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Wuambushu : Ce qu’il faut retenir du premier jour

Même si les autorités françaises n'ont pas officiellement lancé l'opération Wuambushu à Mayotte, les premières actions ont débuté hier. Après des affrontements dans la nuit précédente, les forces de l'ordre ont maintenu la pression toute la journée. En parallèle de ces affrontements, l'opération a connu un premier revers avec le refus des Comores de récupérer ses ressortissants expulsés.

Ecrit par 1776023 – le mardi 25 avril 2023 à 09H09

Lundi 24 avril, l’opération Wuambushu a été lancée à Mayotte dans le but de lutter contre l’immigration clandestine. Cette action sans précédent a été planifiée par Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, pour tenter de remédier à la crise sociale et migratoire que l’île connaît depuis de nombreuses années.

Pour mener à bien cette mission, 510 membres des forces de l’ordre ont été envoyés sur place, accompagnés des 750 policiers et des 600 gendarmes déjà présents sur l’île. Cette opération a pour objectif la destruction des bidonvilles ainsi que l’expulsion de leurs habitants en situation irrégulière. Les personnes en situation régulière seront quant à elles relogées.

Le préfet de Mayotte, Thierry Suquet, a annoncé que les premières actions consistaient en des opérations de « sécurisation », telles que l’enlèvement des barrages de route mis en place par les clandestins. « On est là pour donner de la sécurité aux Mahorais. On est là pour que les gens circulent librement. On est là pour que tous les jours, on puisse aller travailler normalement et reprendre une vie normale », a-t-il déclaré en guise de bilan pour cette première journée.

De violents affrontements à Tsoundzou

Des contrôles renforcés ont été mis en place sur les routes de l’île aux Parfums dans le cadre de l’opération Wuambushu. L’objectif est de limiter la circulation des armes blanches et d’identifier les éventuels étrangers en situation irrégulière. La population locale semble favorable à cette mesure.

Cependant, les délinquants n’ont pas renoncé à leurs activités. Un quartier de Tsoundzou 1 à Kwalé a été la cible d’un raid de pillards. Les assaillants ont agressé des personnes et ont incendié une maison ainsi qu’un camion à l’entrée du lotissement. Les forces de l’ordre ont rapidement circonscrit la zone et repris le contrôle de la situation après de âpres affrontements. Les pillards, en majorité des jeunes, ont pris la fuite vers les collines avoisinantes.

Dans la soirée, Salime Mdéré, premier vice-président du conseil départemental, qualifiait les bandes de jeunes de “terroristes” avant d’ajouter qu’il faudrait “peut-être en tuer”. Si la journaliste en plateau réagit aussitôt, cette nouvelle sortie montre une escalade de plus en plus perceptible autour de la question migratoire.

Des oppositions et des échecs juridiques

Cependant, cette opération a suscité de vives réactions d’opposition. D’un côté, les élus mahorais la saluent comme une mesure pour préserver la paix civile sur l’île. De l’autre, les associations de défense des droits humains et les mouvements politiques ont appelé le gouvernement à reculer, ne pouvant « accepter que la violence d’une telle opération soit la seule réponse » aux crises. C’est le cas de l’association Droit au logement qui dénonce une opération « anti-pauvres ».

La justice s’est également prononcée sur cette opération en suspendant la destruction des habitations du bidonville « Talus 2 » dans le quartier de Majicavo à Koungou. Une vingtaine d’habitants avaient déposé un recours depuis l’annonce de l’opération. Néanmoins, le préfet a réaffirmé que « les opérations (…) de lutte contre la délinquance et contre l’habitat insalubre, avec leurs conséquences sur l’immigration clandestine, on ne les arrêtera pas ». L’État a donc fait appel de cette décision judiciaire.

Les Comores ne veulent pas récupérer leurs ressortissants

Dans la journée d’hier, les autorités comoriennes ont refusé l’accostage d’un bateau transportant des migrants en provenance de Mayotte. En réponse à Wuambushu, les Comores ont suspendu le trafic de passagers dans le port où les expulsés sont habituellement débarqués et ont déclaré ne pas avoir l’intention d’accueillir ces derniers. Le président comorien, Azali Assoumani, a appelé la France à annuler l’opération, reconnaissant « ne pas avoir les moyens de [la] stopper par la force ».

De son côté, le préfet de Mayotte espère que les rotations de bateaux vers l’île comorienne d’Anjouan reprendront rapidement, mais le port de Mutsamudu a été fermé jusqu’au 26 avril. La situation reste tendue entre les deux pays, les autorités comoriennes dénonçant une opération unilatérale de la France et affirmant prendre leurs responsabilités pour protéger leur souveraineté.

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