Carmen Allié: "Mon combat pour les femmes est quotidien"

Vous devez être le changement que vous voulez voir dans le monde, Carmen Allié a fait sien le précepte de Gandhi. Depuis sa naissance dans un milieu ouvrier, à force de rêves et de courage. Carmen s’est installée à La Réunion il y a plus de 40 ans. Sa longue silhouette blonde s’est fixée dans la mémoire des Dionysiens. Au centre-ville de Saint-Denis, tout le monde connaît Carmen. Son premier Noël à La Réunion elle l’a passé avec des enfants du Centre de la ressource. Depuis, ce don de soi coule dans ses veines, elle ne vit et ne respire que par les autres. Et que pense-t-elle d’une journée dédiée aux femmes ?
Pensez-vous que la Journée de la femme a encore sa raison d’être ?
Pourquoi pas ? Elle n’est pas indispensable mais nécessaire pour certaines femmes en difficulté et qui ont besoin de se retrouver pour s’exprimer. Dans divers domaines : travail, famille, association etc.. Mon combat pour les femmes est quotidien. Je suis impliquée dans le tissu associatif social et professionnel et c’est un plaisir pour moi de rencontrer, de dialoguer avec les personnes présentes. Il faut dire qu’internet, les réseaux sociaux, sont des moyens puissants de communication. Ils ont envahi notre espace mais rien ne remplace les rencontres, les dialogues. La journée de la femme est un moment et un espace où certaines femmes puisent la force pour dire ce qui ne va pas dans tel ou tel domaine. Personnellement, je n’en ai pas besoin. Pour certaines, cette journée est utile. L’essentiel c’est de s’exprimer !
Que répondrez-vous à une jeune femme qui a comme projet de vie de se marier, de faire des enfants et surtout ne pas travailler ?
Moi je suis pour le respect de l’autre. Dans sa totalité. Il y a des femmes qui s’épanouissent dans la sphère domestique : faire du ménage, du repassage. Elles ont un don pour cela et assument pleinement leur choix.
Ce n’est pas mon cas. J’ai besoin d’aller vers les autres. Lorsque j’étais chef d’entreprise, il m’arrivait de m’en vouloir de mon absence auprès de mes deux enfants. Ce n’était pas facile de travailler tous les jours de 6h du matin à 20h dans le commerce. J’ai fait ce choix et je l’assume. Mes enfants aujourd’hui ne m’en veulent pour rien au monde !
Est-ce que l’homoparentalité est une nouvelle forme de famille ?
Je ne suis pas contre le mariage pour tous. J’ai des couples homosexuels dans mon entourage et mon regard sur eux n’est pas différent du regard que je pose sur les hétéros. 95% des couples homosexuels m’ont dit que le mariage pour tous n’était pas utile, le Pacs était un dispositif bien adapté à leur vie commune.
Les homosexuels sont des personnes qui portent leur différence avec beaucoup de tourment. Il y en a qui sont rejetés violemment par leurs parents et j’ai beaucoup de peine pour eux. Ils ont les mêmes soucis que n’importe quel couple. Dernièrement, je discutais à propos de l’éducation de leurs enfants ; eux aussi, ils se posent la question : comment vont réagir leurs enfants en grandissant ?
Avez-vous du faire des choix entre enfants et carrière ?
Je n’ai pas eu à faire ce choix, je suis rentrée jeune dans la vie professionnelle. A mon arrivée à La Réunion, j’avais un mari, deux enfants et une malle faite sur mesure remplie de vêtements. Quelques années plus tard, il y avait 55 salariés qui travaillaient dans l’entreprise. Les enfants ont pris le rythme de ma vie de travail. Par la suite, j’ai eu des regrets qui se sont vite dissipés. Mes enfants gardent le souvenir d’une mère dynamique, qui allait de l’avant. Ma personnalité y contribue beaucoup. J’ai un élan envers les autres qui ne s’explique pas. Quand j’étais enfant, je voyais ma mère, très timide mais généreuse avec son entourage. Elle travaillait aussi. Je pense que les femmes doivent mener la vie qu’elles veulent tout en assumant leurs responsabilités vis-à-vis de leurs enfants.
Qu’est-ce que vous voudriez transmettre à vos petites-filles imaginaires ?
Le meilleur de la vie : le respect, la tolérance, la sincérité, l’amour du travail bien fait. Les mêmes valeurs que mes parents ouvriers m’ont transmis. Nous sommes tous conscients que nous vivons dans un monde très difficile et ce n’est pas pour autant que nous devons nous malmener. J’ai de la chance de côtoyer beaucoup de gens qui donnent de leur temps dans le tissu associatif. Le sens du partage et de l’effort commence à se perdre à La Réunion mais il reste tout de même des Réunionnais qui ont encore le sens de l’entraide.


