La place de la politique aux Jeux des Iles

Les Jeux des Îles ne peuvent pas être en dehors du champ de la politique, parce que ce sont des peuples qui s'affrontent sur le terrain sportif et que l'ensemble des résultats qualitatifs et quantitatifs est dans une certaine mesure une évaluation pluridimensionnelle des pays participants.
Sur une période donnée, c'est aussi une auscultation de l'état de l'opinion de chaque pays qui contribue à l'opération selon ses capacités, ses ambitions et son coup d'œil sur l'avenir de la coopération dans l'Océan Indien.
La sphère du sport est pour partie incluse dans celle de la politique, parce qu'elle ne tient que par les investissements de tous ordres. C'est une affaire d'argent public, de mobilisation d'un peuple représenté par des athlètes et des supporteurs. C'est même hautement politique. Alors, le mieux est de sortir cette ambiance d'hypocrisie qui s'est installée ; le mieux est de partir des différents couacs enregistrés ici ou là pour bien asseoir les futures manifestations, mais en jouant ouvert sur l'opinion.
L'important est d'assurer devant le public la continuité en transmettant le drapeau des jeux aux responsables du prochain pays organisateur. Mais si la responsabilité de la France dans ce qui a été l'élément générateur des différents couacs a été mise en avant, celle des Comores doit être aussi éclairée : respecter la susceptibilité du gouvernement d'un pays ne veut pas dire qu'il faille pour autant se complaire dans le bain de l'hypocrisie. L'État français a clairement affirmé que la participation de Mayotte ne pouvait se faire que sous le drapeau bleu blanc rouge ; l'île de Mayotte étant devenue un département, il appartenait aux dirigeants comoriens, s'ils ne pouvaient admettre cette décision, de se retirer des jeux avant l'ouverture. Il n'est pas sûr que le bras de fer qu'ils ont engagé publiquement avec la France ne leur soit favorable à long terme, même si cette opération a peut-être été engagée pour faire monter les enchères. D'ailleurs, si une exploitation des richesses offshore se fait, la France reste leur meilleur appui dans le monde.
Ce n'est pas "le principe de l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation" qui apporte la stabilité et le développement ; il n'y a qu'à voir, en Afrique, comment perdurent des guerres frontalières et des conflits sécessionnistes à l'intérieur des états, en raison souvent de "l'inadaptation de ce principe avec des exigences ethniques, culturelles et socio-économiques". Se retirer de la compétition pour revenir à la clôture reprendre le drapeau des jeux en vue de l'organisation des prochaines compétitions dans leur pays, comme si rien ne s'était passé, est une fuite en avant.
C'est par une cohérence constamment entretenue qu'un avenir durable de la coopération entre les îles se bâtit ; c'est par un dialogue ouvert à l'opinion publique des îles que les politiques, à tous les niveaux, doivent assumer leurs responsabilités, permettant, entre autres, au monde sportif, pour ce qui est de la partie propre de leur sphère, de mieux caler une charte des jeux. Mais rien n'est gravé dans le marbre.
Aux citoyens réunionnais de sommer les acteurs de la campagne des régionales d'éclairer les voies et moyens pour parvenir à une bonne coopération entre les îles ! Il leur reviendra en effet de décerner en décembre la médaille d'or récompensant le meilleur engagement de la Région sur ce terrain, d'autant que se profile à l'horizon une réforme territoriale donnant encore plus de pouvoir à cette collectivité.
Aimé LEBON
Bois-de-Nèfles Saint-Paul


