Lorsque les premiers humains ont débarqué sur cette ile du bout du Monde il y a plus de 800 ans (1), Dina Morgabim était un paradis végétal avec beaucoup d’animaux mais quasiment aucune plante alimentaire comestible par les humains. Ceci doit nous faire réfléchir et nous poser la question : pourquoi ? Bien que peu connue, la réponse est assez simple et nous ramène à l’histoire mondiale de l’agriculture. Qu’existait-il pour nourrir nos ancêtres avant le début de l’agriculture ? Beaucoup d’animaux pour les carnivores, mais quasiment aucuns des fruits, légumes, graines, tubercules, etc. que nous connaissons aujourd’hui. Les traces des premières plantes alimentaires cultivées remontent en effet à plus de 20.000 ans. Il s’agit du Taro (notre Songe réunionnais) qui vient de Polynésie et qui a ensuite été introduit sur le continent africain via l'Egypte (2). L’activité agricole quant à elle, ne commença véritablement que 1.000 ans plus tard en Inde. Ensuite, ce fut grâce à un travail acharné et de longue haleine des agriculteurs du Monde que bien d’autres végétaux sauvages ont été sélectionnés, croisés, améliorés, ce qui donne la profusion de céréales, de fruits et de légumes que nous connaissons aujourd’hui. Mais pendant ces 20.000 ans, sans la présence des humains, l’ile de La Réunion est restée vierge de toute activité humaine et donc de tous ces végétaux alimentaires.
Il serait bon que l’on se souvienne de cette longue histoire. Et si aujourd’hui, nous pouvons nous délecter de succulents fruits et légumes, nous le devons à de multiples générations d’agriculteurs. Les premières générations de Réunionnais ont bien poursuivi ce travail des agriculteurs du Monde. Mais, où en est-on aujourd’hui ? Où en est-on sur une terre fertile aux mille microclimats et sur laquelle quasiment toutes les plantes alimentaires du Monde peuvent être cultivées ? Il ne s’agirait pas que le progrès nous fasse perdre cette richesse. Il serait temps de le réaliser avant qu’il ne soit trop tard.