Vidéo - Des peines d'inéligibilité requises contre Cyrille Hamilcaro et Patrick Malet

Cyrille Hamilcaro a-t-il dirigé secrètement Saint-Louis durant son inéligibilité ?
Trois mois après son élection en mars 2014, Cyrille Hamilcaro est contraint de jeter l’éponge. Contraint par une décision de justice prononçant une inéligibilité de trois ans. Il transmet alors son écharpe à son adjoint Patrick Malet mais semble tout de même garder une mainmise sur la gouvernance de la municipalité. Des soupçons étayés notamment par le détournement de fichiers d’agents communaux à caractère personnel.
4 mars 2021 : Annulation du procès de C.Hamilcaro : le Parquet ne lâchera pas l'affaire
Sur le banc des accusés, Patrick Malet accompagnait son ami Cyrille Hamilcaro en tant que complice. Les deux anciens hommes politiques actuellement sans mandat - Cyrille Hamilcaro s’étant désengagé de sa fonction de conseiller municipal d’opposition en 2020 - ont pris connaissance en fin de soirée de la peine requise à leur encontre.
Durant l'audience, Cyrille Hamilcaro a tenté une explication qui a vite été confrontée aux preuves matérielles laissées durant cette période de collaboration « marron ».
Tout d’abord, l’édile écarté judiciairement du pouvoir a expliqué que beaucoup de gens faisaient appel à lui et qu’il n’avait pas conscience que c’était illégal. Dès aout 2014, soit quelques mois après avoir été mis hors-jeu, il avait par exemple adressé un mail au cabinet du maire pour dire qu’il était prêt à aider parce qu’il connait bien le terrain et conserve une certaine autorité sur les agents.
L’homme politique a fait savoir à la barre du tribunal de Saint-Pierre qu’il était souvent sollicité, que ce soit par les élus sur le terrain que par les autorités de l’Etat.
Son avocat Me Georges André Hoarau ressortira du chapeau la fameuse histoire de Papa Sané, du nom de ce gourou suivi par nombre de fidèles de la gente féminine. Une histoire qui avait tenu en haleine tout Saint-Louis et La Réunion pendant des semaines d’une ferveur mystique rocambolesque. Dans cette affaire, dit le bâtonnier Hoarau, c’est carrément le sous-préfet et le capitaine de gendarmerie qui avaient demandé à son client de calmer la situation parce qu’il avait de l’influence et connaissait tout le monde.
A sa décharge, des traces matérielles comme le fait que le maire déchu ait gardé son téléphone mobile de fonction sont autant d’indices qui tendent à prouver qu’il conservait une main sur le pilotage de la mairie.
Des faits établis pour le ministère public
Pour la procureure de la République Caroline Calbo, Cyrille Hamilcaro est resté impliqué et exerçait les pouvoirs de la mairie. "Il a gardé le téléphone du maire et les cadres loyaux du cabinet sont restés en place. Il se sentait légitimé par le vote et voulait continuer à exercer son pouvoir en interne et externe. Il continuait à se présenter comme le maire aux Saint-Louisiens et à exercer un pouvoir de direction. Il mettait la pression sur la directrice des ressources humaines et s’adressait au directeur de cabinet du maire comme le sien. C’est par ses actions, par l’image renvoyée aux citoyens, qu’il a commis ces infractions. Patrick Malet n’était qu’un pion dans la main d’Hamilcaro".
C’est pourquoi elle a requis 10 ans d'inéligibilité, 18 mois de prison dont 8 mois avec sursis et 5 ans d'interdiction d'occuper une fonction publique à l’encontre de Cyrille Hamilcaro.
Ont également été requis à l'encontre de Patrick Malet 5 ans d'inéligibilité, une peine de 8 mois de prison avec sursis et 5 ans d'interdiction d'occuper une fonction publique.
Les plaidoiries sèment le doute
Pour assurer la défense des prévenus se sont succédé certains des meilleurs avocats de La Réunion. Tous ont appuyé sur des points différents pour démonter le dossier du parquet. C’est le bâtonnier Georges-André Hoarau qui a ouvert le bal pour défendre Patrick Malet. Celui-ci regrette "le turn-over des magistrats qui ne peuvent pas voir l’évolution de la ville de Saint-Louis" avant de rappeler que ce n’est pas Hamilcaro qui a placé Patrick Malet à la tête de la mairie, mais bien une élection du conseil municipal.
Georges-André Hoarau est ensuite revenu sur l’épisode de Papa Sané où Cyrille Hamilcaro était intervenu pour calmer la situation à la demande des autorités. "Le sous-préfet et la gendarmerie l’ont appelé pour le maintien de l’ordre. Pourquoi M. Malet ne pouvait pas le faire? À ma connaissance, vous n’avez pas poursuivi le sous-préfet et le Lieutenant-colonel de Gendarmerie", argue-t-il avant de rappeler à la procureure qu’elle avait demandé un non-lieu sur cette affaire en 2019.
Également présent pour représenter Patrick Malet, Me Alain Rapady a fait de son côté valoir une "erreur d’analyse juridique. Vous n’avez pas la preuve et vous êtes incapable de dire la date et le lieu précis des faits reprochés. Il faut caractériser l’usurpation de fonction. On lui reproche d’avoir laissé faire, mais en droit pénal, laisser faire c’est de l’abstention et non de la complicité."
Celui-ci a rappelé que c’est son client qui avait initié l’action publique contre Cyrille Hamilcaro. "Il a été un élu intègre. Il n’y en a pas beaucoup, alors il faut le protéger", a-t-il assuré avant de rappeler que l’association Anticor, qui s'est portée partie civile, n’existait pas au moment des faits reprochés.
Le bâtonnier Djalil Gangate est de son côté venu défendre l’épouse de Cyrille Hamilcaro, accusée de recel de biens pour prise illégale d’intérêts pour avoir été nommée directrice du cabinet du CCAS. Dans une plaidoirie très technique et pointilleuse, la robe noire a fait ressortir que le contrat de sa cliente était postérieur à la période de prévention que le tribunal devait juger.
Enfin, le bâtonnier Norman Omarjee a pris la parole pour Cyrille Hamilcaro. Il a rappelé qu’aucun mail avant le courrier de Patrick Malet au Rectorat en mars 2016, pour indiquer que Cyrille Hamilcaro se rendait occasionnellement et bénévolement aux abords des écoles pour régler les problèmes, ne venait appuyer l’accusation d’une mainmise de son client. Il a réfuté la théorie du maintien des membres du cabinet pour garder le contrôle de la mairie en expliquant que ces derniers étaient toujours en place avec la maire actuelle, à l’exception d’une personne.
"C’est un dossier low-cost. Aucun élu n’a été entendu pour confirmer que Cyrille Hamilcaro avait toujours le pouvoir. Il n’y a pas d’éléments le prouvant. C’est un bato fou procédural. Il risque 10 ans d’inéligibilité pour un dossier comme cela", a-t-il conclu.
Le délibéré est attendu pour le 28 avril.
A l'issue de l'audience, la réaction de Mes Alain Rapady et Georges André Hoarau, avocats de Patrick Malet :


