Griveaux, Darmanin, cireurs de pompes de la macronésie

Emmanuel Macron, élu sur un programme libéral avec une touche de social, voit son discours de campagne écorné par les baby faces du gouvernement au discours thatchérien, montrant qu'ils abhorrent le modèle social de la majorité.
"Une faillite collective, 100000 élèves qui sortent de notre système scolaire sans diplôme chaque année. Un chômage endémique. 9 millions de personnes pauvres, dont 3 millions d'enfants, 4 millions de mal-logés, et une esprénace de vie inférieure à 10 ans pour les plus modestes." Ce réquisitoire sans pitié est l'oeuvre de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. Et toujours selon Griveaux, c'est la faute aux politiques sociales. Bien entendu, il omet consciencieusement que la pauvreté, certes inacceptable, est moins répandue dans notre pays qu'ailleurs : 13% sous le seuil de pauvreté en France, 16% en Suède et en Allemagne, 17% en moyenne dans l'UE.
Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, s'est attaqué à la "prime d'activité". Cette prime consiste à éviter que des personnes, naguère au chômage, et retrouvant un emploi mal payé, ne perdent de l'argent au passage. Car lorsqu'on travaille, on perd certaines aides, comme le logement, et l'on paye en sus la garde d'enfants, les habits, le transport... De savants économistes ont ainsi démontré qu'on pouvait perdre de l'argent en acceptant un mauvais emploi, surtout à temps partiel. D'où un effet de "désincitation au travail". Cependant les études sociologiques ont montré que les personnes concernées préféraient travailler, même à perte, par rapport à avant, car cela donnait du sens à leur vie, leur créait une vie sociale, structurait la semaine, etc... Mais baste! Puisque on leur a dit (à nos gouvernants) que cela constituait de la "désincitation au travail", cela devenait un problème.
Pour le résoudre : augmenter le smic? Non, attention, là, pas fou, non, mais allô quoi! Donc pour accroître l'écart entre les allocations chômage et le gain au travail, notre génial Darmanin décide de réduire les allocations chômage. Ainsi, la prime d'activité devient plus sympa, à 160 euros par mois en moyenne. A la charge exclusive de l'état, les patrons ne faisant aucun effort. Avec une promesse de l'augmenter de 80 euros d'ici la fin du quinquennat (+ 20 euros par mois à partir de l'automne 2018, et ainsi de suite chaque année du quinquennat). Darmanin accuse cette prime d'activité de créer des "trappes à inactivité", à décourager le travail. Or cette prime ne saurait favoriser l'oisiveté, puisqu'on ne la perd pas si on recommence à travailler. Mais voilà, cela coûte 5 milliards, et c'est trop.
Ainsi, chez Benjamin Griveaux comme chez Gérald Darmanin, se profile la haine du social sans argument raisonnable. S'occuper de personnes dans la pauvreté en leur faisant un chèque n'est pas méprisant, M. Darmanin. Ou alors... Affichiez-vous du mépris, lorsque vous donniez un "chèque" en supprimant l'ISF aux anciens redevables de cet impôt, les plus nécessiteux d'entre nous?
D'après Charlie-Hebdo n°1350


