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Violences intrafamiliales : le numéro d'appel 3919 encore peu connu à La Réunion

Ecrit par T.L. – le mardi 28 octobre 2025 à 05H52

Mine Günbay, la directrice générale de la Fédération nationale Solidarité Femmes, est en visite dans l'île afin de rencontrer les associations d'aide aux victimes de violences intrafamiliales. L'objectif est de mieux faire connaître le rôle de la plateforme d'écoute, d'information et d'orientation du 3919, disponible depuis six mois en créole réunionnais.

Pas de recours à l'intelligence artificielle, mais une vraie traduction créole-français assurée en direct par une personne formée à l'écoute des personnes victimes de violences intrafamiliales. Depuis mai dernier, les femmes qui appellent le 3919 depuis La Réunion peuvent demander le recours à un traducteur si elles sont plus à l'aise pour s'exprimer en créole.

À l'autre bout du fil, l'écoutante de la Fédération nationale Solidarité Femmes contacte alors l'une des entreprises prestataires qui dispose d'un traducteur dans la langue demandée, puis fixe un rendez-vous téléphonique. L'échange avec la victime se déroulera en trio, avec un traducteur familiarisé avec « l'écosystème des violences ».

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Créé en 1992 par des associations féministes et toujours géré sous statut associatif, le numéro de téléphone gratuit 3919 est accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. La plateforme a reçu plus de 100.000 appels en 2024, dont environ 600 passés depuis La Réunion. Selon Mine Günbay, la directrice générale de la Fédération nationale Solidarité Femmes, en visite cette semaine dans l'île, le public réunionnais méconnaît encore trop le numéro 3919, voire le confond avec un numéro d'urgence.

« Une ligne d'écoute, d'information et d'orientation »

« Nous ne sommes ni un service de secours comme le 17, ni un service d'hébergement d'urgence comme le 115. Nous sommes une ligne d'écoute, d'information et d'orientation. Nos écoutantes sont des professionnelles formées sur le suicide, l'addictologie ou même sur la soumission chimique depuis le procès Mazan », expose Mine Günbay, soulignant qu'un dialogue par tchat est depuis peu possible sur le site de Solidarité Femmes.

Lors d'un échange sur le 3919, la conversation peut se prolonger durant 1h30, le temps de faire le diagnostic de la situation de la victime et de l'orienter vers les associations ou institutions les plus à même de lui fournir une aide. En 2024, Solidarité femmes indique avoir proposé des solutions d'hébergement pour environ 7.000 femmes et enfants. Mine Günbay conteste d'ailleurs toute difficulté particulière à joindre le 3919 depuis notre île, contrairement à ce qu'ont pu affirmer des associations locales.

Photo Thierry Lauret

Dans le carnet d'adresse constitué par son réseau de 83 associations situées dans toute la France, la Fédération nationale Solidarité Femmes possède des relais aux Antilles, mais aucun à La Réunion. Si une quinzaine d'associations dans l'île est bien référencée par la plateforme d'écoute, aucune n'est partenaire de la Fédération, qui revendique de ne pas avoir « attendu MeToo pour être féministe ».

Des affiches en créole réunionnais

Car pour être partenaire de Solidarité Femmes, il faut adhérer aux principes fondateurs des associations nées dans le sillage des combats féministes de la fin des années 1970, lesquels principes ont conduit à la création en 1992 du numéro d'écoute 3919. Selon Mine Günbay, aucune association réunionnaise d'aide aux victimes de violences intrafamiliales n'aurait effectué de demande formelle d'adhésion à Solidarité Femmes.

« Quand on a eu des demandes, elles n'étaient pas forcément alignées sur nos valeurs », indique la directrice générale. « Le postulat, c'est que nous sommes dans des sociétés inégalitaires qui produisent des inégalités et des violences. Et que ces violences touchent principalement les femmes. C'est un postulat féministe sur lequel il faut être d'accord. »

Tout au long de la semaine, Mine Günbay va rencontrer les associations locales pour discuter des moyens à mettre en oeuvre pour mieux faire connaître la plateforme du 3919. « On a 30 kg de documentation à distribuer. Plus on va voir ces affiches dans les lieux publics, dans les commissariats, dans les bars, plus cela va imprimer », explique-t-elle en montrant une affiche de la Fédération représentant une écoutante au téléphone avec cette formule : « Vous avez bien fait de nous appeler ». À partir du 25 novembre, Solidarité Femmes proposera aussi des affiches en créole réunionnais.

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