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11 mois à La Réunion, 2 condamnations, 18 mois de prison et 1 famille terrorisée

Un homme a été condamné en comparution immédiate pour avoir rompu l’ordonnance de protection envers son ex-compagne. Cela seulement quelques jours après être sorti de prison pour l’avoir agressée. Dans ce procès, c’est surtout le profil du prévenu qui interpelle. Prétextant vouloir récupérer ses affaires, c’est une traque qu’il a lancée sur sa victime. Condamné à 12 mois, dont 6 avec sursis, c’est déjà sa deuxième peine en un an.

Ecrit par zinfos974 – le mardi 23 novembre 2021 à 10H43

En attendant le début de l’audience, Maxime semble déboussolé, presque apeuré. La trentaine, bel homme, rien ne laisse présager que cet individu est le prévenu d’une inquiétante affaire de violences conjugales et de harcèlement. En dépit d’un look plutôt inadapté pour son procès, il présente plutôt bien, notamment en s’exprimant calmement et posément. 

Un calme qui tranche particulièrement avec la peur qui se lit dans les yeux des parties civiles. Audrey* et sa mère Véronique* se sont accrochées l’une à l’autre, le plus loin possible de leur tortionnaire. Elles mettront du temps à se séparer, terrifiées d’être en sa présence. L’idylle débutée en janvier s’est terminée en avril au tribunal. Six mois de prison plus tard, il n’aura fallu que quelques jours avant que tout recommence.

Le masque tombe dès la première semaine

Audrey fait la connaissance de Maxime sur un site de rencontre. Lui vit en métropole, mais les échanges se font de plus en plus réguliers. Entre parents célibataires, le courant passe bien. Elle lui fait part de son envie de venir s’installer en métropole avec ses enfants. Il lui indique qu’il est prêt à l’héberger si elle saute le pas. Par politesse ou par envie, elle lui retourne la proposition… sans savoir qu’il la mettrait à exécution quelques jours plus tard.

Maxime débarque sans crier gare début janvier à La Réunion, quasiment les mains dans les poches. Audrey accepte de l’héberger, mais lui demande de se trouver rapidement un logement pour qu’ils puissent débuter une relation normalement. Une requête qui n’était visiblement pas dans les plans de Maxime.

Selon Audrey, il n’aura fallu qu’une semaine avant que les insultes commencent. Une attitude qui va empirer au fil du temps. Maxime va se montrer de plus en plus violent, mais Audrey prend sur elle. C’est lorsqu’il commence à s’en prendre à elle devant ses enfants que la mère de famille réagit.

Elle porte plainte pour violence et Maxime est condamné à 6 mois de prison en avril. Il lui est interdit d’entrer en contact avec sa victime et de se rendre sur la commune du Tampon. Audrey est dotée par la justice d’un téléphone grave danger.

Il veut « récupérer ses affaires »

Durant son incarcération, Maxime bénéficie d’une semi-liberté. Malgré l’ordonnance de protection, il tente de rentrer en contact avec Audrey pour « récupérer ses affaires ». Les effets personnels se composent de quelques vêtements, achetés par Audrey, un skate-board et un iPhone. 

Maxime est définitivement libéré le 28 octobre et il affirme n’avoir qu’une seule idée en tête : récupérer ses affaires. Il affirme avoir demandé aux gendarmes de l’aider à reprendre ses biens chez Audrey, mais sa demande n’aurait pas été prise en compte.

Il tente de rentrer en contact avec Audrey, qui accepte de lui parler à distance de chez elle. Elle espère que la prison l’a changé, mais réalise rapidement que non. Lorsqu’elle téléphone à l’ancienne voisine de Maxime, celle-ci lui avoue que le jeune homme a fait subir la même chose à son ex-femme. Comprenant le danger, Audrey veut donc mettre un terme à toute relation, ce qu’il n’accepte pas vraiment. Le 4 novembre, elle dépose plainte pour non-respect de l’ordonnance de protection.

Il l’attend des heures sur le parking de son emploi

Le 17 novembre, il s’était présenté au domicile d’Audrey pour récupérer ses affaires. Ne voyant personne, il déclare alors donner un coup de pied dans la porte. La famille affirme que la porte est fortement détériorée. La dégradation du matériel est l’un des trois chefs d’accusation du jour, avec le non-respect de l’ordonnance de protection et la violation de domicile.

