Conductrice ivre, piétonne mortellement fauchée : "A quoi servent les campagnes de sensibilisation ?"

C’est madame la procureure qui s’est posée la question de savoir si les campagnes anti-alcool au volant servaient vraiment à quelque chose. C’est que cette affaire a suscité un profond sentiment de malaise dans toute la salle d’audience.
Voilà une jeune conductrice (26 ans) qui ne s’est jamais singularisée par une quelconque inconduite ; qui survit péniblement de petits boulots pour élever (seule) ses enfants ; qui admet ses torts ; présente des excuses et n’en rajoute pas dans le registre larmoyant.
Mais qui, à 2h30 du matin, le 25 mai dernier aux Avirons, avait 1,32 g d’alcool par litre d’air expiré, soit 0,66 g par litre de sang. Ce qui ne serait pas forcément énorme pour un fort des Halles devient un élément déclenchant catastrophique chez cette frêle jeune femme !
Voici, en regard, une dame âgée qui sortait d’une petite fête entre amis et dont l’alcootest post mortem était négatif. Qui s’est fait faucher par une voiture roulant à quelque 60 km/h conduite par une conductrice qui ne s’est rendue compte de rien.
La jeune femme, qui avait bu "2 whiskies, 2 rhums et de la bière", se rendait elle-même à une fête anniversaire (à 2h30 du matin ?) juste à côté de la salle d’où sortait sa future victime. Elle dit que l’éclairage public défaillant l’a empêchée de se rendre compte qu’il y avait danger au sortir de la courbe où elle roulait.
"C’était mal éclairé, il y avait des voitures sur le bas-côté, je me suis déportée. Je n’ai rien vu", ni sa victime ni la dame qui l’accompagnait et qui l’a échappé belle. Choc violent, dépouille désarticulée retrouvée 14 mètres plus loin que le lieu de l’impact qui a été d’une grande violence.
"Je ne comprends pas. Je n’avais aucune difficulté à conduire, je me sentais bien (!). J’ai cru avoir cogné une voiture en stationnement".
"Il faut encore une vie ôtée pour que l’on se rende compte du danger de l’alcool ?", a demandé madame la procureur. Nous ajouterons qu’en raison d’une inconscience (reconnue), ce sont deux vies catastrophées ; une fauchée net, l’autre qui se poursuivra sous de sombres augures.
Le bâtonnier, George-André Hoarau, avec une sobriété de ton qu’on lui connaît peu, a ajouté ses regrets à ceux de sa cliente avant de dire qu’il est effectivement rare qu’une jeune maman se retrouve confrontée à de si dramatiques circonstances. Le fléau que constitue la conduite sous imprégnation est certes un phénomène plutôt masculin si l’on en croit statistiques et faits divers.
Les proches de la vieille dame, curieusement, n’ont pas daigné faire le déplacement.
Le tribunal a condamné la fautive à 12 mois de prison avec sursis, annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser avant 6 mois.
Question subsidiaire toute personnelle : si la conductrice était déjà fortement alcoolisée à 2h30 du matin, dans quel état comptait-elle ressortir de la fête où, de son propre aveu, elle se rendait ? Et qui aurait conduit ?


