Le Parc national compte sur les habitants de la Grande Chaloupe pour reboiser

Le bruit des voitures traversant la route du Littoral à deux pas ne viendront pas troubler la quiétude du village de la Grande Chaloupe. Pourtant aujourd'hui, les habitants ont quelque chamboulé leurs habitudes. A leur portail, les agents du Parc national de la Réunion qu'ils connaissent par ailleurs très bien puisque le projet a débuté voilà quelques mois.
C'est un programme européen qui finance le projet (le projet Life+Corexerun pour Conservation et de restauration de la forêt semi-xerophile à la Réunion) est relayé sur le terrain par les agents du Parc. Un travail de fourmis a été réalisé avant d'en arriver à ces distributions de sachets de graines d'espèces en recul.
Une sélection réfléchie
Depuis 2009, le travail des agents du Parc a été de conforter le choix scientifique de ce reboisement, entre apports de graines d'arbres ex-situ (le plus souvent présents dans des arboretums) ou d'espèces in-situ, c'est-à-dire présents dans ces zones plus ou moins similaires à la forêt semi-sèche de la Grande Chaloupe. Des échantillons proviennent, pour avoir une idée, de Dos d'Âne ou de Mafate.
"Nous avons privilégié à hauteur de 90% des graines issues d'espèces in-situ", avoue Pascal Truong, coordonnateur de ce projet pour le compte du Parc des hauts. Le risque à prendre était en effet d'"introduire une espèce de la même famille mais qui ne se serait pas adaptée à ce milieu très précis de forêt sèche à semi-sèche".
La situation, elle, est plus que "critique" précise le spécialiste. "Les forêts sèches sont les plus menacées au monde. A la Réunion, avec moins d'1% de sa surface d'origine, cet habitat possède 76% des espèces protégées de l'île".
40 hectares à reboiser
Le chantier est donc titanesque. Mais il ne se fera pas sans le soutien et la connaissance des habitants du village coincé entre océan et massif vertigineux. "Une initiative qui a plu aux habitants qui n'ont pas hésité à participer au dessein". Des plants qui croissent sous les yeux de Patrick Labonté, un habitant de la Grande Chaloupe, qui, comme 20 autres familles sur les 30 du village, n'a pas manqué à l'appel du Parc. Ces derniers peuvent donc voir pousser dans leurs cours les fruits de leurs efforts. Les kits délivrés sont ainsi composés de terre, sachets, germoirs, transplantoirs et de graines évidemment. Pour les récompenser de cette collaboration, "une partie des plants leur seront tout naturellement réservés" ajoute Pascal Truong
A terme, des 100.000 plants de départ, sortiront les futurs Bois d'Arnette, Bois de Judas ou encore Bois de Joli cœur qui prendront place sur les 40 hectares (30 pour une restauration, 10 pour une reconstitution) prévus à cet effet dans le massif de la Montagne, à quelques mètres au-dessus du village. Une reconduction éventuelle du projet après 2013 est déjà envisagée si le projet réussit à germer dans les sols et...dans les consciences.