C’est le 18 novembre que tout va dégénérer. Maxime passe une bonne partie de la journée à attendre Audrey sur le parking de son emploi, les caméras de surveillance et les témoignages des collègues attestant de sa présence. En sortant, paniquée, elle n’a d’autre choix que de discuter avec lui. Le téléphone d’urgence étant dans la boîte à gants du véhicule, elle assure n’avoir pas osé l’utiliser devant lui. 

Plus tard dans la soirée, il se rend de nouveau au domicile d’Audrey. Celle-ci s’est réfugiée depuis quelques jours chez sa mère. Les caméras de surveillance, qui prennent également le son, permettront de certifier de sa venue. La famille apprenant sa présence par les voisins appelle les gendarmes. Véronique se rend avec eux au domicile et fait constater par les militaires qu’elle a fermé l’ensemble de la maison.

Le lendemain, Véronique se rend dans la maison d’Audrey pour faire le ménage. C’est là qu’elle constate que le lit est défait et qu’un téléphone charge sur la table. Pour la famille, Maxime s’est introduit pendant la nuit dans la maison par une trappe sur le toit. Des faits contestés par le prévenu. Un élément du dossier qui ne trouvera jamais de réponse.

Il décontenance la juge

À la barre du tribunal, Maxime avoue les faits l’exception de la dégradation de la porte et l’intrusion dans le domicile. Il affirme être resté à l’extérieur de la maison. Lorsque la juge Kaly Ankeara lui demande pourquoi il n’a pas respecté l’ordonnance de protection, Maxime va montrer un visage qu’il cachait plutôt bien jusque là.

« Moi, ce que je ne comprends pas, c’est qu’on ne me rende pas mes affaires », lance-t-il à la juge, médusée. « Si vous aviez respecté l’ordonnance, vous ne seriez pas là. Si elle n’avait pas eu peur, elle n’aurait jamais eu un téléphone grave danger », lui fait-elle remarquer. Ce à quoi le prévenu va répondre avec aplomb que « tout le monde en a un. Ce n’est pas exceptionnel ». Une réponse qui fait sursauter la juge.

Un dialogue de sourds s’installe. Maxime affirme ne jamais avoir dit qu’il était normal de venir récupérer ses affaires, provoquant la surprise sur tous les visages de la salle d’audience. Il évoque ensuite des violences commises par Audrey. Le rapport d’enquête montre qu’il a même affirmé aux enquêteurs qu’Audrey était bipolaire. 

« Un mode opératoire »

Lorsqu’arrive son tour, Audrey va raconter son calvaire. Ses enfants lui reprochent de l’avoir fait entrer dans leurs vies. Face au danger, son ex-belle-famille préfère garder ses trois enfants. « On croit devenir paranoïaque. J’avais l’impression qu’il était partout. Pour lui, c’est une anecdote, pour moi c’est un cauchemar », explique-t-elle en larmes. Elle est à présent suivie par une psychologue.

« Il est effrayant, car il ne comprend pas ce qu’on lui demande », estime de son côté Me Marie Foucteau, l’avocate des parties civiles. Elle rappelle que Maxime a déjà été condamné pour les mêmes faits sur son ex-femme. « En semi-liberté, il va à sa rencontre. Le frère d’Audrey a reçu 100 messages et il a contacté tous ses proches. Il se présente au domicile de sa mère et de sa cousine pour se faire héberger. Chez la mère de celle qu’il a agressée, vous imaginez ? Il dit qu’elle est bipolaire. Il n’y a pas d’empathie chez cet homme. Il est manipulateur et n’hésite pas à mentir dans notre juridiction », affirme la robe noire.

Même son de cloche chez la procureure Simona Pavel, persuadée de « sa mauvaise foi ». « Pour convaincre de ses mensonges, il faut une bonne mémoire », lui lance-t-elle. Lors de ses réquisitions, elle fait part de sa crainte de passage à l’acte. « La même problématique revient. Le même mode opératoire se reproduit. Le dossier est fait rapidement, on aurait pu creuser plus », explique-t-elle avant de requérir 18 mois de prison, dont 6 avec sursis.

Finalement, le tribunal va le déclarer coupable des trois chefs d’accusation et le condamner à 12 mois de prison, dont 6 avec sursis. Elle écope également d’un sursis probatoire de 24 mois accompagné d’une obligation de soins et de travailler. Il ne peut plus se rendre à Saint-Pierre et au Tampon. De plus, il sera jugé en avril au civil pour les préjudices causés à la mère d’Audrey. 

Durant le procès, Maxime a affirmé vouloir quitter l’île dès la fin de sa peine. 

*Prénoms d’emprunt

 

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