Métaux et terres rares : une bataille vers l'effondrement

Je ne saurai trop vous conseiller la lecture de ce livre essentiel : « La Guerre des métaux rares », de Guillaume Pitron.
Transition énergétique, révolution numérique, mutation écologique... Politiques, médias, industriels nous promettent en choeur un nouveau monde enfin affranchi du pétrole, des pollutions, des pénuries et des tensions militaires. Cet ouvrage, fruit de six années d'enquête dans une douzaine de pays, nous montre qu'il n'en est rien ! En nous émancipant des énergies fossiles, nous sombrons en réalité dans une nouvelle dépendance : celle aux métaux rares. Graphite, cobalt, indium, platinoïdes, tungstène, terres rares, ces ressources sont devenues indispensables à notre nouvelle société écologique (voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires) et numérique (elles se nichent dans nos smartphones, nos ordinateurs, tablettes et autre objets connectés de notre quotidien). Or les coûts environnementaux, économiques et géopolitiques de cette dépendance pourraient se révéler encore plus dramatiques que ceux qui nous lient au pétrole. Dès lors, c'est une contre-histoire de la transition énergétique que ce livre raconte - le récit clandestin d'une odyssée technologique qui a tant promis, et les coulisses d'une quête généreuse, ambitieuse, qui a jusqu'à maintenant charrié des périls aussi colossaux que ceux qu'elle s'était donné pour mission de résoudre.
Insistons un peu : on se débarrasse des cheminées crasseuses des mines de charbon, des puits de pétrole ensanglantés de guerres civiles, et l'on construit un monde rêvé, peuplé d'éoliennes, de cellules photovoltaïques, de voitures électriques, tous engins bientôt connectés aux ordinateurs et à l'intelligence artificielle. Energie et Numérique se rejoignent, annonçant un univers tout neuf, bâti en fait sur un château de cartes. Pourquoi ? Parce que cet édifice est bâti, et on a vite fait mine de l'oublier, sur ce qu'on appelle les métaux et terres rares, bien qu'ubiquitaires. La liste est longue, ne nous en encombrons pas. Mais leur extraction est coûteuse en énergie : l'exemple est celui du lutécium, parce qu'il faut broyer 1200 tonnes de roches pour en extraire un gramme.
Les métaux rares sont à la base de cette transition énergétique. Sans eux, ce grandiose projet s'effondre. Leur extraction entraîne une effroyable pollution en Chine, ou en Afrique. On a ainsi exporté la question écologique loin des yeux, et pourtant ! Avec un seul mail et pièces jointes (10 milliards envoyés par heure sur la planète), on consomme autant d'énergie qu'une ampoule de forte puissance à basse consommation pendant une heure. Faites le calcul. Une voiture électrique consomme autant d'énergie qu'une voiture diesel si l'on considère l'ensemble de son cycle de vie. Notre monde criminel ne rêve que d'un fantasme : se libérer de la matière.
Or le Nord n'entend rien céder de son niveau de gaspillage matériel, tout en gardant les mains propres. En prétendant contre toute évidence que l'industrie qui détruit le monde mérite de continuer sa route. Et la Chine se frotte les mains, étant l'exportateur majoritaire de toutes les terres rares consommées dans le monde. Et déjà embarquée dans une restriction des exportations. De là à penser à un embargo, il n'y a qu'un pas. Avantage stratégique insigne. Au passage, on ne sait trop où mènent les combats pour une énergie jugée vitale. Demain, la guerre pour les terres rares?
Références :
- "La Guerre des Métaux rares", par Guillaume Pitron, aux éditions Les Liens Qui Libèrent
- Charlie-Hebdo n° 1339


