[Pierrot Dupuy] Le gouvernement a les moyens d’éviter les accidents dus à l’alcool et ne le fait pas. Pourquoi ?

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, vient d’adresser une note à tous les préfets les invitant à proposer l’installation d’un éthylotest antidémarrage couplé au circuit d’alimentation du moteur dans la voiture des primo-délinquants pris avec un taux d’alcool dans le sang supérieur à 0,8 g/l. Au lieu de leur retirer le permis, comme c’était le cas jusqu’à maintenant.
J’avoue que j’adore cette mesure et je me demande pourquoi on ne l’avait pas instaurée plus tôt.
J’entends déjà les petits malins qui se disent dans leurs petites têtes que ce n’est après tout qu’une machine et qu’ils vont pouvoir la filouter. En gonflant par exemple à l’avance un ballon, à un moment où on n’a pas bu, pour en libérer l’air devant l’éthylotest avant de partir, même avec un coup dans le nez. Ou bien alors, en faisant souffler quelqu’un à sa place.
Que ces petits malins là ne se fassent pas d’illusions ! Les concepteurs de l’engin ont pensé à tout. Par exemple, l’éthylotest vous demandera de manière aléatoire, entre 5 et 30 minutes après le démarrage de la voiture, de re-souffler de façon à bien vérifier si c’est bien vous qui êtes au volant…
Cette mesure permettra de ne pas faire perdre leur travail à toutes ces personnes qui ont pu se faire surprendre exceptionnellement, une fois, au sortir d’une soirée un peu trop arrosée.
Je le rappelle, les récidivistes ne pourront pas bénéficier de cette proposition…
Très bonne mesure, donc. Mais poussons la réflexion un peu plus loin…
Pourquoi le gouvernement, qui a officiellement posé la sécurité routière comme une de ses priorités, qui fait de la diminution du nombre de morts sur nos routes l’alpha et l’oméga de son action, au point de baisser la vitesse des véhicules à 80 sur les routes départementales, pourquoi donc ce gouvernement ne rend-il pas obligatoire ces éthylotest antidémarrage sur TOUS les véhicules ?
On va m’objecter que c’est sans doute parce qu’ils coûtent trop cher : 1300€ pièce. C’est vrai que ce n’est pas rien.
Mais quatre remarques.
1300€, c’est le prix grand public. Achetés en très grandes quantités, les constructeurs les paieront bien moins cher.
Deuxièmement, si ce prix est aussi élevé, c’est parce que les fabricants en vendent très peu. Produits à très grande échelle, les prix chuteraient, là aussi, énormément.
Mais surtout, et c’est mon troisièmement, si la vie des automobilistes est une priorité, elle n’a pas de prix. Au début, les airbags aussi coûtaient très cher. Ca n’a pas empêché qu’aujourd’hui toutes les voitures en sont équipées.
Enfin, combien coûte une vie sacrifiée ? Et plus terre à terre, à combien se monte l’amende quand on se fait attraper avec un coup de trop dans le nez ?
Le gouvernement a là l’occasion de faire disparaître définitivement la principale cause d’accidents, devant la vitesse dont on nous fait grand cas, et il se contente de mesurettes.
A moins qu’il ne cherche tout simplement à protéger les importantes recettes fiscales garanties au travers des 135 € d’amende qu’il perçoit à chaque infraction pour alcoolémie.
Mais, dans ce cas, qu’il arrête de nous faire croire que la sécurité routière est une de ses priorités !


