Carjacking : Un jeune braqué et volé par un couple d'auto-stoppeurs

Skerlyne I. et Émerick N. sont en couple depuis 6 mois. À tout juste 20 ans, les voilà présentés en comparution immédiate pour des faits de vol avec violence aggravé. Leur périple commence le 5 mai dans un hôtel de l'ouest où ils se font mettre littéralement mettre à la porte, car ils n'ont pas rendu la chambre à l'heure. Comme ils l'expliquent au président, "on était fatigués parce qu'on n'avait pas dormi de la nuit. En plus, on a été mal accueillis". Les voilà ensuite partis pour la gare routière de Saint-Paul en bus afin de rejoindre Le Port. Durant le trajet, ils repèrent un jeune qu'ils connaissent et qui, selon elle, "la suit et lui lance des regards pervers depuis des mois". Ni une ni deux, Skerlyne I. lui arrache son téléphone des mains à la descente du bus alors que Émerick N. lui propose de lui rendre contre 20 euros. La victime refuse et va déposer plainte.
Les deux tourtereaux décident ensuite de se rendre en stop à Savanah pour s'avancer. Ils tombent sur un bon samaritain de 18 ans qui les prend pour leur rendre service. Lorsque le conducteur s'arrête pour les faire descendre, ils refusent. Émerick N. retire brusquement les clés du contact et, comme l'indique le jeune homme aux gendarmes, sort un pistolet et le braque. Deux coups sont tirés dans sa direction. Fort heureusement, comme en attestent les blessures de la victime, il s'agit d'un pistolet gomme-cogne. Pour autant, la victime a eu la peur de sa vie en plus de se faire voler sa voiture. Les deux tourtereaux finissent par être repérés et interpellés dans l'après-midi au Port. Émerick N. doit répondre également d'un refus d'obtempérer.
Si la jeune femme est inconnue de la justice, lui fait état de 9 mentions
À la barre, si elle reconnait avoir volé le téléphone, ils réfutent la présence d'une arme malgré les marques sur la victime. Cependant, la correctionnalisation des faits met de facto la présence d'une arme hors de cause, comme le rappelle la défense. Autre rebondissement, Émerick N. prétend à la barre qu'il était sous Rivotril et qu'il ne se souvient de rien de la scène de la voiture. Une excuse apparue lors du déferrement devant le juge des libertés et de la détention. Si la jeune femme est inconnue de la justice, lui fait état de 9 mentions au casier malgré son jeune âge et toujours sous le coup d'un sursis probatoire. "Il se souviendra longtemps de cette malheureuse rencontre. Il a voulu leur rendre service et se retrouve à vivre un cauchemar", fustige la partie civile de la victime.
De son côté, le parquet estime que l'histoire du Rivotril est "une excuse magique qui évite d'avoir à s'expliquer sur ces faits graves', et d'ajouter, "ce sont des faits extrêmement graves de vol avec arme requalifiés en vol avec violences. Nous sommes sur le spectre haut des faits de vol", conclut la magistrate qui requiert 4 ans de prison, la révocation des 4 mois du sursis probatoire, 8 mois pour le refus d'obtempérer, le maintien en détention ainsi qu'une interdiction de contact avec sa complice. La procureure requiert, pour la jeune femme, une peine de 3 ans de prison dont 1 an assorti du sursis probatoire, une interdiction de contact avec son compagnon et le maintien en détention.
"La peine demandée parait particulièrement disproportionnée"
"Je suis déçue par cette audience dont l'historique réel des faits montre une totale imprécision", répond la défense de la jeune femme qui ajoute : "Au regard des faits et des jours d'ITT de la victime, la peine demandée parait particulièrement disproportionnée, d'autant qu'elle n'a pas de casier". La défense du jeune homme insiste sur le côté "très immature" de son client. "Il reconnait les faits de vol du téléphone et de vol de la voiture. Il a un vrai problème avec l'alcool et les stupéfiants. Pour autant, ce dossier aurait mérité plus d'investigations, car il n'y a eu aucune recherche d'Adn dans le véhicule et aucune arme n'a été retrouvée", plaide la robe noire qui demande une peine moins sévère.
Reconnus coupables pour l'ensemble des faits, les deux tourtereaux sont condamnés aux peines requises par le parquet et sont maintenus en détention. Si le tribunal prononce une interdiction de contact avec les victimes, il n'empêchera pas le couple de se voir après que chacun ait purgé sa peine.


