[L'édito de Pierrot Dupuy]Non, l’octroi de mer n’est pas responsable de la vie chère

J’ai entendu hier matin dans « On refait la Réunion » un auditeur, un de plus, qui militait pour la suppression de l’octroi de mer.
La raison avancée est toujours la même : l’octroi de mer serait le responsable de la vie chère à la Réunion. C’est une grossière erreur, et je vais vous le démontrer.
Mais avant, rappelons ce qu’est l’octroi de mer. C’est un impôt datant du XVIIème siècle qui, à l'origine, taxait toutes les marchandises arrivant dans les DOM par la mer.
Aujourd’hui, l’octroi de mer s’assimile davantage à une taxe indirecte sur la consommation, qui frappe à la fois les produits importés et ceux produits localement.
La raison d’être de cette taxe recouvre deux objectifs distincts :
D’abord, assurer aux collectivités locales une fiscalité propre grâce à des taux décidés par les conseils régionaux. L’octroi de mer vient en complément des impôts locaux, dont le rendement est relativement faible à la Réunion et dans les autres DOM.
Ensuite, encourager le développement de l'activité industrielle locale, grâce à une taxation différenciée entre les produits importés et les produits fabriqués localement.
Les maires mettent en avant le fait que l’octroi de mer représente la principale ressource budgétaire de leurs communes et qu’ils ne pourraient vivre sans elle. Et plus ils défendent l’octroi de mer, plus ça conforte les Réunionnais dans leur volonté de le voir supprimé. A les écouter, les communes seraient riches, on y jetterait l’argent par les fenêtres et donc, supprimer l’octroi de mer pourrait se faire sans dommages, en obligeant simplement les maires à faire quelques économies. C’est une erreur fondamentale. Non pas qu’on ne puisse pas faire des économies dans les mairies, mais les sommes économisées seraient sans commune mesure avec le produit de l’octroi de mer.
Mais l’essentiel n’est sans doute pas là. Les Réunionnais l’ignorent, ou font mine de l’ignorer mais en contrepartie de l’instauration de l’octroi de mer, le montant de la TVA a été plus que divisé par deux à la Réunion par rapport à celui appliqué en métropole. Là-bas, il est en moyenne de 20%, alors qu’il n’est que de 8,5% ici.
Et que l’on ne se berce pas d’illusions : si demain l’état finissait par supprimer l’octroi de mer, ce serait pour faire rentrer immédiatement la Réunion dans le droit commun national en y appliquant la TVA à 20%.
Et là, nous serions doublement pénalisés : d’abord parce que nous paierions plus avec une TVA à 20% que l’addition de la TVA à 8,5% et de l’octroi de mer actuels, mais surtout parce que l’octroi de mer, malgré tous ses inconvénients, a un avantage majeur : l’argent collecté reste à la Réunion et est réinjecté dans l’économie locale. Soit en salaires d’employés communaux, soit en investissements. Alors que la TVA elle, intègre le budget national, sans aucune garantie de retour…
Il va peut-être un jour falloir se résoudre à l’évidence : si la vie est chère, c’est certes parce que certains importateurs, pas tous heureusement, appliquent des marges trop élevées. Mais c’est aussi et surtout parce que nous sommes à 10.000km de l’Europe et que le fret, il faut bien que quelqu’un le paye !


