La chienne frappée à Saint-Denis avait été cédée pour économiser de l'argent

Derrière certains cas de maltraitance animale se cachent parfois des histoires à dormir debout. Toutes les associations de protection animale en ont fait un jour l’expérience. C’est ce que vient confirmer cette affaire de chienne maltraitée par son maître et filmée la semaine dernière par des voisins qui n’ont de nouveau pas hésité à utiliser le formulaire de signalement anonyme mis à disposition par APEBA.
Vendredi dernier, faute de réponse de la procureur de la République et de la police nationale depuis deux mois, l’association prend la décision de publier une vidéo montrant un homme malheureusement connu pour les mêmes faits, en train de tabasser son chien dans un appartement à Saint-Denis.
Devant la caisse de résonance que crée la diffusion des images par les médias, la police nationale obtient enfin le feu vert pour intervenir. La chienne est sortie de cet enfer vendredi même. Cette médiatisation permet à l’ancien propriétaire de l’animal de reconnaître sa chienne qu’il avait baptisée U-Vé (pour « ultra-violet »).
Ce propriétaire, c’est Christophe, la soixantaine et habitant Saint-André. "Je ne regarde plus Facebook depuis cinq - six ans. C’est en écoutant Freedom vendredi vers 18 heures que j’entends parler d’une chienne frappée à Sainte-Clotilde. Ça a fait tilt dans ma tête", suppose-t-il en reconnaissant, grâce à la description donnée, qu’il peut s’agir d’U-Vé. Cette chienne, il la garde d’autant plus en mémoire que la personne à qui il l’a cédée ne lui a toujours pas donné l’argent promis.
U-Vé est née le 18 mai 2023. Son papa et sa maman sont "reproducteurs", nous explique celui qui ne se considère pourtant pas comme un éleveur professionnel. Et pour cause, la façon dont il a cédé cette bergère allemande coche toutes les cases d’une vente illégale puisqu’un chien ou un chat ne peut pas être cédé, gratuitement ou moyennant paiement, sans être identifié.
C’est après un long échange que Christophe finit par nous avouer comment il en est arrivé à connaître le futur propriétaire de sa chienne U-Vé. "J’ai commencé à faire la manche dans la rue Maréchal Leclerc il y a trois ans. Un jour, devant le supermarché du Chaudron, les vigiles ont voulu me faire déguerpir d’un emplacement alors que je leur disais que je n’étais pas sur leur parking mais bien sur la voie publique. J’étais avec mon chien et un monsieur, qui a suivi la scène, est venu me parler ce jour-là, c’était il y a deux ans. On a fait connaissance comme ça", s’en souvient-il. Depuis, les deux hommes se croisent à l’occasion : "Il passe tous les trois jours rue Maréchal Leclerc pour me parler de chiens."
C’est donc à ce monsieur, dont il ignore qu’il fait déjà l’objet d’une procédure pour maltraitance sur un autre chien, baptisé Duck par APEBA, qu’il cède U-Vé en octobre dernier. U-Vé n’est à ce moment-là pas identifiée. Christophe invoque l’état de santé très délicat de la chienne lors de son examen chez son vétérinaire au cours de ses premiers mois pour remettre à plus tard l’identification. "Je voulais la faire pucer mais c’était pas sûr qu’elle survive", ajoute-t-il.
C’est donc dans ce mic-mac que s’amorce la transaction de la chienne au mois d’octobre 2023. "Un jour, ce monsieur me dit : je m’ennuie, j’ai besoin d’un chien", raconte Christophe. "J'ai eu pitié. Il m'a eu par les sentiments".
Une vente sans argent
Vendeur et acheteur programment alors un rendez-vous pour l’identification mais, arrivé devant le cabinet vétérinaire au Chaudron, l’acheteur lui explique qu’il n’a pas sa carte d’identité ni justificatif d’adresse sur lui. "Je vais faire l’identification demain", lui promet alors l’acheteur. "En plus, étant éducateur canin, je paye beaucoup moins cher la puce et le vaccin, m'a-t-il dit", raconte Christophe qui prend donc la décision ce jour-là de céder sa chienne sans attendre ses 600 euros ni l’identification formelle devant ses yeux.
L’argent, il n’en a jamais vu la couleur. Quant à l’identification, elle n’a pas été faite non plus par le nouveau propriétaire. "Il m’avait dit : « je te paierai quand je recevrai mon RSA »", relate Christophe qui fait "confiance". "Je ne savais pas que cette personne était un fou furieux et maltraitait les chiens", explique-t-il aujourd’hui, reconnaissant avoir été baladé.
Moins vigilant que d’ordinaire, Christophe affirme aussi que cette transaction est survenue à un moment délicat financièrement pour lui. Il dit avoir fait valoir son droit à la retraite en janvier 2023 et demeure toujours dans l’attente de la liquidation de la procédure, d’où la tentation de céder U-Vé contre la promesse d’une belle somme. "Comme je ne touche pas encore ma retraite, j’ai préféré m’en séparer pour avoir moins de frais alimentaires avec mes chiens", reconnaît-il. A l'entendre, U-Vé était le seul chiot de cette portée. "En attendant, je n’ai ni le RSA, ni le chômage."
Depuis vendredi, il a donc tout entrepris - appeler la radio, se rendre à l’immeuble de la rue d’Anjou à Sainte-Clotilde où était maltraitée U-Vé, au commissariat Malartic et enfin chez le vétérinaire - pour faire valoir qu’il est le propriétaire historique, certes sans titre, de la chienne baptisée entretemps Kayla par l’association APEBA.
Au vu de la procédure judiciaire engagée, la chienne n’a évidemment pas pu lui être restituée. "J’ai même proposé au vétérinaire et à l’association de faire un test ADN à mes frais pour prouver que ses parents sont bien chez moi", propose-t-il en guise d’ultime preuve pour récupérer U-Vé.

Kayla est placée dans une famille d'accueil qui s'est fait connaître auprès d'APEBA


