“Voilà pourquoi je ne dirai pas “bonne fête” à ma mère”

Il est 14h30, ce vendredi. Les vêtements froissés, les mains enfouies dans les poches, et la casquette enfoncée jusqu’aux oreilles comme pour se cacher de la foule qui déambule dans la rue Maréchal Leclerc à la recherche du cadeau unique au monde, “Steph”, la trentaine, se mord les lèvres comme pour retenir son émotion, sa solitude et son désarroi.
“C’est bien d’avoir quelqu’un à qui offrir un cadeau. Ce n’est pas le cadeau le plus important. Le vrai bonheur, c’est lorsque la personne va l’acheter. C’est dans ces instants aussi qu’on sait si on connaît bien sa mère et ses envies du moment”.
“Si je devais offrir des fleurs à ma mère, j’aurais pris des tulipes rouges, blanches et jaunes. J’en aurais pris pour en faire un gros bouquet, comme pour la couvrir de fleurs, de mes baisers et de mon amour”, dit "Steph" en s’arrêtant quelques minutes pour regarder travailler une fleuriste.
"Steph" baisse la tête. Il fait la moue. Il plonge un peu plus ses mains dans ses poches. Et ses épaules ploient un peu plus sous le poids de sa vie. Ses yeux se mouillent, il hésite quelques secondes puis lâche : “Je suis né sous X, ma première mère adoptive est morte. Cela fait des années que la seconde ne veut plus me voir…”. “Voilà pourquoi je ne dirai pas “bonne fête” à ma mère”
A cet instant, il jette un dernier coup d’œil en direction de la fleuriste, baisse un peu plus la tête... Et sans la tourner vers son interlocuteur, il lui dit d’une voix cassée : “surtout n’oubliez pas d’embrasser votre mère, aujourd’hui, demain, après-demain et tous les jours qui passent… C’est ça la vraie fête des mères”.
“Et si vous y pensez, embrassez-là aussi pour moi…”


