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De la "désocialisation" des jeunes (Les jeunes et la société II)

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 24 novembre 2010 à 14H39

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Il est de bon ton aujourd'hui, pour les plus anciens de critiquer les jeunes, et de leur jeter l'anathéme en disant, notamment, "la jeunesse n'est plus ce qu'elle était". Et pour le prouver, ils utilisent tous les poncifs possibles et imaginables. Malheureusement, leurs analyses ne restent qu'à la surface des choses.

Certes, il ne faut pas tout cautionner; il ne faut pas trouver des excuses à toutes les exactions et à tous les méfaits commis par les jeunes. Mais, il faut aussi s'interroger sur ce qui se passe vraiment. pour cela, il reste une question centrale, dont il sera traité plus tard, c'est qu'est ce que la société fait de nos jeunes? en effet, bien souvent, on oublie que c'est à nous de les intégrer. Il revient aux jeunes de chercher leurs places,mais, il nous revient de les mettre dans les meilleures conditions pour qu'ils y arrivent. On est donc bien loin de le faire, puisque, d'une manière globale, notre société est dans la stigmatisation.

Or, cela nous fait oublier que, bien souvent, nous avons vécu la même chose. Pas de la même manière, ni dans la même mesure, certes, mais la même chose.
En effet, la plus grande difficulté pour nos jeunes, concerne cette incompréhension que les plus anciens témoignent à leurs encontres. Si on réfléchit bien, il y avait la même incompréhension des plus anciens à notre égard.

Le conflit générationnel, même si il n'est pas exacerbé, détient une partie de l'explication. Entre les différentes générations, on arrive pas vraiment à s'entendre. Le progrès technique et les avancées de la société en sont des raisons. Les plus anciens n'acceptent pas d'être complétement largués, pendant que les plus jeunes ne comprennent pas comment font les plus anciens. Quand on raconte aux moins de vingt ans la vie sans GSM, ils écartent grand les yeux, et nous traitent de dinosaure! Une des manifestations du conflit générationnel se trouve donc dans la réserve des moins jeunes envers les avancées, et le fait que les jeunes se sentent plus intelligents que les autres. Il s'agit alors d'une lutte larvée, presque hégémonique.

Une autre manifestation concerne les changements de valeurs de nos jeunes. auparavant, on travaillait, on cherchait une maison, on se mariait et on faisait des enfants. Aujourd'hui, on fait encore les mêmes choses, mais on ne les fait plus dans le même ordre. Cela semble prouver que les grandes aspirations restent les mêmes, mais, que la façon de faire diffère sensiblement.

D'autre part, le conflit générationnel se remarque aussi dans les aspirations des jeunes d'aujourd'hui. La société ayant évolué, les besoins n'étant plus les mêmes, les jeunes attendent d'autres choses de la vie. Et cela entre quelque fois en contradiction avec la façon de voir la vie de nos anciens, et de ceux qui sont un peu plus âgés. A une époque, on pourrait aspirer à travailler toute sa vie dans la même société, et faire toute sa vie professionnelle auprès des mêmes collègues. Aujourd'hui, le cheminement est un peu différent. Et cette flexibilité peut choquer les anciennes générations. Le marché du travail ayant évolué, les jeunes doivent se préparer à cela. Or cela entre en contradiction avec ce que les plus anciens prônent, à savoir un boulot stable et sur avant tout!

Tout cela amène les jeunes à se sentir incompris. Ils se sentent livrés à eux même. Deux solutions s'offrent à eux alors: devenir un marginal en s'isolant complétement; ou alors exister à l'interieur d'un groupe, où on partagerait les mêmes valeurs, et la même façon de voir les choses.

Dans cette optique, le groupe devient la référence ultime et exclut d'emblée la façon de voir des anciens; aggravant du même coup, le fossé générationnel entre les individus.Pour exister, le jeune doit s'approprier les codes du groupe et les mettre en pratique. Cela ressemble, si on force un peu le trait à ce qui se passe dans les gangs américains. Dans le domaine des vêtements, cela se retrouve. il y a quelques jours, quelqu'un disait que la façon de s'habiller des jeunes filles d'aujourd'hui est particulièrement choquante. Soit. Sauf que cela ne prend pas en compte le vrai problème. En effet, pour trouver une place dans le groupe, la jeune fille doit faire comme les autres. Sinon, elle n'existe pas; et est, bien souvent mis à l'écart. C'est à dire que les jeunes, pour rejeter cette société qui ne leur convient pas, se sont inventés des groupes où, il y a, soi disant, une autre façon de vivre. Ce système se nourrit de lui même, les jeunes se sentent alors fort. Le groupe leur permet de se sentir moins seuls et de prendre confiance. C'est, d'ailleurs, dans ce phénomène de masse qu'il faut trouver les raisons aux exactions des uns et des autres.

