Un commissaire au développement endogène de la Réunion vient d'être embauché…
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Depuis si longtemps, la Réunion a soumis son devenir à tous les modèles exogènes possibles, et on en observe les fruits acides tous les jours : population dépendante et assistée, inégalités économiques et sociales gigantesques, absence total de contrôle citoyen sur le fonctionnement politique et sur ses dérapages, déficit de conscience civique conduisant à l'évacuation des solidarités et aux replis de chacun sur ses intérêts strictement privés... L'individualisme et l'égocentrisme, c'est toujours la réponse de ceux qui n'ont aucun rôle ni aucun pouvoir dans l'élaboration des décisions qui les touchent et concernent leur vie !
La Réunion souffre des conceptions technocratiques qui régissent notre existence collective et des décisions planifiées, produites par les spécialistes et les experts d'en haut, à l'origine de tous nos malaises diffus, perceptibles tant sur le plan social et politique qu'économique. Ceux-là nous amènent à croire que la société, nous n'en faisons partie qu'accessoirement, qu'il n'appartient pas à l'ensemble des citoyens d'en décider, parce qu'elle est la propriété des "autres", de ceux qui savent et peuvent toujours à notre place, les experts, les gros zozos, les puissants d'ici ou ceux qui viennent de "lot koté la mer"… Beaucoup d'entre nous en sont par conséquent parvenus logiquement à se désintéresser des orientations qui décident de nos existences pour des générations, puisque, de toute façon "on n'y peut rien". "Moin lé pa la eksa…"
Pour trop de nos concitoyens Réunionnais, conditionnés par le bourrage de crâne qui embourbe nos vies, le développement, c'est juste l'espoir de l'intensification du bétonnage de l'île. "Quel est le plus important pour le développement d'un pays ?" … demandait déjà Edgar Pisani, ministre de de Gaulle et de Mitterrand… "l'homme ou le béton ?... C'est parce que trop de gens répondent encore : le béton… que le chemin sera long." On n'en a jamais fini avec ça, décidément ! Conséquence : on chercherait en vain ici les énergies humaines proprement endogènes, fruit d'une éducation civique, d'une conscience personnelle et collective, de l'éveil de la passion créatrice, de la responsabilisation démocratique de toute une population, celle que l'on maintient, comme si ça ne pouvait être autrement, dans l'ombre, la dépendance et l'assistance, et que l'on gave malgré elle de consommation et de médiocrité. Et de rêve de béton, même si ce n'est qu'une image…
Bien loin d'être dépourvus d'intelligence et de force d'initiative, nous, réunionnais, sommes contenus dans le fénoir par le type même de développement qu'on nous a imposé et qui nous plombe. Nous disposons pourtant nous-mêmes des capacités de notre propre développement. Nous saurions le générer par nous-mêmes, si les conditions nous étaient données de l'épanouir, au-delà des étranglements technocratiques et institutionnels produits par des politiques dont on voit toujours qu'elles sont mises au service de l'intérêt des sommets des hiérarchies manipulatrices que nous avons la faiblesse de tolérer.
Développement endogène ? On peut craindre que l'embauche de M. Coûteaux, auquel on tentera de concéder qu'il n'a sans doute guère conscience de ces enjeux, reflète la façon dont nous sommes abusés du point de vue politique, trompés en ce qui concerne la conception même de notre développement, infériorisés sur le plan de l'ingénierie et de l'opérationnalité de toute mise en œuvre. Au mieux, son intervention favorisera les profits des mêmes gros zozos qui n'avaient pas besoin de lui de toute façon… Au pire, elle ne servira strictement à rien et s'achèvera tristement, comme toujours, en eau de boudin…
LYO & LOA


