec. "Rien n'a fonctionné", résume le président de l’audience correctionnelle.
Une situation familiale dégradée provoquant de profondes blessures serait à l’origine du caractère rebelle et violent de l'intéressé déscolarisé et livré à lui même après différents placements. Toutefois, à la barre, Ismaël indique "qu’il ne veut pas en parler". L'enquête de personnalité a révélé qu'il avait été délaissé par sa mère au profit de ses compagnons, une mère violente qui lui infligeait des coups de balai et des coups de chargeur de téléphone. Placé en foyer, ouvert puis fermé, placé en famille d’accueil, rien n’y a fait jusqu’à ses 18 ans. Le jeune homme n’a même pas pu intégrer le RSMA car le jour de la journée d’appel, il était en prison.
De multiples incidents violents en détention
Actuellement de multiples incidents disciplinaires rythment la vie du détenu qui purge une peine de trois ans pour d’autres faits. Des bagarres avec les codétenus, des insultes envers les surveillants et même l’inondation de sa cellule sont à déplorer. L’expert psychologue ajoute que le mis en cause compense des déficiences parentales et des carences affectives par une forte consommation de stupéfiants et de médicaments, "Artane et Rivotril" précise Ismaël qui, selon le spécialiste, ne présente aucune stabilité émotionnelle et une personnalité de type sociopathe ainsi qu'une dangerosité criminologique.
Assise au fond de la salle, sa mère n’a pas bougé d'un cil en prenant connaissance de tous ces éléments. Mais lorsque le procureur de la République indique que son fils encourt 14 ans de prison car il se trouve être en récidive de violences commises en 2019 et jugées par le Tribunal pour enfant, elle dégoupille et se met à crier. Sortie de la salle d'audience manu militari, la mère de famille de neuf enfants continuera à s'époumoner pendant de longues minutes dans la salle des pas perdus pendant que la honte se lit sur le visage d'Ismaël qui s'effondre sur le banc des prévenus.
Un dossier ouvert sur tentative de meurtre
On se souvient que ce dossier a d’abord fait l’objet de l'ouverture d’une information judiciaire pour tentative de meurtre, car, le jour des faits, le pronostic vital de la victime avait été engagé. Le représentant de la société ne croit pas à un geste de défense, certains coups de couteau ayant été portés dans le dos. "Il n’a rien compris puisque récemment, en bande, ils ont tabassé un détenu qui s’est vu prescrire 30 jours d’ITT. En janvier 2023, avant les faits qui lui sont reprochés aujourd’hui, il était recherché par les policiers de St-André pour d’autres graves violences", insiste le parquetier.
Les arguments de la défense n’ont pas eu beaucoup d’influence sur le tribunal qui a suivi les réquisitions du parquet. Ismaël est parti purger une peine de cinq ans ferme. Avec les deux ans qui lui restent à faire sur sa précédente condamnation, il devrait rester derrière les barreaux de la prison de Domenjod pendant sept ans.
*Prénom d'emprunt


