Son reclassement refusé, ce professeur inapte doit quand même retrouver son poste

Le 31 mars dernier, il est venu demander la suspension des arrêtés ministériels et du rectorat qui mettent fin à sa période de reclassement. Détaché en tant que gestionnaire matériel dans un collège du Nord de l’île, l’homme prend son poste au cours de l’année scolaire 2021/2022. “Il arrive dans un champ de ruines, avec son prédécesseur qui était en conflit avec la principale. Elle souhaitait un agent expérimenté et n’a pas apprécié que mon client rejoigne l’établissement. À partir de là, les relations vont se tendre, et des incidents vont être montés en épingle. L’événement principal qu’on lui reproche est d’avoir fait le bilan annuel avec l’une de ses subordonnées alors que la cheffe d’établissement voulait le faire elle-même, jugeant qu’il n’était pas encore assez expérimenté”, s’agace Me Benoît Arvis, l’avocat du requérant.
Voyant que la situation est dans une impasse, il accepte de changer de collège et commence donc dans un nouvel établissement à la rentrée. Ce nouveau poste, toujours en tant que gestionnaire, se passe bien et sa nouvelle principale se dit satisfaite du travail accompli. “Mais les relations vont se tendre avec les agents du Département qu’il a sous sa responsabilité. Fin novembre 2022, une pétition est apportée par les représentants syndicaux demandant son départ. Il est accusé de harcèlement envers une agente suite à sa demande de nettoyer une salle qui n’était pas au planning le matin pour pallier une absence, mais l’agente a refusé”, poursuit la robe noire.
Pourtant, c’est bien une autre raison que la principale avance à Jérôme, à l’oral évidemment. “On lui dit qu’il fait face à une ‘hostilité culturelle’. Car oui, il est homosexuel porteur du VIH. Ainsi dans un courrier, la cheffe d’établissement parle pudiquement d’un ‘bloc’ qui s’est formé contre lui. C’est une inversion totale des responsabilités. Entre ces deux cas, le reste du dossier n’est que des arabesques. Rien de précis n’est jamais détaillé. Et l’on vient nous dire qu’une main courante aurait été déposée en décembre dernier concernant l’incident du nettoyage des classes ? Il y a un clair défaut de contradictoire, mais aussi de loyauté de l’administration à soutenir ses agents. Nous sommes obligés de faire un référé pour obtenir des documents aussi importants”, poursuit Me Benoît Arvis. Devant les faits avancés par le requérant, la représentante du rectorat a préféré se rapporter à ses écritures.
Dans son jugement rendu le 7 avril dernier, le juge des référés déboute Jérôme de sa demande. "Il résulte de l'instruction, d'une part, que l'administration n'a pas l'intention de mettre à profit cette affectation provisoire pour lui confier des tâches d'enseignement dans une classe face aux élèves et, d'autre part, que la situation administrative actuelle de [Jérôme] qui lui assure des revenus réguliers, se prolongera au moins jusqu'au 31 août 2023, une redéfinition des fonctions qui lui sont dévolues devant intervenir pour la période postérieure, la question se posant alors d'un nouveau reclassement susceptible de lui convenir, tandis qu'une évolution vers la retraite pour invalidité est une simple hypothèse. Dès lors, il ne saurait être constaté en l'espèce une atteinte grave et immédiate qui serait portée à la situation de l'intéressé par l'une ou l'autre des décisions litigieuses", précise le magistrat.
*Le prénom a été modifié


