Revenir à la rubrique : Faits divers

Violences conjugales : "Je me suis sentie comme un objet"

Le tribunal judiciaire avait à juger ce lundi une affaire de violences conjugales. Des faits qui concernent une très jeune femme de 18 ans qui a vécu un calvaire à deux reprises, les 2 et 28 juillet derniers.
Ecrit par Régis Labrousse – le mercredi 2 août 2023 à 06H30
Image d'illustration : Tribunal judiciaire de Saint-Denis

Le 28 juillet dernier, la gendarmerie intervient pour des violences conjugales. Une mère leur demande de venir car le compagnon de sa fille vient de battre cette dernière et attend dans sa voiture devant chez elle. Il se dépêchent sur place et interpellent le jeune homme.

Suite aux auditions, la jeune victime fera état de deux scènes de violences les 2 et 28 juillet derniers. La raison de ce déferlement de violences apparait être la jalousie du compagnon sur fond de dégradation de la relation. Ils sont ensemble depuis 3 ans.

"Soit tu achètes, soit tu te barres"

C’est le 27 juillet au soir que l’histoire commence. Il appelle sa compagne à 32 reprises car, selon lui, il était inquiet. Le lendemain, ce ne sont pas moins de 24 appels dès le matin alors que la jeune fille prend son travail dès 8 heures du matin et finit souvent après 18 heures, elle est vendeuse. Il décide de se rendre sur place. Dès qu’il arrive, alors qu’elle sert un client, il estime que ce dernier la drague et intervient, le faisant partir : « soit tu achètes, soit tu te barres ». Il attend qu’elle débauche puis la récupère en voiture.

S’en suit une scène d’un autre monde. Il veut absolument des explications sur son comportement qu’il estime déplacé à son égard. La jeune fille, fatiguée par sa journée de travail, ne lui répond pas. À chaque absence de réponse, il lui assène une claque avec le dos de la main. Il décide de s’arrêter dans un coin isolé et là, elle va vivre un véritable enfer. Gifles, coups de poing, tirage de cheveux finissent par la faire tomber. Elle se relève et il finit par l'étrangler.

"Elle a le courage de tout raconter à ses parents"

Il finit par s’arrêter et, remontant en voiture, lui demande de ne pas aller travailler pendant une semaine, "pour ne pas qu’on voie ses blessures". Alors qu’il la dépose chez sa mère pour qu’elle prenne ses affaires, elle a le courage de tout raconter à ses parents qui appellent la gendarmerie. Elle leur avoue une deuxième scène de violences le 2 juillet dernier. Il est interpellé et placé en garde à vue.

À la barre se présente un jeune homme quelque peu insolent dans sa manière de répondre au tribunal. Droit dans ses bottes, il ne démonte pas face au président, n’hésitant pas à l’interrompre ou lui faire des remarques telles que "attendez, j’ai pas fini de parler". Il enchaîne direct : "Je ne veux pas aggraver ma situation donc je suis coupable de tout" alors qu’il avait nié les faits du 2 juillet. Il ajoute : "Je ne sais pas gérer mes émotions, ça peut partir très vite".

"Si tu restes là, tu seras une femme battue tous les jours"

En audition, malgré son jeune âge, la jeune fille est lucide sur son compagnon : "Il pense que je suis sa femme, il ne supporte pas que je le quitte car je veux aller en métropole". Sa réponse avait été claire : "Je vais te faire mal car je souffre. Cette fois je vais te défigurer, pas comme la dernière fois. Si tu restes là, tu seras une femme battue tous les jours".

Se faisant invectiver à la barre par le frère de la victime, il s’emporte immédiatement, créant un incident d’audience avec intervention des forces de l’ordre. "Vous démarrez vite" lance le président, "oui, j’arrive pas à gérer mes émotions » répond le prévenu qui déclarera d'ailleurs  : « Je sais que je suis violent. Je suis comme ça, je ne peux pas changer".

Concernant les faits, il les reconnaît certes, mais laisse planer un certain doute : "Ça ne s’est pas passé comme ça mais il y a des gens qui veulent profiter de la situation". "Dites-nous quelle est votre version ?" demande le président qui reçoit "il n’y a pas de version" en guise de réponse. Pour autant, les faits sont là et avec eux, le certificat médical de la victime qui fait état de 15 coups. "Une liste interminable d’au moins 15 lésions" indique le président. "Je me suis sentie comme un objet, je n’arrivais pas à m’expliquer" dira la victime en audition.

Non sans mal et malmenée par le prévenu qui l’invective à plusieurs reprises - "Ne me parlez pas, je parle pas avec vous", la partie civile n’épargne pas - celui qui fait montre de quatre mentions à son casier.

"Aujourd’hui, bravo à elle d’avoir le courage de venir devant vous"

"Être une fois maltraitée, c’est compliqué, mais trouver un équilibre entre l’amour et la haine quand on a 18 ans et une relation depuis l’âge de 15 ans, c’est encore moins évident. Aujourd’hui, bravo à elle d’avoir le courage de venir devant vous. Il lui montre son amour en lui donnant des coups. Elle essaye de sortir de ses griffes, lui veut en faire une femme prison : maison-travail-maison. Elle a reçu une avalanche de coups, il faut en finir avec cette violence. Elle n’a que 18 ans et elle est maltraitée depuis longtemps" plaide la robe noire.

"Que peut-il dire face aux photos du visage de cette jeune fille ?" assène en préambule la procureure qui lui demande de ne pas l’interrompre. "S’il assume de dire qu’à chaque fois, ce sera comme ça, ce n’est pas entendable pour ce tribunal car cela veut dire qu’il faut accepter qu’il puisse y avoir d’autres victimes. 15 hématomes, ça résume bien la gravité de la scène. Je vous demande une peine de 3 ans de prison dont 18 mois de sursis probatoire ainsi que la révocation du sursis d’1 an en cours et le maintien en détention" requiert le parquet.

"Il a conscience que son comportement est inadapté"

"Je salue le ministère public qui a fait preuve de compréhension" répond la défense. "Il n’est pas une cause perdue comme lui-même le pense. Personne ne l’a aidé depuis qu’il a 13 ans, et c’est cet enfant qui s’exprime devant vous aujourd’hui. C’est important de prendre ne compte son histoire même si c’est bien lui l’auteur et elle la victime. En assumant, il a conscience que son comportement est inadapté. Il sait qu’il n’aurait pas dû la violenter. Aujourd’hui, vous devez l’aider" plaide la robe noire.

Le prévenu, qui a baigné dans la violence par sa mère dès sa plus jeune enfance avant d’être placé à l’âge de 13 ans en foyer, est condamné à la peine 2 ans et demi de prison, le tribunal ayant suivi les réquisitions du parquet. Il a également des obligations de soins, de travail et une interdiction formelle de contact pendant 3 ans.

Etiquettes : La Réunion

Dans la même rubrique

0💬
Tri :