[Pierrot Dupuy] Quand liberté de la presse rime avec bassesse

Le 7 janvier 2015, toute la France était Charlie. Le journal satirique venait de subir un attentat qui avait fait 12 morts et onze blessés, orchestré par un groupe de militants islamistes en protestation à la publication par l’hebdomadaire de caricatures de Mahomet.
Quatre ans et demi plus tard, une nouvelle Une fait polémique. Certes, cette fois, il n’y aura probablement pas d’attentat. Ni de mort. Tout au moins, on l’espère. Mais le journal, fidèle à ses habitudes provocatrices, a publié un dessin signé « Biche » montrant en gros plan les cuisses écartées d’une femme, avec un ballon de football en guise de clitoris. Avec comme titre : « Coupe du monde féminine : on va en bouffer pendant un mois ».
Pas question pour moi de changer d’avis et de revenir sur ce que j’avais dit ou écrit à l’époque : la liberté de la presse est sacrée et un journal doit pouvoir se moquer de tout. De Mahomet comme du sexe d’une femme.
Mais ça ne nous empêche pas de dire que nous n’aimons pas. Mais alors pas du tout.
Au même titre que j’avais dit à l’époque que ce n’était pas parce qu’il en avait le droit que Charlie Hebdo avait pour autant eu raison de publier ses fameuses caricatures de Mahomet, au risque de provoquer un embrasement qui s’est d’ailleurs produit, je pense aujourd’hui que cette Une montrant une femme offerte, les cuisses écartées, est vulgaire, moche et sexiste.
Et que les dessinateurs de l’hebdo, que l’on a connu meilleurs, auraient pu trouver un autre angle pour illustrer ce sujet.
Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Charlie Hebdo, qu’on a subi un attentat, qu’on peut tout se permettre et être à l’abri des critiques.
Il n’existe pas une liberté d’expression pour Charlie Hebdo et une autre pour les autres médias.
Quand j’ai vu cette Une, je n’ai pu m’empêcher de penser à la récente affaire Riolo/Rothen sur RMC. Rappelez-vous. C’était le 6 juin dernier. Les deux chroniqueurs commentent la plainte d’une Brésilienne contre le footballeur Neymar qu’elle accuse de l’avoir faite venir en avion, puis de l’avoir violée.
"Dans l’affaire Neymar, je peux pas m'empêcher de penser à un truc con. Mais la nana, tu l'as vu la nana ?" C’est Daniel Riolo qui parle. "Je m'attendais à ce que ce soit un avion de chasse. C'est de la deuxième division."
Son camarade Jérôme Rothen acquiesce. "Il peut avoir tout ce qu'il veut, il a pris une Ligue 2 ». "Quand tu t'appelles Neymar, t'as un minimum de qualité. Normalement c'est Champions League. [...]. La faire venir, prendre l'avion... tu vois ça débarquer et en plus à l'arrivée, tu te retrouves dans la merde", insiste Daniel Riolo.
Tollé général, réaction indignée de la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les hommes et les femmes, plaintes en cascades au CSA. Et pour ces propos, juste pour ces propos, Daniel Riolo et Jérôme Rothen ont écopé d’une suspension d’antenne d’une dizaine de jours.
Pas question d’interdire Charlie Hebdo durant une dizaine de jours. Mais, à tout le moins, on peut se retenir de l’acheter. Pour bien signifier à ses patrons que liberté de la presse ne rime pas nécessairement avec bassesse.


