Etats-Unis/Europe : Donald Trump a ouvert les hostilités

La guerre commerciale a débuté. Après moult démonstrations de menaces et reports, Donald Trump a mis sa décision à exécution. La hausse des droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens importés aux Etats-Unis est effective depuis le 1er juin.
Cependant la politique du président américain ne bénéficiera pas à ses électeurs : si le coût de l’acier importé aux USA augmente de 25% (10% pour l’aluminium), les voitures américaines vont enchérir, donc elles auront plus de mal à se vendre en Europe ou ailleurs. De plus, si l’Europe prend des mesures de rétorsion, d’autres secteurs américains seront en difficulté.
La question à laquelle Donald Trump répond mal se pose avec force : la remise en cause de la mondialisation. Cette mondialisation libérale, déjà rejetée par une majorité de Français en 2005 lors du non à la Constitution européenne. C’est contre elle que viennent de voter les électeurs italiens. Des chercheurs du FMI reconnaissent aujourd’hui dans un rapport une perte de confiance due aux dislocations de l'économie mondialisante. "De nombreuses personnes pensent que la mondialisation n’a pas donné lieu à des résultats justes", écrivent les auteurs de ce rapport qui ne mâchent pas leurs mots, estimant que "les dirigeants et ceux qui bénéficient le plus de la mondialisation sont irresponsables".
L'UE se présente comme... un "[héraut du libre-échange]url:https://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2018/05/19/face-a-trump-l-europe-se-pose-en-rempart-ultime-du-libre-echange_5301585_3234.html ". Aux yeux de l’économiste belge André Sapir, du think tank Bruegel, "notre politique commerciale est un succès puisqu’elle réussit à avancer malgré la diversité des États membres. Elle reste un pilier de la politique extérieure de Bruxelles". De même, Cécilia Malmström, la commissaire européenne au Commerce, estime que, en multipliant les traités, "nous voulons prendre le leadership du libre-échange et du multilatéralisme". Or aucun pays ne s’est développé grâce au libre-échange. Tous ont bâti leur industrie sur des barrières protectionnistes, que ce soit le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Allemagne, le Japon, et, bien entendu, la Chine. Pour [Ha-Joon Chang]url:https://www.alternatives-economiques.fr/vingt-trois-lecons-capitalisme-liberal/00045802 , professeur à Cambridge, tous les épisodes de développement réussis ont commencé par du protectionnisme. Imposer le libre-échange à l’Afrique a bloqué la réussite du continent. Dani Rodrik démontre depuis des années que le succès des pays asiatiques, qui contraste avec l’échec de l'Amérique latine, tient à la façon dont ils ont mis leur état interventionniste au service du développement. Enfin, Sapir et Malmström négligent les perdants du libre-échange, pour qui rien n’est fait. Même les manuels d’économie en conviennent : lorsqu’on ouvre les frontières, des biens importés moins chers affluent, et des milliers de gens, qui travaillent dans les usines moins compétitives, perdent leur emploi.
Selon les libéraux, les gains de pouvoir d’achat acquis par les consommateurs permettent de compenser les perdants, à qui on versera des allocations chômage et pour qui on financera des formations. Mais il faut un État pour organiser cette redistribution, ce qui contredit le message libéral. Un simple voyage dans les Hauts de France convaincra que cette redistribution n’a pas lieu.
Encourager le libre-échange conduit in fine à des aberrations écologiques. Un exemple ? Les gigantesques porte-conteneurs pouvant dépasser les 150000 tonnes en pleine charge, qui acheminent plus de 90% des marchandises de la planète, [génèrent une pollution catastrophique]url:https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-carre/l-edito-carre-23-novembre-2017 . Ces navires utilisent du fuel lourd, et émettent des quantités sidérantes d’oxyde de soufre, les 15 plus gros navires répandant à eux seuls plus de soufre que toutes les voitures sur la planète. Or ces émissions sont responsables du décès de 60000 personnes en Europe chaque année.
L’UE a raison de défendre le multilatéralisme face aux décisions de Trump. Mais elle fait fausse route à vouloir signer de nouveaux accords de libre-échange, aux conséquences écologiques et sociales néfastes. Elle doit se mettre à jour, et mettre le commerce au service de la planète et des populations. Faute de quoi, qui peut dire jusqu’où ira le rejet des politiques et des partis politiques ? Et ce ne sera pas que de la faute de Donald Trump.
D'après Alternatives Economiques


