Keksekça?
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Ce n'est pas du kréol KK. Ce mot est d'un écrivain qui a une certaine notoriété, Victor Hugo, dans un livre mondialement célèbre, Les Misérables. Victor Hugo, en écrivant "qu'est-ce que ça" ainsi, veut simplement coller au plus près du langage de son personnage, un titi parisien passé lui aussi à la postérité. Et en faisant cela, de même qu'en utilisant des mots comme "gamin", à l'époque jugé vulgaire, en se débarrassant du carcan académique, Victor Hugo donne à son œuvre toute l'intensité qui en fera son succès planétaire et signe là une œuvre révolutionnaire.
Révolutionnaire aussi le geste de Joachim Du Bellay et de sa bande, en 1549, de proclamer, dans la Deffence et illustration de la Langue Françoyse, que le français vaut bien le grec et le latin, "qu'on peut parler de toute chose, par tout le monde, et en toute langue", qu'il suffit simplement d'inventer les mots qui n'existent pas et Rabelais l'a devancé dans Pantagruel et Gargantua où il nous livre un feu d'artifice verbal auquel viendront s'abreuver plus tard Queneau, Vian, San Antonio...
Mais les mandarins de la Sorbonne n'ont pas dit leur dernier mot. On chasse le latin et le grec par la porte, il rentre par la fenêtre : L'étymologisme fait rage et le "Crist" du moyen-âge devient le "Christ" pour rappeler que ça vient du grec! Sous le regard bienveillant de l'Académie Française, créée par le Cardinal de Richelieu qui veut mettre au pas la graphie comme les protestants, les "ch", "th", "ph" fleurissent. Ce qui fait qu'aujourd'hui notre orthographe est une des plus compliquées du monde, avec l'anglais, créole du normand, qui nous emboîte le pas dans cette galère. Alors que les allemands ont le "telefon", les italiens le "telefono", les portugais le "telefone", nous et les anglais nous faisons les marioles avec notre "téléphone". On pousse le zèle jusqu'à helléniser des mots qui ne sont pas grecs, comme "nénuphar" mot indien. On ajoute des lettres sans raison comme le "p" de "dompter" qui vient de "domitare". Bref cela donne un ensemble d'une grande incohérence impossible à enseigner rationnellement. Vous vous voyez expliquant aux mômes que "magasin" et "magazine" proviennent du même mot arabe "al magzin", mais que l'un est plus jeune que l'autre et qu'il ne nous est pas parvenu par le même chemin!
Qu'à cela ne tienne, le jacobinisme, succédant au totalitarisme, va inventer ce qu'il faut pour cela : l'institutueur et l'institutriste! Avec le "Code Soleil" comme bréviaire, de Miquelon à Manapany, ceux-là qui ont déjà pour mission d'éradiquer les langues régionales en punissant les élèves qui les utilisent, vont aussi discriminer les enfants en leur faisant pratiquer un exercice pédagogiquement proche de l'absurde : la dictée, qui consiste à privilégier un don, celui de retenir des graphies illogiques, avec une notation à l'envers où on retire des points au lieu d'en donner!
Et les anciens instits, nostalgiques sans doute du temps où, comme Zazie, ils faisaient "suer" les mômes, voudraient qu'on applique le même système graphique invraisemblable au créole! Allez-y, Maîtres et Maîtresses, utilisez une graphie étymologique, si ça vous plaît, mais souffrez que d'autres empruntent un "somin plis galizé".
Jean-Pierre Espéret
ci-devant prof de céfran


