Il menace son ex depuis la prison, il écope d'une nouvelle peine

Tout ce que vous dites, pourra être retenu contre vous. C'est en substance ce que Noé B., 58 ans, a appris ce mercredi dans le cadre de la comparution immédiate. Il devait répondre de menaces de mort réitérées à l'encontre de son ex-compagne.
Pour bien comprendre, il vient de purger une peine de 3 ans pour violence avec arme et devait être libéré ce 22 août. La victime, son ex-compagne, a eu le crâne fracturé à coup de clé à molette. Elle a dû subir une intervention chirurgicale avec 15 jours d'ITT, il y a 3 ans de ça.
Au cours de cette incarcération, qui n'est pas la première, il n'a cessé de ruminer et de raconter à qui veut l'entendre : "Je vais la tuer, finir le travail après ma sortie de prison". Ces propos, il les tient aux autres détenus mais également à son conseiller d'insertion et de probation qui le suit en détention et l'aide à monter une demande de libération anticipée sous bracelet. Faute de logement, elle sera refusée. Ce logement qui lui manque, c'est celui où vit son ex-compagne. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne le digère pas : "Si j'ai pas de logement à la sortie, je la tuerai" répète-t-il.
Il n'a jamais eu d'incident en prison
Connaissant bien les rouage de la détention, il n'a jamais eu d'incident en prison. Pour autant, un surveillant atteste qu'il est tenace quand il n'obtient pas ce qu'il veut. Ce sera finalement une sortie sèche en fin de peine prévue pour le 22 août. Toujours enfermé dans cette rancoeur, il réitère ses menaces de vengeance à son conseiller qui finit par faire un signalement au parquet le 8 août. Une enquête est ouverte le 18 août suivant. Libérable, il est placé directement en garde à vue et déféré ce mercredi pour être jugé. En parallèle, le juge aux affaires familiales à délivré une ordonnance restrictive afin de protéger la victime.
"J'avais la rage mais je ne le pensais pas"
À la barre, il reconnait les faits mais minimise : "J'avais la rage mais je ne le pensais pas. C'est sous l'effet de la colère car je me sens seul dans la vie, c'étaient des paroles en l'air. J'ai changé aujourd'hui" affirme le prévenu. Là où le bât blesse, c'est son casier. Force et de constater que lorsqu'il menace, il met à exécution. Sa première condamnation, en 1990, est de 10 ans de réclusion pour des violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, puis 2 ans en 1992, puis 5 ans en 1996 et encore 3 ans en 2021 pour les violences sur son ex-compagne. En tout, 7 mentions presque toutes pour des violences.
Le psychiatre note une impulsivité à tendance psychopathique
Lors de son évolution, le psychiatre note une impulsivité à tendance psychopathique. Pas de quoi rassurer le tribunal, en encore moins la partie civile qui indique que la victime pensait en avoir fini et ne savait rien de ces menaces : "Je suis inquiète par son attitude car il est toujours calme quand il menace. C'est le pire, la dangerosité est caractérisée. Elle n'en peut plus, surtout qu'il dit qu'il a toujours la clé à molette. Il le dit lui-même, ce n'est pas fini" plaide la robe noire qui demande des interdictions de contact et de paraître au domicile, ainsi qu'un bracelet anti-rapprochement.
"Cette procédure, c'est la chronique d'une mort annoncée"
"Cette procédure, c'est la chronique d'une mort annoncée" tance le procureur, le ton lourd et inquiet. "Tous les éléments convergent vers un drame. Les menaces sont extrêmement froides et répétées, ce ne sont pas des paroles qui dépassent sa pensée. La victime doit être terrorisée, je pense que cet homme est dangereux. Un fond de violence imprègne son parcours de vie, je vois cela comme une annonce" conclut le parquet qui requiert 4 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire renforcé, des interdictions de contact, de domicile et un mandat de dépôt.
"Une relaxe s'impose"
"Il y a un énervement avancé en raison du refus de son aménagement de peine" répond la défense. "Avec tout ce travail fait pour rien, il pense que la justice ne s'intéresse à lui que lorsqu'il vrille. Les menaces de mort ne sont pas adressées directement à la victime. À ce titre, il y a une jurisprudence qui est claire, il n'y a aucune intention que cela parvienne à la victime. Le signalement a été fait directement du SPIP au parquet. Une relaxe s'impose. Il est frustré à cause de ce projet de sortie sèche sans accompagnement" plaide la robe noire.
Après délibération, le tribunal reconnait le prévenu coupable et fait droit aux réquisitions du parquet. En résumé, le prévenu enchaîne une peine de 4 ans sans être sorti de détention.


