[L'édito de Pierrot Dupuy] Ça sent le roussi pour les paillotes

Les nuages s’accumulent au dessus des toits des paillottes de l’Hermitage et on ne peut pas dire que la météo risque de s’améliorer.
Alors que certains restaurants sont installés les pieds dans l’eau depuis 30 ou 40 ans, le vent a commencé à tourner avec le combat, d’abord un peu solitaire d’un médecin, Karl Bellon, qui entendait faire cesser des nuisances à proximité de sa villa. Après avoir tenté en vain des démarches à l’amiable avec quelques autres riverains auprès des restaurateurs, puis auprès des pouvoirs publics et de la gendarmerie, il a fini par se persuader que la meilleure façon d’atteindre son objectif était d’obtenir la fermeture des établissements concernés.
En tant qu’ancien élu de la ville de Saint-Paul, du temps d’Alain Bénard, il était particulièrement au fait de la législation et savait pertinemment que les paillottes étaient totalement hors la loi.
D’où son idée de monter un collectif. L’idée était bonne, surtout en ces temps où la défense de l’environnement est affichée comme une priorité officielle et à la mode, de la part de l’Etat mais aussi des collectivités.
Au début, force est de reconnaître que les services de l’Etat et la mairie de Saint-Paul l’ont regardé avec un certain amusement, et ont continué à protéger, comme par le passé, les restaurateurs. Pour quelles raisons ? Bien malin qui pourrait y répondre de façon certaine. Certains n’hésitent pas à évoquer des enveloppes, d’autres des repas gratuits… On ne connaitra sans doute jamais la vérité mais une chose est certaine : les paillottes ont bénéficié sans discontinuer de la protection des services de l’Etat et de la mairie de Saint-Paul alors que leur situation illégale sautait aux yeux.
Le tournant s’est produit avec l’affaire dire de l’homme à la masse. Lors d’une manifestation au mois d’avril dernier, Karl Bellon s’est fait déborder par quelques membres de groupes identitaires, voire indépendantistes, qui s’étaient joints à la manifestation et un homme, une sorte de colosse débonnaire, s’est emparé d’une masse et a commencé à détruire la clôture d’un restaurant. Le préfet ne pouvait plus rester inactif. Il a bien compris que, s’il n’agissait pas, les choses risquaient de dégénérer.
Le 2 mai, il envoyait un courrier aux propriétaires des paillottes leur enjoignant de quitter les lieux avant la fin du mois de juin, et surtout de tout remettre en état.
Dans le même temps, il mettait la pression sur les restaurateurs, au travers de descentes des services vétérinaires, qui ont d’ailleurs permis de découvrir de la nourriture avariée au Coco Beach et ce week-end encore au restaurant « Lé Pié dans l’O ».
Et s’il restait encore un peu d’espoir aux restaurateurs, il est définitivement parti avec la prise de position hier de Sébastien Lecornu, le secrétaire d’Etat en charge de la transition écologique et solidaire, qui a déclaré qu’il « y avait urgence à respecter le droit. Les occupations du domaine public maritime doivent cesser dans des délais assez courts ».
Il n’empêche que je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour l’un des restaurateurs concernés qui a investi 850.000€ il y a 18 mois dans l’achat d’une de ces paillottes. Il était bien sûr au courant de la précarité des AOT mais avait été rassuré par une responsable de l’urbanisme de la mairie de Saint-Paul qui lui avait assuré, oralement bien sûr, qu’il n’y avait aucun risque et qu’il pouvait investir sans crainte…


