"Le classement Unesco, ça ne peut pas être que des posters !"

Comment se passe sur le terrain ce compromis avec les contraintes du parc national ?
Concernant les sports de loisirs en pleine nature, l'objectif pour nos entreprises n'est pas de détruire la nature. C'est notre outil de travail donc bien évidemment qu'il faut veiller à ce que l'activité ne soit pas trop impactante, particulièrement quand elle est professionnelle.
Qu'est-ce qui n'a pas été fait pour valoriser ce label ?
Il faut accompagner les professionnels. On ne peut pas faire de ce classement une coquille vide, ça ne peut pas être que des posters ! Un patrimoine, il se partage et si on veut le conserver, il faut que les gens le vivent, parce que s'ils s'en sentent privés, c'est tout l'inverse que l'on va produire. Et on va créer des frustrations qui font que ça peut mal se passer.
Et que le Parc ne soit pas accepté...
Ca l'est déjà un peu...L'idée c'est de dire : comment on arrive aujourd'hui à faire en sorte que ce parc national ne soit pas vécu comme une administration avec des contraintes réglementaires mais qu'il soit vécu comme du vrai patrimoine dans lequel on va faire vivre notre nature et notre particularité.
Et le canyon a toute sa place bien entendu. Mon combat aujourd'hui est de faire reconnaître le canyon réunionnais. On est la mecque du canyoning au niveau mondial. On a un potentiel qui est fabuleux. On n'est pas plus impactant qu'un cyclone comme le disait Emeric (co-gérant de Ricaric). Oui effectivement, pour faire du canyon, il va falloir prévoir les accès pour accéder aux sites. Mais on ne va pas faire arriver des milliers de touristes dans le Trou de fer non plus...
Quelles remarques avez-vous formulé au moment de l'enquête sur la charte du Parc ?
Nous avons fait remarquer un point qui est important à nos yeux. Il est marqué dans la charte que lorsqu'il y a création d'un site, il faudra veiller à ne pas créer des accès. C'est écrit : "sous réserve qu'il y a ait des accès disponibles". Or, quand on aménage - bien que le mot aménager soit trop fort - un canyon de type falaise d'escalade, course d'arrête, course de montagne, via ferrata, l'accès fait bien évidemment partie du projet.
On a un parc national qui fait 42% du territoire et nous, nous pratiquons des activités en pleine nature, pas sur des sentiers de randonnée ! Il va bien falloir le créer cet accès. On ne va pas se faire déposer par un hélico ! De toute façon c'est interdit. Je veux donc dire qu'il faut garder une certaine logique. Moi, quand le Parc me dit qu'il ne faut plus créer de site à la Réunion, alors on range tout, tout est terminé. Voilà, vous vous contentez de ce que vous avez et puis c'est fini...
Vous siègez au sein de l'IRT pour représenter les professionnels de sports loisirs. Vous sentez-vous entendu au sein de cette instance ?
(Silence)…Pas à la hauteur des attentes des professionnels, et tous professionnels confondus j'entends. Il y a eu du travail de fait mais le chemin est encore long. Après, le positionnement qui a été choisi, entre nature, photographie et gastronomie, je pense que ce qu'il manque aujourd'hui, c'est la traduction par des mises en moyen d'outils. Pour l'instant, on est encore sur la communication grand public, il faudrait travailler sur les niches.
Qu'est-ce que vous entendez par "outils" ?
Un exemple : vous voulez faire venir un parapentiste ou un canyoniste. Rien qu'avec son bagage, il en a pour 20 kilos, et pour le reste il fait comment ? C'est vers tous ces freins qu'il faut agir. Et puis, ces gens-là, ils vont sur des journaux bien spécialisés, donc il faut savoir communiquer vers ces cibles. Communiquer dans des événementiels bien spécifiques, faire venir des journalistes étrangers sur une étape de coupe du monde de parapente et leur faire découvrir une autre discipline, en rivière, en montagne, en canyon…
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