"Profession ? Surfeur !" Signe particulier ? Méchant

Correctionnelle Sud – 22/09/2015 : Dégingandé, sale, goguenard, Pierre Lucas s’y prend à deux fois avant d’obtempérer aux injonctions des policiers qui lui demandent d’ôter son bonnet. Un signe de reconnaissance qui, on le verra plus loin, est aussi un bonnet d’âne.
Presque 30 ans, taille moyenne, déjà condamné pour violences avec arme, exhibition sexuelle et trafic de stupéfiants, il n’a jamais travaillé. Lorsque le président Loïc Grillet s’enquiert de sa profession, il lance crânement : «(inaudible)» On croit entendre « serveur », puis « chauffeur » avant qu’au bout d’un ultime effort très condescendant, il lâche à haute et intelligible voix (pour une fois) : « Surfeur ! »
« Mi explique pas ou ! »
Je ne vous explique pas l’étonnement sans borne s’inscrivant sur le visage du président, qui n’a d’équivalent que le nôtre.
« C’est une profession, ça ? – C’est un sport. – Ah ! Mais dangereux par les temps qui courent. – Mi explique pas ou ! »
La caractéristique principale du personnage, son « signe particulier », est un mauvais caractère dépassant l’entendement, une mauvaise foi digne d’un politicien aguerri, et une insupportation envers ses voisins, mâtinée de racisme.
Le 14 novembre 2014 à Etang-Salé-les-Bains, il s’en prend une nouvelle fois à son plus proche voisin, sa victime favorite, à qui il reproche d’avoir garé sa voiture devant chez lui. Comme si le domaine public lui appartenait en propre.
Ces conflits de voisinage sont fréquents et si les occasions de plaintes n’ont jamais fait défaut, jusqu’ici ses « adversaires » avaient préféré laisser filer, espérant que les choses s’arrangeraient. Une conciliation en justice n’a rien donné : l’irascible bonhomme ne s’y est jamais rendu.
« Mais il est con ou quoi ? »
Insultes, injures, noms d’oiseaux du style « sale Zoreil », menaces diverses avec sabres à cannes ou barres de fer, voitures mises à mal, portail escagassé grave… c’est le lot quotidien des voisins. Une de ses victimes a alors décidé que c’en était assez, ce qui a donné lieu à l’audience du jour.
Ce qui a particulièrement irrité le Président et le Parquet, c’est qu’à chaque grief présenté à son encontre, le prévenu en revenait toujours à un rétroviseur qu’il aurait cassé et « akoz i di sé moin quand sé pas moin ? »
« Mais il est con ou quoi ? » a-t-on entendu fuser dans le public, ce qui a déclenché l’hilarité de la Cour, de l’accusation et des avocats.
Invivable au quotidien, mettant son voisinage sous pression constante, laissant sourdre un climat de peur, appelant ses potes à la rescousse quand il s’agit de menacer les autres, Pierre Henri Lucas a accepté sa condamnation sans broncher pour une fois.
« Vous êtes surfeur, dites-vous. Vous devriez alors être plus cool », a dit le Président Grillet. Sans y croire vraiment, semble-t-il.