Le groupe apparait comme un catalyseur, qui permet de faire ressortir, selon eux ce qu'il y a de meilleur. Et il est vrai que cela résout une partie du problème majeur de notre jeunesse, selon moi. Les jeunes d'aujourd'hui manquent singulièrement de personnalité. Ils existent dans le rapport aux autres simplement en copiant des comportements dictés par leur groupe d'appartenance. Or, de cette façon, ils ne se socialisent pas, car les codes de la société ne sont pas forcément, et bien trop souvent, les codes du groupe.

Cela est exacerbé par un autre phénomène qui participe du fonctionnement du groupe. Il y a une véritable compétition entre les composantes pour être le plus fort, le plus représentatifs. Si on repense aux vêtements ultra sexy de nos jeunes filles, cela consiste à être celle qui portera les vêtements les plus branchés, les plus sexys aussi. Et tout cela crée une dynamique particulière. Toute action entrainant une réaction, les autres jeunes filles vont essayer d'aller encore plus loin. c'est une cercle vicieux dont on ne voit pas la fin.
 
Mais, plus grave devient alors le regard que portent ceux qui ne font pas partie du groupe sur ces jeunes. En effet, en dehors, on les juge complétement en décalage avec la réalité, avec la société.
C'est bien là une des causes de "désocialisation" de nos jeunes.
Enfin, une autre grande cause de "désocialisation" de nos jeunes se rattache à la personne elle-même. Le conflit générationnel décrit plus avant tente d'analyser le fossé entre les jeunes et les générations d'avant. Mais, il y a un élément qui mérite qu'on s'y attarde un moment, c'est le rejet de l'exemple. Grosso modo, deux cas existent. le premier, les parents et les proches travaillent, et bonne un exemple positif aux jeunes. Ce dernier a alors deux façons de voir les choses. Où il se donne les moyens de leur ressembler, où alors, il baisse les bras en se disant qu'il ne pourra jamais être comme ses modèles. C'est à dire que l'exemple peut aussi devenir quelque chose de très négatif. Elle peut créer une pression, inutile, pour le jeune qui pense qu'il ne peut y arriver.

C'est exactement la même chose que la pression mis par les parents sur leurs enfants en leur demandant d'en faire toujours plus, sans tenir compte de leurs propres aspirations. Ce phénomène crée aussi un fossé entre les plus jeunes et les autres car les jeunes ont alors l'impression de vivre une vie par procuration, une vie qui ne leur appartient pas. N'étant pas bien, les jeunes se renferment alors,et ont des comportements souvent agressifs, ou en décalage avec ce qu'on attend d'eux. C'est une autre forme de "désocialisation" de nos jeunes.

Le deuxième cas concerne ceux qui subissent la crise sociale de plein fouet. Comment dire à nos jeunes qu'il faut travailler pour s'en sortir? comment leur demander d'avoir des comportements que les autres générations traitent de "normales" quand ils n'ont devant eux que la misère? Aujourd'hui, à la Réunion, il y a, plus ou moins, cent milles chômeurs. Se lever le matin, et se rendre compte que ses parents ne vont pas travailler est quelque chose d'extrêmement difficile. Les jeunes peuvent alors se rebeller contre cela. Si ils ont un fort caractère, ils feront tout pour s'en sortir. Mais ils peuvent aussi se laisser aller et tomber dans la facilité de tout envoyer balader, créant encore plus d'exclu; c'est à dire, favorisant toujours un peu plus cette "désocialistation".

Les solutions existent. Mais, elles sont avant tout individuelles. Dans le cadre de la famille, si les jeunes et les autres générations font l'effort de se découvrir mutuellement, le fossé, aussi large soit-il, peut être comblé.
Au niveau sociétal, il nous faut absolument trouver comment redonner confiance en soi à nos jeunes, pour qu'ils puissent s'affirmer et se distinguer. Il est de notre devoir de les aider à devenir des individus à part entière.
 
La réponse au phénomène de groupe est une autre gageure. Elle doit venir de l'École, qui malheureusement, ne remplit plus tout à fait son rôle. Et puis, bien sur, il faudrait pouvoir donner un autre exemple à nos jeunes. De toute manière, une société où il devient plus rentable de vivre de la solidarité nationale plutôt que de son travail et une société mal en point. Malheureusement, encore faut il pouvoir donner du travail à tout le monde, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

A ce prix, peut être pourrons nous mieux comprendre nos jeunes, sinon les sauver. Nous n'avons pas le droit de les laisser tomber. Et pour cela, pour les ainés, il s'agit aussi de changer de mentalité. Pourquoi, quand on voit un groupe de jeunes, a-t-on le réflexe de les traiter de délinquants? Pourquoi stigmatiser leurs comportements où leur façon de vivre? Pourquoi ne pas, au contraire, faire en sorte que la société les intègre, ou tente de le faire; en commençant déjà par les comprendre.

BERTIL Bertrand Reshad

 

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