Qu’est venue faire Muriel Pénicaud à la Réunion ?

Il était une époque, pas si lointaine, où les ministres, quand ils se déplaçaient à la Réunion, arrivaient avec plein de mesures bénéfiques pour notre ile dans leurs valises.
La mode a commencé à changer avec Michel Rocard qui, lors d’une visite en mars 1991, en pleines émeutes de Freedom, avait déclaré qu’il n’était pas le Père Noël et qu’il ne fallait pas compter sur lui pour résoudre tous les problèmes de la Réunion.
Depuis, les déplacements de ministres ressemblent plus à des visites de courtoisie qu’à des séjours destinés à trouver des solutions à nos maux.
Et pourtant, ce ne sont pas les problèmes qui manquent ici.
Mis à part Mayotte, qui n’est que devenue département français que très récemment, la Réunion détient le triste record d’Europe du chômage. 168.000 Réunionnais sont sans emploi selon les critères de l’INSEE, et ce chiffre a encore augmenté de 2,1% selon les dernières statistiques.
Muriel Pénicaud étant ministre du Travail, on aurait pu attendre d’elle qu’elle arrive chez nous avec des solutions. C’est a priori son boulot. Pourtant, de toute évidence, elle ne fera aucune annonce lors de son séjour.
Et pourtant, le gouvernement dont elle fait partie est en grande partie responsable de cette aggravation de la situation avec sa décision de suppression quasi-totale des contrats aidés, qui certes n’étaient pas la panacée mais permettaient à près de 25.000 Réunionnais de survivre l’année dernière.
Si elle voulait vraiment lutter contre le chômage, la solution la plus simple, la plus rapide, serait pour elle d’annoncer le rétablissement des contrats aidés. Elle ne le fera malheureusement pas.
Le préfet, au lieu de lui faire visiter de beaux chantiers spécialement aménagés pour sa visite, ferait mieux de l’emmener rencontrer des familles qui bénéficiaient encore l’an dernier d’un petit contrat aidé et qui n’ont plus rien aujourd’hui.
Elle pourrait ainsi toucher du doigt les conséquences de sa politique. Elle entendrait ces mères de famille lui raconter comment on fait pour vivre avec 400 ou 500 euros d’allocations par mois, quand on a deux ou trois enfants à faire vivre et un loyer à payer.
Un monde que cette ancienne haut cadre de chez Danone, par ailleurs aussi chargée de cours à l’ENA, n’a pas dû fréquenter bien souvent.
Et je ne vous parle même pas du coût de ces déplacements d’une ministre avec tous ses collaborateurs, et du bilan carbone de tels voyages.
C’est vrai que l’hiver est arrivé en métropole et qu’il fait meilleur à la Réunion…
Muriel Pénicaud a prévu de quitter la Réunion vendredi soir pour se rendre à Mayotte. Elle va donc échapper de peu à la manif des gilets jaunes. A moins qu’il ne passe par l’esprit de quelques manifestants un peu plus retors que les autres de faire démarrer la manifestation un peu plus tôt, vendredi soir au hasard, et de bloquer l’aéroport de Gillot…
Avouez que ça aurait du piquant…


