Attaché territorial sans poste: Récit d'un lauréat qui a changé de voie

"J'ai changé de voie", commence par dire Bertrand (nom d'emprunt), lauréat du sélectif concours d'attaché territorial organisé par le CNFPT*. En 2011, et à l'annonce de la mesure "de tremplin social pour la jeunesse" du Conseil général, il monte au créneau comme bon nombre de lauréats. A l'appui des textes en vigueur, il dénonce ce recrutement jugé discriminatoire, mais avant tout infondé juridiquement.
Deux ans plus tard, le ressenti demeure le même. Son parcours de vie l'a amené à travailler jusqu'à aujourd'hui dans le secteur privé, plus précisément dans le médico-technique.
Un poste non loin de ses références de départ puisque l'intéressé avait été contractuel dans la fonction publique hospitalière une dizaine d'années avant de tenter et de réussir le concours d'attaché territorial. La fin des contrats précaires pensait-il à l'époque. C'était sans compter l'incertitude qui entoure les bénéficiaires de ce concours qui déroge aux autres par la non-affectation d'office de son lauréat. Autrement dit, avec le concours en poche, son bénéficiaire reste à la merci des ouvertures de postes dans les collectivités.
"J'ai perdu le bénéfice de mon concours en mars 2012. Je me suis lancé dans ce projet d'attaché en pure perte", évoque-t-il aujourd'hui. Durant trois ans, durée maximale sur liste d'aptitude, il a démarché nombre de collectivités. "Une centaine de courriers", dénombre-t-il, pour... zéro résultat. "Je pensais que ça allait se débloquer", repense-t-il. Peine perdue.
Le CNFPT "ne fait rien pour la promotion des lauréats"
"Mon ressenti, en tant que zoreil, pour dire les choses telles qu'elles sont, c'est que c'était quand même plus difficile pour moi que pour un créole", exprime-t-il, expérience des entretiens en prime. Parmi les questions qui ont pu lui être posées, il en retient une bonne : "Pourquoi ne cherchez-vous pas en métropole ?", raconte-t-il. Sans se justifier outre mesure, il précise que la situation qui était la sienne à l'époque est toujours identique aujourd'hui : celle de quelqu'un ayant des attaches à la Réunion. "Je suis installé à la Réunion depuis 2005. Ma femme est réunionnaise", explique-t-il. Un schéma qui se produit ici comme il pourrait se produire pour un lauréat de métropole souhaitant obtenir un poste à proximité de sa famille, compare-t-il.
De cette expérience infructueuse, Bertrand retient deux vérités, du moins les siennes. La première tient dans la logique "clientéliste" des collectivités qui "préfèrent un contractuel qu'un fonctionnaire, avec la surrémunération qui va avec". Son ultime grief va à l'égard du CNFPT qui "ne fait rien pour la promotion des lauréats."
De ce nouveau départ dans le privé, il se dit satisfait. Voilà de quoi démythifier le culte de l'emploi garanti à vie du fonctionnaire.
*centre national de la fonction publique territoriale


